Visages > Visages >

Adel Boulos : Un pied à Montréal, un pied au Caire

Charbel Hechema , Samedi, 09 septembre 2023

Homme d’affaires égypto-canadien, Adel Boulos oeuvre sans relâche à établir des ponts entre l’Egypte et le Canada. Il fait office de leader communautaire et préside le Réseau d’affaires égypto-canadien (Egyptian Canadian Business Network).

Adel Boulos

Il est 6h30 du matin. Adel Boulos prend son café dans sa véranda à Montréal, puisque l’hiver n’est pas encore arrivé, et ce, après avoir prié et donné à manger à sa chienne Zuri, un caniche standard qu’il a depuis 2 ans. D’autres jours, il va à Pointe-Claire (une ville à moins d’une heure) pour un entraînement de natation de 90 minutes avec son équipe de maîtres-nageurs afin de rester en forme.

C’est dans son bureau à Montréal qu’il nous accueille, deux semaines avant de voyager en Egypte. Le bâtiment aux formes cubiques abrite le siège du fournisseur de denrées alimentaires Amira. Adel Boulos est le PDG de cette boîte qui importe divers produits alimentaires du Moyen-Orient et les distribue sur le marché canadien. Ce magasin de Saint-Laurent est connu par ses belles offres, surtout les mangues, les goyaves et les figues, ainsi que les aubergines blanches, des produits ayant un goût exquis, provenant d’Egypte.

Ce sont ses parents qui avaient fondé l’entreprise après avoir émigré au Canada en 1978. « Mon père et ma mère ont décidé de tout quitter en Egypte et d’aller au Québec. Ma tante maternelle vivait à Montréal et c’était la motivation principale de l’émigration », explique-t-il. En Egypte, son père avait été un officier à l’armée pendant 15 ans et il était propriétaire d’une ferme à Wadi Al-Natroune (près d’Alexandrie), où il y avait du bétail et des chevaux et l’on y cultivait des olives, les transformant ensuite en olives vertes. Encore enfant, il y allait régulièrement avec sa soeur. Egalement, la famille faisait du commerce. « J’y étais impliqué dès l’âge de 10 ans, tenant un magasin à Zamalek », se souvient-il. Ce travail dès son jeune âge n’a certainement empiété ni sur ses études ni sur ses loisirs, puisqu’il a fréquenté l’école anglophone Saint-Georges à Héliopolis jusqu’à l’âge de 13 ans et aimait la lecture, la natation et l’équitation qu’il pratiquait au club Al-Guézira, ainsi qu’au club Galaa des officiers.

Une fois arrivés à Montréal, son père et sa mère ont dû repartir à zéro en achetant un petit commerce de pâtisserie et d’épicerie fine à la rue Sherbrooke, à Notre-Dame des Grâces. « Ma soeur Amira et moi, nous les aidions pendant le week-end. Plus tard, mes parents ont acheté une maison et ils travaillaient à partir du sous-sol. Ils ont commencé le commerce de gros et ont choisi le nom de ma soeur Amira comme nom commercial de leur compagnie. Nous sommes alors entrés dans le domaine des noix et des fruits secs. Ensuite, nous avons commencé à importer des produits alimentaires de l’Egypte, comme la mouloukhiya (corète potagère). Mon père était parmi les premiers à le faire au Canada », raconte-t-il.

Le petit Adel et sa soeur ont dû suivre la classe d’accueil pendant leur première année à Montréal afin d’apprendre le français. Leur mère, Mme Ragaa, journaliste traductrice à la MENA, au Caire, étant elle-même de culture anglophone, n’arrivait pas à les aider. Il est ensuite entré au Cégep (phase transitoire de deux ans pour être orienté à l’université) avant de poursuivre ses études à l’Université Concordia et obtenir un baccalauréat en commerce. « J’ai connu ma future épouse Moushira durant les activités à l’église lorsque j’ai commencé le Cégep. Elle était au cycle secondaire. Nous nous connaissons donc depuis notre très jeune âge. Elle a étudié l’actuariat et elle enseigne dans une école au West Island. Elle aime les mathématiques et ses élèves l’apprécient », précise-t-il.

Sa mère étant cairote et son père alexandrin, Adel Boulos se considère comme un mélange entre les deux. Il aime beaucoup la mer et ses fruits. Prendre le large à bord de son bateau sur la rivière est une belle activité qu’il pratique régulièrement. Par ailleurs, il aime aller à la Côte-Nord en Egypte pour se rappeler ses beaux souvenirs d’enfance à la mer. Une peinture dans son bureau illustre la plage de Stanley à Alexandrie où sa famille avait une cabine. Ils passaient la journée là-bas et jouaient à la raquette.

Adel est devenu par la suite comptable professionnel et a travaillé pendant deux ans comme vérificateur (audit) dans un bureau à Montréal, mais il a préféré rejoindre l’entreprise familiale en 1990. C’est l’année où il a épousé Moushira qui l’a beaucoup soutenu et a fait face avec lui à de nombreux défis, surtout qu’il prend beaucoup de risques auxquels elle n’est pas habituée.

L’entreprise était encore petite et il a beaucoup travaillé pour la moderniser, en y introduisant l’ordinateur et les nouveaux systèmes. A un moment donné, le nombre d’employés a atteint 100 personnes.

« Mes parents avaient eu certaines difficultés en commençant leurs affaires au Québec, mais ma soeur Amira et moi, ayant grandi là-bas, nous avons appris la persévérance. Nous nous sommes habitués à travailler assidûment et à ne pas abandonner. On ne considère pas le refus comme une réponse finale, mais nous essayons toujours d’obtenir ce que l’on veut », affirme-t-il avec un léger sourire en mentionnant des marques distribuées par la compagnie dans les chaînes de supermarchés et les supermarchés ethniques à travers le Canada.

Chef du Réseau d’affaires égypto-canadien (Egyptian Canadian Business Network), une organisation sans but lucratif qui existe depuis 10 ans, Adel Boulos avait accueilli à Montréal le célèbre homme d’affaires et ingénieur égyptien Naguib Sawiris qui a été honoré par l’organisation, ainsi que Nabila Makram, ex-ministre de l’Emigration et des Affaires des Egyptiens à l’étranger. Plusieurs concerts ont été animés à Montréal par des artistes égyptiens pour financer des projets de bienfaisance comme l’hôpital pour le cancer des enfants en Egypte et l’initiative Tahya Misr.

Le businessman aime être impliqué en politique ; on le voit sur une photo, accrochée au mur de son bureau, avec l’ex-premier ministre canadien, Stephen Harper, lorsqu’il était en fonction. Il avait également rencontré le président Abdel-Fattah Al-Sissi durant la conférence Masr Tastatie (l’Egypte est capable). Le président écoutait les discours des représentants des communautés pour savoir comment profiter des talents, de l’intelligence et des idées des Egyptiens à l’étranger dont le nombre atteint 15 millions d’émigrants.

Leader communautaire, il oeuvre à consolider les liens entre les Egyptiens expatriés et à leur faciliter les services consulaires. Il soutient les initiatives égyptiennes au Canada, qu’elles soient sociales, culturelles ou académiques, et établit le lien entre sa communauté et les gouvernements provincial et fédéral, ainsi que les municipalités. Il a aussi soutenu des candidates égyptiennes aux élections comme Ann Francis et Mariam Ishaq.

« J’espère que l’Egypte réalisera un jour l’autosuffisance en blé et en bon nombre de denrées alimentaires. Notre pays a tous les atouts pour cela, surtout les terrains et le bon climat. Par ailleurs, j’ai un projet en tête pour la modernisation de l’agriculture que j’espère réaliser. Il faudrait rappeler que l’Egypte est actuellement pionnière en matière d’exportation d’agrumes, dépassant l’Espagne. Notre pays aussi est le plus grand producteur de dattes dans le monde, mais tout est consommé localement », indique-t-il.

Récemment, ses efforts ont porté leurs fruits et la Compagnie des Egyptiens à l’étranger pour l’investissement a été fondée avec l’aide de la ministre de l’Emigration, Soha El-Gendy, qui avait introduit l’homme d’affaires au premier ministre, Moustapha Madbouli, pour discuter de la structure d’une compagnie avec 10 partenaires égyptiens de par le monde qui désirent investir dans différents secteurs en Egypte, dont l’agriculture, la technologie, l’immobilier, le tourisme, etc.

Adel Boulos est également membre de l’organisation Orphelins coptes qui aide 15 000 enfants dans 800 villages en Egypte avec 700 bénévoles. « Le total des dons envoyés en Egypte l’année dernière a atteint 20 millions de dollars. Les enfants sont pris en charge jusqu’à ce qu’ils terminent l’université », indique-t-il.

L’homme d’affaires trouve qu’il y a des avantages et des inconvénients dans son pays d’accueil, ainsi que dans son pays d’origine. Les deux Etats recèlent de bonnes opportunités. Il aime les deux et préfère être toujours positif, soulignant qu’il faut toujours réaliser le meilleur là où l’on vit.

Mots clés:
Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique