Visages > Visages >

Carmen Soliman : 20 ans et du talent à revendre

Névine Lameï, Mardi, 11 novembre 2014

Carmen Soliman, la star d’Arab Idol 2012, ne chante que ce qui lui plaît. Malgré son jeune âge, c’est une adepte de l’école transcendantale du tarab, qui vise à revivifier la tradition musicale, en lui injectant du sang nouveau.

Carmen Soliman
Carmen Soliman, (Photo: Ahmad Shehaby)

Elle vient d’avoir 20 ans et c’est l’une des étoiles montantes de la chanson égyptienne. Elle vient de participer pour la première fois au Festival de la musique arabe, pour sa 23e édition.

Carmen Soliman se plaît dans le monde glamour, avec son côté lunatique. Lauréate de la compétition Arab Idol 2012, elle multiplie ses looks rayonnants et ses nouvelles chansons, dont elle choisit les paroles et la musique avec l’aide de ses parents.

Ce petit bout de femme a atteint en peu de temps l’âge mûr. Elle est parrainée par la boîte de production Platinum Records à Dubaï, mais est également entourée de sa mère et son père, devenu son imprésario.

Née en 1994, dans la ville de Zagazig (Basse-Egypte), elle y a passé son enfance et son adolescence, avant de se lancer à l’âge de 17 ans dans l’aventure d’Arab Idol. Après avoir remporté le concours de chant, sa famille, passionnée de musique, quitte sa ville natale à destination du Caire. Ils habitent désormais un duplex luxueux, dans le quartier de Madinet Nasr, qui ressemble à une ruche d’abeilles, abondant de musiciens, de compositeurs et de professeurs de vocalise en plus des amis de Carmen, de ses proches et de sa soeur Farah. Tous soutiennent leur star.

« Le déménagement de Zagazig pour Le Caire a fait vivre à ma fille de grands changements. Charqiya est un gouvernorat qui a vu naître plusieurs stars, dont notamment Abdel-Halim Hafez. Néanmoins, c’est une province qui reste loin du monde artistique, contrairement au Caire, ville cosmopolite, où se situent l’Opéra, le Conservatoire et la plupart des musiciens professionnels », nous dit Essam Soliman, père de Carmen.

Et sa mère, celle qui l’a entraînée depuis son âge tendre? Elle a une voix aussi magnifique que sa fille, même si elle restée loin des milieux professionnels. Elle compense son amour pour le chant en aidant Carmen à faire carrière. Elle l’encourageait à participer aux fêtes d’école et aux multiples concours de chant, comme celui organisé dans le temps par l’émission Modern Star d’Egypte. Vient ensuite Arab Idol, avec ses horizons illimités.

Les jambes croisées, Carmen est bien installée, sans trop prêter de grande attention à son interlocuteur. Arrogance? Orgueil? Manque d’expérience? Timidité? Peut-être aussi le besoin de s’affirmer, qui constitue le propre de l’adolescence. Carmen réclame son autonomie sans toutefois ressentir guère le besoin de prendre distance par rapport à ses parents.

De signe Balance, son plus grand désir est l’harmonie sociale. « Je ne supporte pas de voyager sans mon père et ma mère… Je me sens très à l’aise et protégée quand je suis tout près d’eux », dévoile Carmen, dans un entretien accordé au magazine Laha (pour elle), en octobre dernier.

Ses photos font souvent la couverture des revues arabes et ses nouvelles font monnaie courante sur les pages Web. D’ailleurs, seule sa page Facebook compte plus d’un million de fans, à présent. Un nombre non négligeable, mais qui reste quand même incomparable à celui marqué par Sandy, la chanteuse des ados, laquelle a battu le record de quatre millions d’admirateurs sur sa page Facebook. « Sandy et moi, nous sommes des amies très proches. On se parle et on s’entraide dans le choix de nos chansons. J’admire dans l’art de Sandy son audace, mais je ne sais pas si un jour je pourrais avoir la même audace qu’elle! Il faut quand même savoir vaincre la trouille », dit Carmen.

Si les chansons de Sandy s’adressent aux adolescents, celles de Carmen sont pour tout public. Car elle opte souvent pour des chansons d’une grande diversité musicale, essentiellement basées sur le tarab (la transe, du groove oriental). « Musique arabe ou autres, mélodie orientale ou occidentale, classique ou moderne, j’aime la diversité. Je ne chante que ce que je sens vraiment et ce qui me plaît personnellement », déclare Carmen, du genre pas prête à faire des concessions.

La chanteuse communique parfaitement bien avec ses fans, sans leur permettre d’intervenir dans sa vie privée. « Ma vie privée est ligne rouge », lance-t-elle à tout va. Ses amis, eux, aiment son côté fragile, bien dissimulé par un caractère assez ferme, quand nécessaire. « Je ne serai jamais quelqu’un d’autre. Je resterai fidèle à Carmen Soliman », réitère-t-elle. Chose qu’elle confirme une fois de plus sur sa page Facebook : « Sois toi-même ».

La voix flexible de Carmen est devenue sa marque caractéristique. Elle navigue entre les maqamat (modes musicaux) avec la plus grande aisance. « J’ai chanté dans Arab Idol les oeuvres des grands noms de la musique arabe, mais dans mon propre style ». Et d’ajouter: « Incrédibilité ? Pas du tout. Arab Idol est l’émission la plus réussie, parmi celles visant à découvrir les talents, sans favoritisme. L’année dernière, j’encourageais sans fin mon ami, le candidat égyptien Ahmad Gamal. Mais je savais que le Palestinien Mohamad Assaf allait être le gagnant. Le charisme joue un rôle important quant au choix du public. Cette année, l’édition d’Arab Idol présente de très belles voix, mais je ne peux révéler mes pensées quant au futur gagnant ».

Comme elle a déjà passé par là, elle connaît les tensions que vivent les candidats, mais cela n’empêche que, pour elle, c’était une très belle expérience. « Tout au long d’Arab Idol, je n’étais pas si tendue. Néanmoins, durant les dernières minutes, face à ma collègue et amie la Marocaine Dounia Batma, nous étions toutes les deux mortes d’inquiétude. A l’annonce du nom de la lauréate, je me sentais dans un autre monde, en dehors de l’espace et du temps », avoue Carmen, laquelle refuse d’être tout le temps collée à l’image de l’idole des Arabes. Car, pour elle, beaucoup reste à faire.

A la suite de son succès dans cette émission, la boîte de production Platinum Records lui offre, en février 2014, un premier album sous le titre d’Akhbari (mes nouvelles). Un titre emprunté à la chanson phare de l’album, composée par l’interprète saoudien mythique, Mohamad Abdou.

« J’ai rencontré Mohamad Abdou à Jeddah, en 2013, après avoir effectué le petit pèlerinage. Il m’a invitée, avec mon père, dans sa maison, et m’a demandé de chanter Kol Daqqa Fi Qalbi (chaque battement de mon coeur), de Fayza Ahmad », se souvient Carmen. Et de poursuivre: « Dommage, les responsables de la société Platinum n’ont pas tenu leur promesse, quant à la prise en charge totale de l’album Akhbari. J’ai dû dépenser de mon propre argent pour le faire sortir. Actuellement, la situation est meilleure, les gérants de Platinum ont changé et je suis optimiste quant à l’avenir », évoque Carmen. Et c’est à son père d’ajouter: « Ce qui a mis Carmen dans l’embarras, c’était le piratage de son album, avant même son lancement ».

Bienvenue dans le monde du showbiz. Carmen multiplie les tournées artistiques : Dubaï, Arabie saoudite, Syrie, Maroc et même la Palestine où elle animera la soirée du nouvel an à Ramallah. « Jamais je n’oublierai ma première apparition sur les planches de l’Opéra du Caire. Le célèbre chanteur Hani Chaker m’a présentée au public, en marge du Festival de la musique arabe, après que j’eus décroché ce prix en 2010 ». Et puis, il y a juste quelques jours, elle y est revenue en star. Sans doute, Carmen fait des jaloux.

En septembre dernier, à travers le magazine électronique Veto, le compositeur Ahdi Fekri lui reproche son « ingratitude », précisément de ne pas avoir mentionné ceux qui l’avaient aidée durant son parcours. Carmen fait la sourde oreille. Elle comprend que c’est la facture à payer, celle de la réussite. « Le compositeur Helmi Bakr m’a beaucoup encouragée et m’a même introduite à la Radio égyptienne ».

Pourtant, ce dernier, réputé pour sa grande sévérité, a dû recommander son nom afin qu’elle participe à la 23e édition du Festival de la musique arabe, qui vient de prendre fin. « J’en suis ravie », lance Carmen qui est restée loin des feux de la rampe, jusqu’à l’obtention de son baccalauréat.

Actuellement, elle fait des études en communication, à l’académie Al-Chourouq. « J’adore les talk-shows, mais je ne compte pas travailler dans le domaine des médias. C’est juste question d’enrichir mon champ de connaissances », souligne Carmen. Avec Platinum Records, elle prépare un nouveau vidéoclip, qui sera tourné au Liban, par le réalisateur libanais Fadi Haddad. Ce dernier a monté son scénario autour de la vie d’une star qui veut renouer avec sa vie d’antan, loin des grandes pompes de la célébrité.

Jalons

7 octobre 1994 : Naissance à Zagazig, dans le Delta.

2010 : Elue meilleure voix de moins de 16 ans lors du concours du Conseil suprême de la culture.

2012 : Lauréate de l’émission Arab Idol.

Mars 2013 : Elue « Star 2013 », dans le sondage du magazine Sayedati.

Février 2014 : Sortie de son album Akhbari (mes nouvelles).

Mots clés:
Lien court: