Semaine du 26 décembre 2012 au 1er janvier 2013 - Numéro 954
Syrie: Les efforts continuent
  L’émissaire international, Lakhdar Brahimi, est en visite dans le pays dévasté par 21 mois de violences. Alors que le conflit s’éthnicise, il vient tenter encore une fois de trouver une issue politique.
les efforts
L'opposition affirme que la révolte contre le régime de Bachar Al-Assad ne diviserait pas la société syrienne. (Photo: AP)
Maha Salem avec agences26-12-2012

L’émissaire international Lakhdar Brahimi se rend une fois de plus en Syrie, où il est arrivé dimanche dernier à Damas, pour tenter de trouver une solution au conflit qui la ravage depuis près de deux ans.

Contrairement à ses visites précédentes, l’envoyé spécial de l’Onu et de la Ligue arabe est entré en Syrie par la route depuis le Liban, les combats ayant récemment gagné les abords de la route reliant l’aéroport international de Damas à la capitale. Lors de sa dernière visite, du 19 au 24 octobre, M. Brahimi avait rencontré Bachar Al-Assad ainsi que plusieurs hauts responsables, pour négocier avec eux une trêve pour la fête musulmane de l’Adha. La trêve avait volé en éclats en quelques heures seulement. Cette nouvelle visite, dont les objectifs n’ont pas été dévoilés, intervient après 21 mois de violences qui ont fait plus de 44 000 morts et ont vu toutes les parties se radicaliser.

Peu avant l’arrivée de M. Brahimi à Damas, le ministre syrien de l’Information, Omrane Al-Zohbi, assurait ne pas avoir été informé de cette visite. Affirmant ne pas avoir connaissance d’un quelconque plan de l’émissaire international, Zohbi épinglait au passage le vice-président, Farouk Al-Chareh, qui a récemment dénoncé l’option militaire choisie par le régime et appelé de nouveau à un « dialogue national ». Faisant référence aux récentes déclarations de M. Chareh, qui avait appelé à l’élaboration d’un « accord historique », M. Zohbi a affirmé qu’ « il s’agissait de l’opinion d’un seul sur les 23 millions d’opinions syriennes. La Syrie est un Etat dirigé par des institutions et des dirigeants qui détiennent le monopole de l’opinion finale ». Le vice-président avait, lui, affirmé la semaine dernière qu’aucune des parties ne pourrait gagner la bataille militaire. Ni les forces rebelles, ni les forces de sécurité non plus que les unités de l’armée.

Evoqué pour remplacer le président Bachar Al-Assad en cas de transition négociée, Chareh est le premier dirigeant syrien de haut rang à faire état de telles divergences de points de vue au sommet de l’Etat. Mais Zohbi a réaffirmé que « l’armée syrienne défendait son pays et prenait les décisions qui s’imposent pour faire face au terrorisme », ajoutant que le terme du conflit et la décision finale ne peuvent être que le produit de la bataille militaire et des décisions des dirigeants politiques. Défendant son régime, il a souligné la nécessité d’une action politique pour résoudre la crise qui déchire le pays, insistant sur le fait que son gouvernement a été « le premier à proposer une solution politique à travers le dialogue national ». Accusant la Turquie et le Qatar de soutenir les rebelles que le régime assimile à des terroristes, il a ajouté que « seuls les Syriens participeront à ce dialogue national ».

Campant toujours sur sa position, l’opposition pose comme condition préalable à toute négociation le départ du président Assad. Le Conseil National Syrien (CNS), principal groupe de l’opposition syrienne, a dénoncé, en outre, l’initiative de l’Iran publiée la semaine dernière, estimant qu’il s’agit de l’ultime tentative de sauvetage du régime de Bachar Al-Assad. « Alors que les forces libres du peuple syrien accumulent des victoires politiques et militaires décisives, le régime et ses alliés s’obstinent à proposer des initiatives politiques obsolètes », indique la coalition dans un communiqué, ajoutant que « l’initiative iranienne est un exemple de tentative désespérée pour empêcher le navire du régime d’Assad de couler ». L’opposition affirme que Téhéran ne peut y parvenir qu’en cessant de soutenir politiquement, économiquement et militairement le régime d’Assad, et en le poussant à quitter le pouvoir dès que possible. Mais deux autres puissances de taille soutiennent encore Assad : la Chine et la Russie.

La logique russe

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a affirmé quant à lui, au sujet des pays impliqués dans le règlement de la crise syrienne, que « Personne n’avait envie d’une intervention ». Il a renchéri en justifiant ainsi son affirmation : « Il semble même parfois qu’ils prient pour que la Russie et la Chine continuent de bloquer toute autorisation d’une intervention, parce que dès que ce sera autorisé, ils devront agir, et personne n’est prêt à agir ».

La Russie est de facto l’un des derniers soutiens du régime syrien, auquel elle vend des armes. Elle s’en défend en affirmant au contraire défendre le droit international et craindre le chaos et le terrorisme. Elle a jusqu’ici, avec la Chine, bloqué tous les projets de résolution du Conseil de sécurité des Nations-Unies cherchant à condamner le président Bachar Al-Assad et à ouvrir la porte à des sanctions, voire au recours à la force.

Lavrov a surenchéri en affirmant que les Occidentaux exprimaient en privé la crainte que les armes chimiques du régime ne tombent entre les mains de certaines factions de l’opposition. « D’après nos informations et celles des services secrets américains et européens, le gouvernement (syrien) fait actuellement tout ce qu’il peut pour que ces armes soient en sécurité », a-t-il déclaré. Il a ensuite décrit en détail la menace potentielle que ces armes représentent en ajoutant que « pour l’instant, les armes (chimiques) sont sous contrôle. Les autorités syriennes les ont rassemblées dans un ou deux centres. Alors qu’avant, elles étaient dispersées dans tout le pays ».

Selon les experts, la Syrie dispose de centaines de tonnes d’armes chimiques qui datent des années 1970 et qui sont le stock le plus important de ce type d’armes au Moyen-Orient.

La communauté internationale a multiplié en début de mois les mises en garde à Damas contre le recours à ces armes chimiques, après que des responsables américains eurent affirmé que des préparatifs étaient en cours. Le régime syrien a reconnu pour la première fois, fin juillet, posséder des armes chimiques et menacé de les utiliser en cas d’intervention militaire occidentale, mais jamais contre sa population. Lavrov estime qu’aucun camp ne gagnera la guerre civile en Syrie et que la Chine et la Russie seraient bien incapables de convaincre Assad de quitter le pouvoir même si elles essayaient.

Ethnicisation du conflit

Les enquêteurs de l’Onu dans leur dernier rapport préviennent, quant à eux, que le conflit syrien est désormais « ouvertement intercommunautaire » et estiment que des « communautés entières » sont menacées par une « confrontation entre groupes ethniques et religieux » qui a toujours été « sous-jacente ». Le rapport indique que si la division principale oppose les Aloaouites aux sunnites, « les autres minorités, comme les arméniens, les chrétiens, les druzes, les Palestiniens, les Kurdes et les Turkmènes » ont été emportés par le conflit.

La commission qui rédige ces rapports a été créée en août 2011 par le Conseil des droits de l’homme de l’Onu, mais n’a jamais reçu le feu vert de Damas pour se rendre sur place. Seul le président de la commission, le Brésilien Paulo Pinheiro, a pu s’y rendre à titre personnel.

Défendant sa position dans un communiqué, le CNS a affirmé samedi que la révolte contre le « régime oppressif et sanguinaire » du président Bachar Al-Assad, qui s’est militarisée face à la répression, « ne diviserait pas la société syrienne selon des critères religieux ou ethniques ». De lourdes questions pèsent sur l’avenir des Syriens.




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