Semaine du 19 au 25 décembre 2012 - Numéro 953
Référendum: Un oui mesuré à Alexandrie
  Le « Oui » l'emporte avec 57 % des voix dans le gouvernorat d'Alexandrie, pourtant un fief islamiste. Reportage.
oui mesure
De graves violences en Alexandrie entre les partisans du « oui » et ceux du « non » à la veille du référendum. (Photo: Reuters)
Samar Zarée19-12-2012

Chaque coin de rue d’Alexandrie nous rappelle qu’elle est un fief islamiste. Placardées aux murs, des affiches « Le oui, gage de stabilité », « Dire oui pour défendre la charia et la légitimité » attestent de la campagne intense organisée par les Frères musulmans.

La veille du vote, à la prière de vendredi, le prédicateur de tendance salafiste, Ahmad Abdel-Salam Al-Mahallaoui, avait même appelé ses fidèles à dire « oui » au projet de Constitution. Un coup bas, selon les partisans du « non », qui, sans perdre une minute, ont assiégé la mosquée d'Al-Qaëd Ibrahim. Les fidèles n’ont été libérés qu’à deux heures du matin,malgré les efforts de la sécurité.

Il est maintenant 8h. Malgré le mauvais temps et la pluie diluvienne, les files d’attente commencent à grossir. Les forces armées et des agents de police prennent place devant les bureaux de vote. Même les forces de la marine ont été convoquées, sans compter les comités populaires, formés par les citoyens afin d’éviter tout débordement. Tout ce beau monde attend de pied ferme les 3 340 000 d’électeurs inscrits sur les listes électorales. A la fin de la journée, seuls 1 197 000 Alexandrins se seront déplacés au bureau de vote.

Il faut dire qu’à Alexandrie, l’issue du référendum laisse peu de place aux doutes. Tous ses habitants gardent en mémoire l’élection présidentielle en juin dernier. Mohamad Morsi avait caracolé en tête avec 57,6 %, tandis qu’au Caire, l’actuel président peinait à atteindre les 44 %. La deuxième plus grande ville du pays accueille aussi de nombreux salafistes. Sous l’ancien régime, elle assistait régulièrement à de violents accrochages entre des candidats des Frères musulmans et ceux du PND, alors au pouvoir. Ce samedi, c’est le revers de la médaille. Les Frères musulmans sont à la tête du pays, et ce sont leurs membres qui surveillent les urnes.

« L’islam est la solution »

Dans ce contexte, Mohamad Ghorad, un jeune barbu, se sent en confiance. « Je vais voter oui car l’islam est la solution. Ce projet va appliquer les principes de loi islamique. Pour moi, c’est indispensable, et peu importe le reste des articles de la Constitution », lance-t-il, tout en confiant, à voix basse, qu’il n’a pas lu le projet.

De son côté, Rita Naïm, la soixantaine, réfute à voix haute cette Constitution. Parapluie à la main, assise sur une chaise pliante, elle patiente devant l’école préparatoire des filles à Sidi- Bechr, sur la corniche. Malgré l’instabilité croissante et le renforcement des affrontements depuis la révolution de janvier 2011, Rita Naïm affirme voter « non » pour sa progéniture. « Moi, je suis une femme âgée. Quand je vote, je ne conçois pas mon futur, mais plutôt celui de mes enfants. J’attends que cette nouvelle Constitution sauvegarde leurs libertés et leurs droits fondamentaux, ces mêmes valeurs dont nous étions privés depuis des dizaines d’années. Je ne permettrais jamais aux islamistes, ni de voler, ni de violer mon rêve », exprime-t-elle, tandis qu’elle avance dans la queue. Dans quelques minutes, Rita Naïm rejoindra les 44 % ayant voté « non » au projet de Constitution.


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