Semaine du 12 au 18 décembre 2012 - Numéro 952
Instabilité: Le calme, meilleur allié de l’économie
  Le bilan économique des derniers événements est lourd. Les analystes craignent un retour à une situation similaire à l’après-révolution.
CALME
Des milliers de manifestants protestant contre Morsi autour du palais présidentiel. (Photo: AP)
Névine Kamel12-12-2012

Tous les indicateurs s’affolent. Taux de croissance, indice de la Bourse égyptienne, valeur de la monnaie ... tous affichent des valeurs en baisse. Le principal facteur : l’actualité politique de ce dernier mois. Du coup de force de Mohamad Morsi aux sept morts d’Héliopolis, les récentes tensions ont plombé l’économie égyptienne. C’est désormais monnaie courante : dès que l’économie commence à reprendre son souffle, des turbulences lui coupent la respiration. « L’économie est devenue la plus grande victime de l’instabilité politique. Tant que le gouvernement ne prendra pas en compte ses responsabilités, l’avenir en pâtira », explique Gouda Abdel-Khaleq, ancien ministre de la Solidarité et de la Justice sociale.

Ainsi, le taux de croissance au cours du premier trimestre de l’année fiscale s’élève à 2,6 %. Certes, ces chiffres sont loin d’une croissance négative, mais l’Egypte était habituée à des taux plus proches des 5 %, voire des 7 % avant la révolution de janvier.

Et, selon Abdel-Khaleq, il ne faut pas compter sur la productivité pour regonfler la croissance. Les troubles qui ont lieu dans la rue perturbent la productivité. Pendant les affrontements, de nombreux ouvriers n’ont, par exemple, pas pu se rendre à leur lieu de travail. Résultat : le gouvernement se trouve obliger d’augmenter la facture des importations pour répondre aux besoins de la population égyptienne.

Les investissements en stand-by

La boucle de ce cercle vicieux n’est pas bouclée : tous les secteurs de l’économie se trouvent affectés, comme le tourisme et l’investissement étranger. Qu’il s’agisse des touristes ou des capitaux étrangers, « le conflit politique rend l’environnement égyptien totalement hermétique », présume Abdel-Khaleq. Ce manque de confiance ne s’arrête pas aux frontières de l’Egypte. « Les citoyens n’ont plus confiance en leur avenir. Ce qui fait craindre un phénomène massif et inquiétant, où tous les gens retireront leur argent de la banque et limiteront les dépenses », estime-t-il. Selon Abdel-Khaleq, cela peut même conduire à la famine : « Et, face à ça, le gouvernement semble incapable de tenir ses engagements ».

Celui-ci semble être autant déstabilisé que sa population. Il souffre d’un manque de liquidités et voit, chaque jour, le déficit de son budget se creuser. Ce dernier atteint aujourd’hui 11 % du PIB (soit environ 130 milliards de L.E. dans le budget actuel). C’est la crise même au sein des différents ministères : le ministère de l’Electricité doit plusieurs milliards de L.E. au ministère du Pétrole, qui doit verser, à son tour, des milliards de dollars à des partenaires étrangers ... un vrai quiproquo économique.

Une note en suspens

Amr Hassanien, expert dans une agence internationale de notation, partage ces craintes quant à la situation économique en Egypte. Il révèle que les derniers événements ont poussé les agences de notation internationales à mettre la classification sur la liste d’attente. Celle-ci devrait être formulée après le référendum sur la nouvelle Constitution. « Le degré de division entre le gouvernement et le peuple précisera l’avenir de l’économie au cours de la prochaine période », explique-t-il.

Ce scénario laisse craindre un remake de l’après-révolution. Plusieurs agences de notation avaient alors réduit, à maintes reprises, la note de l’Egypte. « Nous attendions pourtant un net progrès, avance Amr Hassanien. Mais les conflits mettent en péril cette note ». Aujourd’hui, l’Egypte affiche un B sur la notation de Standard & Poors. Hani Guéneina, chef du département des recherches à la banque d’investissement Pharos, constate, néanmoins, que les réactions provenant des Etats-Unis ou d’Europe demeurent assez faibles. « Ils préfèrent probablement arriver à un compromis, afin de ne pas déstabiliser la position de l’Egypte, et ainsi protéger leurs intérêts dans la région. Pour l’heure, les subventions ne sont pas suspendues », souligne-t-il.

Mais, dans l’éventualité d’un durcissement des tensions politiques entre Frères musulmans et opposition, « une pression provenant de l’intérieur même de ces pays pourrait les contraindre à arrêter tout effort de financement en Egypte ». « Morsi ne sera plus soutenu », explique-t-il, avant de conclure, un brin alarmiste : « Dans tous les cas, l’économie en paiera la facture ».

Autrement dit, les Egyptiens paieront les factures .




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