Semaine du 12 au 18 décembre 2012 - Numéro 952
Crise politique: Les discours et l'autre « réalité »
  Les dirigeants du bureau politique des Frères musulmans ont tenu des conférences de presse successives pour faire face à l’opposition et établir un front islamique uni contre les anti-Morsi.
lesdiscours
Badie et Al-Chater ont défendu les Frères musulmans lors de leur discours après l’attaque contre les opposants de Morsi devant le palais présidentiel. (Photo: Reuters)
Héba Nasreddine12-12-2012

En une journée, plusieurs « faucons » sont sortis pour parler, samedi, aux Egyptiens. Le guide des Frères musulmans, Mohamad Badie, était accompagné du secrétaire général et du porte-parole de la confrérie. Un peu plus tard, l’adjoint du guide, Khaïrat Al-Chater, entouré d’islamistes les plus radicaux, fait son apparition.

Des menaces et des accusations de trahison contre l’opposition. Un appui inconditionnel à leur frère Morsi, tel était leur discours.

Les deux rencontres avaient pour objectif de défendre les Frères musulmans après l’attaque contre les opposants de Morsi devant le palais présidentiel mercredi dernier, faisant huit morts et plusieurs centaines de blessés.

« Les Frères n’étaient pas à l’origine des violences ». C’est en ces propos que Badie commence son discours tenu devant le siège principal de la confrérie dans le quartier de Moqattam attaqué la veille par les habitants du quartier et des hommes de main. C’est une manière de démontrer que ce sont les Frères musulmans qui sont victimes de violence, et pour davantage de sympathie, derrière Badie, était posée une affiche des photos des cinq morts que les Frères prétendent être des leurs. « Les martyrs de la légitimité », réclamant « le jugement et la punition des auteurs des violences », lit-on.

La veille, Badie a fait sa première sortie à la mosquée d’Al-Azhar, pour assister aux funérailles des martyrs, appartenant soi-disant à la confrérie. Lors de ses deux apparitions, il fait appel à des versets du Coran assurant que l’intérêt du pays dépasse ceux de la confrérie. « L’apparition des radicaux de la confrérie prouve qu’elle est en crise. Ils sont conscients d’être en train de perdre leur popularité dans la rue. Elle est sur le point de perdre aussi le pouvoir », souligne Diaa Rachwane, politologue et spécialiste des mouvements islamiques. Il ajoute que cette sortie vise en premier lieu à « augmenter l’enthousiasme des membres de la confrérie altérée par les récents événements ». Ainsi est-il question de mettre en relief « la force des islamistes ». C’était surtout la mission d’Al-Chater lors de la conférence de ladite coalition des forces islamiques qui comprend 13 partis et mouvements islamistes, y compris les Frères musulmans et sa branche politique Parti Liberté et justice ainsi que des partis salafistes. Sur un ton agressif, Al-Chater a tenu à affirmer que les islamistes sont majoritaires. « Nous sommes le peuple, nous sommes la majorité. Les manifestants de l’opposition ne dépassent pas les 50 000 tandis que la chaîne CNN a rapporté que le nombre des islamistes lors de la manifestation de l’Université du Caire avait dépassé les deux millions », prétend-il.

« Les Frères nous ont mis dans une vraie impasse et ont divisé le pays en deux. Ils disent même que le plus fort est celui qui gagnera », dénonce le politologue Hassan Nafae. Le même avis est partagé par Rachwane : « Ils ont transformé le conflit politique en un conflit religieux-civil ».

L’opposition accusée de complot

Qu’il s’agisse de Badie ou d’Al-Chater, tous deux ont formulé des menaces à l’encontre des forces politiques d’opposition. « Ce qui se passe n’est pas une opposition, mais plutôt de la corruption et de la criminalité », lance Badie, tout en assurant que derrière l’opposition, il existe « des mains dissimulées financées de l’étranger et qui cherchent à déstabiliser le pays ». Les mêmes termes sont aussi utilisés par le numéro 2 de la confrérie. Al-Chater accuse ainsi l’opposition de monter un complot avec des pays du Golfe et des caciques du pouvoir pour renverser le président et « conduire le pays vers l’instabilité et aggraver les problèmes économiques ». Pour étayer ses propos, il affirme disposer « d’informations et d’enregistrements de réunions entre des activistes et des représentants des puissances internationales et régionales disant que Morsi serait renversé dans 2 ou 3 mois ».

Toutefois, les accusés par Al-Chater sont anonymes et désignés à la troisième personne du singulier. « Il parle d’un complot qui n’existe pas dans une tentative de détourner l’échec de Morsi à gérer le pays. Et cherche à justifier leur recours à la force et leurs attaques contre l’opposition », commente Moustapha Al-Naggar, ancien député à l’Assemblée du peuple dissoute et icône de la révolution. De son côté, Nafae se demande : « Pourquoi Al-Chater n’a pas présenté lesdits documents du renversement du régime au procureur général pour protéger son président ? ».

Victimes de la légitimité et défenseurs de l’islam, c’est ainsi que les dirigeants islamistes cherchent à apparaître. Une nouvelle manoeuvre pour garder le pouvoir ? Et pour protéger cette « légitimité, toutes les options sont sur la table », dit l’homme fort de la confrérie. Des déclarations qualifiées par les politologues de menace claire et directe de recours à la force.




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