Semaine du 24 au 30 octobre 2012 - Numéro 945
Une avancée positive
Maha Al-Cherbini avec agences24-10-2012
 
Philippines  Pour mettre fin au conflit qui l’oppose au Front Moro islamique de libération (MILF) depuis 40 ans, le gouvernement a signé un accord préliminaire de paix avec les rebelles, en attendant la signature d’un accord final en 2016.

Après 4 décennies de guerres sanglantes qui ont fait plus de 150 000 morts et des centaines de milliers de déplacés, le conflit entre le gouvernement philippin et les rebelles prendra-t-il fin avant 2016 ? Telle est la question qui occupe tous les esprits après la signature d’un accord préliminaire de paix entre le gouvernement philippin et les rebelles du Front Moro islamique de libération (MILF). Cet accord-cadre de paix, qui vise à mettre un terme à la rébellion dans le sud des Philippines, détaille les étapes pour mettre fin d’ici 2016 à 40 ans d’insurrection. L’accord détaille les principaux enjeux, dont l’étendue des pouvoirs accordés au MILF, les revenus dont il pourra disposer et le tracé de la région autonome musulmane. Il accorde aussi à la minorité musulmane, dans ce pays majoritairement catholique, l’autonomie dans une région du sud des Philippines, qui s’appellera le Bangsamoro. L’accord protégera les droits des habitants de Bangsamoro et préservera la souveraineté et l’intégrité du territoire des Philippines. En échange de pouvoirs étendus en matière fiscale ainsi que d’une partie équitable des richesses de la région, le MILF renonce à l’indépendance et organise le désarmement de ses 12 000 hommes. La charia, la loi islamique, sera appliquée au civil, mais pas au pénal.

Affichant sa bonne volonté à mettre un terme à ce conflit chronique, le président Aquino — acteur engagé dans les négociations depuis son arrivée au pouvoir en 2010 — a promis samedi de poursuivre le processus de paix au cours de son mandat de six ans, rajoutant que son administration n’abandonnerait pas l’idée de trouver un règlement politique avec les insurgés. « Cet accord représentait une chance pour aboutir enfin à une paix réelle et durable », a affirmé le président. Partageant cette bonne volonté, le chef du MILF, Mourad Ebrahim, a affirmé cette semaine : « On cherche à forger un partenariat de paix, sur la base d’un accord-cadre entre le MILF et le gouvernement philippin. Nous tendons la main de l’amitié et du partenariat au président et au peuple philippins ». Le MILF et d’autres groupes rebelles se battent pour l’indépendance depuis les années 1970.

Inquiétude et scepticisme

Or, on ne résout pas de crises meurtrières avec de la bonne volonté. Jusqu’à présent, maints facteurs pourraient entraver le processus diplomatique aux Philippines. En 1996, le gouvernement et le Front de libération national Moro (MNLF), un autre groupe rebelle, ont signé un accord de paix créant une région autonome à Mindanao. Mais le modèle a échoué, selon Manille, qui cite une aggravation de la corruption et de la pauvreté dans cette région. En 2008, un précédent accord de paix avec les rebelles avait aussi échoué, lorsque la Cour suprême l’avait déclaré contraire à la Constitution. Trois commandants insurgés avaient alors attaqué des communautés chrétiennes, provoquant une réponse militaire des autorités de Manille qui avait fait plus de 100 morts et 750 000 déplacés. Parmi les obstacles les plus attendus serait aussi l’opposition d’autres groupes rebelles que le MILF, ou encore celle venant d’une partie de la classe politique ou d’hommes d’affaires catholiques. Dernière source d’inquiétude : les rebelles souhaitent que l’administration Aquino libère la plupart de leurs camarades détenus avant de retourner à la table des négociations. Le gouvernement a, cependant, insisté sur le fait que les pourparlers de paix ne devraient impliquer aucune condition préalable. Toutes ces raisons ont incité les chefs du MILF et les responsables du gouvernement à faire preuve de prudence et de scepticisme. « Beaucoup de travail reste à faire afin de récolter les fruits de cet accord », a déclaré Benigno Aquino. « Il s’agit du début d’un long voyage vers la paix », a déclaré pour sa part Ghazali Jaafar, responsable des questions politiques du MILF. Selon lesexperts, l’unique espoir réside dans la personnalité du président Benigno Aquino — qui est l’un des présidents les plus populaires des Philippines et qui pourrait convaincre la population et l’opposition du bien-fondé de la conclusion d’un tel accord de paix à la fin de son mandat en 2016.



Mots clés:

Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire