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Adel El Menshawy : L’architecte et l’humain

Naguib Mahfouz Naguib, Lundi, 08 juin 2020

Pour le professeur Adel El Menshawy, l’architecture est la mère de tous les arts. C’est cette discipline qui lui a appris de concevoir la vie différemment et de travailler de près avec les gens. Et c’est ce qu’il transmet à ses étudiants en enseignant l’architecture et la planification à Alexandrie, sa ville natale, qui lui a inspiré une belle partie de ses travaux.

Adel El Menshawy : L’architecte et l’humain

La science n’existe pas uni­quement entre les murs des écoles et ne s’arrête pas aux limites des instituts et des universités, mais c’est un mode de vie qui se poursuit liant l’homme à son entourage. Telle est la convic­tion du professeur d’architecture et de planification Adel El Menshawy, dont le destin est lié à sa ville côtière, Alexandrie. Son projet de fin d’étude, ayant d’ailleurs porté sur l’histoire du quartier de la forteresse de Qaïtbay et son rapport à la ville, lui a valu un diplôme en architecture, en 1984, avant de rejoindre le Collège de la défense aérienne, toujours à Alexandrie. « Au cours de cette période, j’ai appris beaucoup de choses, dont la plus importante est que l’apprentis­sage est un processus continu. L’homme évolue avec le temps, il ne cesse d’acquérir des dimensions multiples. Plus ses connaissances accroissent, plus il devient sophisti­qué », souligne le professeur à la faculté de polytechnique et de tech­nologie, qui dépend de l’Académie arabe des sciences, de la technologie et du transport maritime.

En avançant dans ses études supé­rieures, il s’est rendu compte qu’il y avait une grande différence entre le travail d’étudiant et celui de cher­cheur. Car ce dernier est censé col­lecter les informations, les examiner, les analyser et faire le lien entre les diverses données, afin d’aboutir à de nouveaux résultats. Et le fait d’étu­dier le design architectural et la pla­nification des villes a changé sa manière de voir la vie. « Mon master était sur la gestion des projets de construction et d’édification. L’un des défis qui affrontait tout cher­cheur à l’époque était d’accéder à des sources et à des références récentes. Je devais correspondre avec plusieurs universités, et j’ai fini par obtenir ma thèse dans les années 1990 de l’Arizona State University », précise Adel El Menshawy.

Son amour pour l’architecture est né presqu’en même temps que sa vocation pour la peinture. Cet amour n’a cessé de gran­dir au fil des ans, lorsqu’il a compris qu’il s’agissait d’une disci­pline qui combine pas mal de champs d’étude : l’art, le génie, etc.

Le professeur évoque les obstacles qu’il a pu surmonter tout au long de sa carrière. C’est le genre à ne pas baisser les bras et à garder son objectif droit devant les yeux. A l’Université d’Arizona, il a étudié l’aménagement des villes à la faculté de l’urbanisme des pays développés. Durant son séjour aux Etats-Unis, il a participé à un nombre de projets urbanistiques dont celui de réaménagement de la ville de Peoria dans l’Etat de l’Illinois. Il a fait partie d’une équipe de six docto­rants, lesquels devaient s’occuper de la planification, tout en s’adressant aux habitants pour leur expliquer la démarche à suivre. Les habitants ont donné leur avis quant au plan de réaménagement envisagé. Ils ont partagé leur manière de rêver leur ville, car dans ce genre de cas, il ne faut jamais imposer quelque chose d’en haut. « Depuis, j’ai appris qu’il ne faut jamais écarter l’avis des gens, mais de les prendre en consi­dération avant de commencer n’im­porte quel travail d’architecture ou d’aménagement », souligne-t-il.

Après avoir consulté la population locale, l’équipe d’architectes a filtré les diverses opinions pour mettre à jour le plan final qui devait s’étendre sur 20 ans à venir. Celui-ci a été par la suite exposé dans le menu détail au magazine de la ville « Peoria Times », afin d’expliquer aux gens les étapes du travail effectué en quatre temps. Chaque phase devait prendre cinq ans. Et l’ensemble devait être approuvé pour commen­cer la mise en exécution. Aux Etats-Unis, il a également collaboré avec l’une des plus grandes organisations non lucratives, active dans le domaine de l’architecture, Habitat for Humanity. Celle-ci crée des loge­ments au profit des plus démunis. « L’Etat d’Arizona où je vivais est proche du Mexique. Les Mexicains venaient en grand nombre pour s’installer aux Etats-Unis, alors les autorités américaines ont mis un plan pour mieux les intégrer en société. Parmi les moyens d’intégra­tion adoptés furent l’édification de bâtiments résidentiels pour les accueillir. Il fallait ainsi leur apprendre à construire, leur donner les matériaux nécessaires pour bâtir des logements. Les nouveaux venus ont commencé à construire des mai­sons, puis les organisations concer­nées devaient rédiger des rapports sociaux pour faire le point une fois les gens sont bien installés. Ces der­niers n’avaient pas le droit de vendre leurs maisons ou d’en disposer pen­dant 30 ans. Quand l’homme est traité de manière humaine, il com­prend qu’il doit sympathiser avec ses pairs, il saisit le sens du partage et l’on finit par atteindre une vie meilleure ».

Ce sont des valeurs que Adel El Menshawy a appris sur le tas, à travers ses activités d’architecte. De retour en Egypte pour des raisons fami­liales, il a continué à tra­vailler sur sa thèse ayant pour thème « l’aména­gement des zones touris­tiques ». La faculté de polytechnique et de tech­nologie, dépendant de l’Académie maritime, avait lancé ses quatre départements spécialisés en 1995, suivis par celui de l’architecture et du design envi­ronnemental en 1997. C’est là que l’a rejoint le professeur Adel El Menshawy, après avoir obtenu son doctorat. Et jusqu’à présent, il y enseigne l’architecture et la planifi­cation, avec beaucoup de zèle. « Le département d’architecture est accrédité internationalement par le Royal Institut of British Architect (RIBA), l’un des plus prestigieux au monde. On est la première Université du Moyen-Orient à obtenir cette accréditation internationale », dit-il fièrement.

Entre 2013 et 2015, il a été ensuite choisi pour diriger le département d’architecture et de design environ­nemental, dans une période d’insta­bilité, au lendemain de la révolu­tion. « L’un des travaux les plus importants que j’ai effectués pen­dant ce temps a été de conclure un accord avec l’Université Britannique Cardiff Metropolitan. Selon cet Accord, le diplôme en architecture décerné par la faculté de polytechnique de l’académie maritime est reconnu à l’étranger, simplement en ajoutant un semestre d’étude. J’ai également conclu un accord avec les autres départements de la faculté, afin de réaliser des études scientifiques supérieures conjointes ».

Par ailleurs, le professeur a tenu à renouveler la bibliothèque du dépar­tement d’architecture et à la digita­liser. Il se rendait au Salon interna­tional du livre du Caire, afin d’ache­ter des livres et des ouvrages de référence pour les mettre à la dispo­sition des étudiants. En même temps, sa passion pour l’architec­ture l’a toujours mené sur les sites historiques. Il n’a de cesse visité les musées et les temples, et ses enfants ont hérité ce goût des antiquités et des arts. D’ailleurs, ils étudient l’ar­chitecture comme lui et aiment voyager, également comme lui.

« Une partie des projets que j’ai réalisés étaient liés à l’Eglise copte. J’ai fait pas mal de travaux volon­taires dans plusieurs églises et monastères. J’ai participé au comité sur la rénovation des icônes de la cathédrale Saint-Marc à Abbassiya. J’ai participé au comité du monas­tère d’Al-Sultan », chargé de resti­tuer les droits de l’Eglise copte sur le monastère. « Et j’ai fait des consul­tations pour certains organismes internationaux, tels l’Unesco, concernant la zone archéologique située à côté du monastère de Saint-Ménas le Miraculé et qui est inscrite sur la liste du patrimoine mondial », ajoute Adel El Menshawy, qui a publié des dizaines de recherches dans des périodiques internatio­naux spécialisés et qui est membre des comités d’arbitrage dans de nom­breux concours d’archi­tecture.

L’académicien suit de près les mutations dues à la pandémie. Il s’at­tend à ce qu’une grande partie des études en architecture, à l’échelle mondiale, se passe en ligne durant la période à venir. « Les matières théoriques dans de nom­breuses disciplines seront en ligne, et non pas seulement en architec­ture. Certains diplômés en architec­ture travaillent déjà à distance, avec des bureaux spécialisés de par le monde», dit-il. Et d’ajouter: « Je rêve de voir les études académiques relier à la réalité au terrain ». Il rêve aussi d’avoir une approche plus spécialisée, avec notamment des collèges regroupant toutes les disciplines de l’architecture et du design .

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