Semaine du 12 au 18 décembre 2012 - Numéro 952
Spectacle: Un ciné/concert en honneur à la révolution
  Aya 25, réalisé par le jeune Ossama El-Meligy et le compositeur et luthiste Issa Murad, associe projection cinématographique et concert direct.
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Issa Murad joue la musique d’Aya 25.
Houda Bel-Abd12-12-2012

Aya 25 est l’un de ces projets cinématographiques que les spécialistes du septième art qualifient de pionnier et d’innovateur. Il s’agit d’un court métrage de 35 minutes réalisé par Ossama El-Meligy et accompagné d’un concert direct sur les planches interprété par le compositeur et luthiste Issa Murad.

Récemment donné à l’Institut français du Caire à Mounira et à celui d’Alexandrie, ce ciné/concert relate l’histoire d’une jeunesse égyptienne désappointée à cause d’une dictature qui a trop duré au pays des pharaons. Les événements du film nous plongent au coeur de la place Tahrir avec, comme décor, les manifestations du 25 janvier 2011. A l’image de la jeune Egypte, Aya et son amoureux se fondent ce jour-là dans les foules de manifestants, mais n’échappent pas aux tirs de la police « gardienne de la présidence ».

Les chassés-croisés des personnages du court métrage nous tiennent en haleine jusqu’à la fin grâce à des scènes captivantes et aussi grâce aux pièces musicales jouées par le talentueux Issa Murad, qui a composé la musique du projet en étroite collaboration avec Ossama El-Meligy, scénariste cairote.

« Il est vrai qu’autrefois le ciné/concert se limitait à un tapis musical qui introduisait un film muet. Aujourd’hui, la présence du dialogue, du décor contemporain et le côté réaliste du scénario font que le ciné/concert existe sous une forme complètement différente de celle des origines. Une autre caractéristique qui n’est pas des moindres : le ciné/concert est devenu intrinsèque d’une cause politique, une manifestation, un grand événement, etc. Autrement dit, le genre en lui-même nous rappelle le documentaire sociopolitique », analyse Ossama El-Meligy, réalisateur d’Aya 25.

A l’origine, le terme « ciné/concert » nous renvoyait directement à cette association entre un film muet et des musiciens en chair et en os qui l’accompagnaient en live. La raison en était que le public du film s’ennuyait à cause de l’absence de dialogue et avait besoin de finir en beauté ce rendez-vous avec l’art ancien. De ce fait, le générique du début était souvent repris par les instrumentistes à la fin du film pour enchaîner cette virée musicale avec d’autres morceaux.

Des orchestres de renom ont contribué au foisonnement de ce genre artistique. Parmi ceux ci on peut mentionner le quatuor français Prima Vista.

Ces orchestres se chargeaient souvent d’accompagner ces films en utilisant des partitions écrites par des compositeurs spécialisés auxquels les réalisateurs avaient fait appel. De nos jours, l’improvisation instrumentale a pris le dessus. L’image de l’orchestre interprétant une partition écrite a donc disparu.

Au cours de la dernière décennie, les causes des jeunes générations, leurs souffrances, souhaits et inclinations marquent les jeunes réalisateurs et les compositeurs contemporains. Le ciné/concert représente alors une image et une mélodie qui résument le réel vécu, le dénoncent ou le critiquent d’une manière artistique touchante. Heureusement pour les mélo-cinéphiles, ce genre cinématographique n’a pas tardé à renaître de ses cendres pour prendre le relais des revendications des jeunes intellectuels et autres révolutionnaires du monde entier.

Peu connu en Egypte, le ciné/concert n’est pas un genre qui intéresse le public. Pourtant, Aya 25 a réussi à toucher le jeune public égyptien encore marqué par la révolution.

Ossama El-Meligy, à l’origine un scénariste, a bien réimplanté le public en pleine révolution. Ses séquences réelles et rapides évoquent non seulement la révolution, mais aussi toutes les émeutes et tous les troubles qui se sont succédé au cours de l’année 2011. Son choix de collaborer avec Issa Murad, connu pour sa musique mêlant les mélodies orientales, latines et le jazz; était assez significatif. Jouant en solo sur son luth, Murad nous implique encore dans les événements et les séquences du court métrage.

En fait, le tapis musical d’Aya 25 concilie si bien joie et spleen. Le générique intitulé Yanayer (janvier en arabe) ouvre le bal avec une mélodie mélancolique exprimant l’amertume du peuple. Ce sentiment de peine se dissipe vers la fin de la partition pour ouvrir la voie à des rythmes guillerets, à l’image de la chute du régime de Moubarak. Le concert, lui, clôt tout en beauté un travail de longue haleine qui a décroché haut la main la distinction du meilleur court métrage lors du festival de Pasinetti de Venise.


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