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Engy Michel : Accompagnatrice par vocation

Lamiaa Al-Sadaty, Mardi, 31 mars 2020

Conseillère conjugale et familiale, Engy Michel a toujours su prêter l’oreille aux autres pour les aider à résoudre leurs problèmes. A l’heure du confinement, elle reste à l’écoute des familles et des couples et n’hésite pas à leur donner des astuces pour mieux vivre cette période difficile.

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Tout a commencé par sa volonté d’extrospection, de retour sur autrui. Ingénieure enthousiaste dans une entreprise de communication multinationale, Engy Michel a toujours aimé être à l’écoute de ses collègues. Ces derniers sollicitaient sans hésitation son aide et son avis quant à leurs problèmes conjugaux ou familiaux. « Avec le temps, j’ai découvert qu’il y avait une autre chose que j’aimerais bien faire dans la vie : accompagner les gens, les aider dans les moments les plus difficiles », raconte-t-elle d’un ton décisif. Et d’ajouter : « Je me suis rendu compte que j’avais fait de l’ingénierie pour la simple raison d’avoir eu un grand pourcentage au bac et pour avoir le label d’ingénieure ».

Engy Michel qui, depuis ses études à la faculté d’ingénierie, s’intéresse aux activités bénévoles, décide de rejoindre une entreprise de services communautaires en parallèle avec son travail. Petit à petit, elle entreprend un retour sur soi: une introspection qui va contribuer à un changement de carrière, sinon de vie. « J’ai commencé d’abord à lire des livres de psychologie et de communication, etc. Mais comme j’ai voulu acquérir un savoir bien structuré, j’ai décidé de suivre une formation de Conseillère Conjugale et Familiale (CCF) ». Passionnée par ce domaine, elle décide de poursuivre ses études pour faire un master. « J’étudiais mes cours tout en portant mon bébé dans les bras. Mon mari m’encourageait, parce qu’il savait que cela me rendrait heureuse. En avançant dans mes études, j’ai changé de perspective et de savoir-faire, à tel point que les personnes qui m’avaient connue dans le temps me disaient que j’avais changé de caractère », souligne-t-elle, fière de la personne qu’elle est devenue. Normal. Elle avait toujours été cette fille maigre, petite de taille qui souffrait de l’intimidation par ses camarades. Elle avait passé des moments difficiles et tristes en voyant les maîtresses préférer telle ou telle fille juste parce que leur père occupait un poste important, offrait des cadeaux à l’école ou tout simplement parce qu’elles étaient jolies.

Fille d’un enseignant de mathématiques et d’une enseignante de langue anglaise, elle ressentait de l’insécurité au sein d’un milieu scolaire qui ne prônait pas la diversité et ne réagissait pas face à la brimade. Elle haïssait l’école sans pouvoir le dire. « Mais un jour, j’ai proposé à maman de me transférer à l’école où elle travaillait sous prétexte de vouloir être à ses côtés. Maman a accepté, surtout que cette école était à quelques pas de notre maison », raconte Engy Michel. Si, à l’époque, elle a tant souffert en silence, sans bien en comprendre les raisons, elle affirme avoir déchiffré les causes quelques années plus tard, grâce à ses études. De plus, cet arrière-plan psychologique lui a permis d’être compréhensive face à un enfant qui lui dit qu’il n’aime pas son école.

Son master en poche, bénéficiant déjà d’expérience et faisant preuve d’une grande sensibilité à l’égard des enfants, Engy Michel a été choisie en 2016 par WellSpring, une entreprise de services communautaires de renom, pour mettre en place, avec le ministère de l’Education, un programme dans les écoles publiques visant « l’acquisition à travers l’expérience », puis en 2017 pour élaborer, avec le ministère de l’Immigration, un programme pour sensibiliser les jeunes résidant à l’étranger à « l’appartenance au concept de patriotisme ». Des étapes ont été franchies, mais Engy Michel a dû quitter le pays soudainement, son mari s’étant vu offrir une opportunité de travail dans une entreprise à Dubaï. « La première image qui m’est venue est celle d’une ville matérialiste, où l’on est prêt à dépenser de l’argent pour la chirurgie esthétique ou pour perdre du poids plutôt que de s’intéresser au côté psychologique. Mais, j’avais tort. Comme partout dans le monde, l’être humain cherche à être mieux dans sa peau, à réussir sa vie … ».

Ainsi, de nouvelles portes se sont ouvertes pour Engy Michel dans sa ville d’accueil. Facebook a joué un grand rôle. « Sur un groupe Facebook d’Egyptiens expatriés à Dubaï, une maman avait posé une question concernant sa relation avec son fils. Je lui ai proposé de m’appeler. Au bout de deux mois, j’avais reçu plus de 50 messages me demandant de donner des sessions en ligne », raconte Engy Michel. C’est le début d’une nouvelle étape: des ateliers, des sessions privées, des interviews à la radio ou à la télévision, et une page Facebook dont le nombre de membres dépasse déjà les 20000

Lucide, simple et parlant d’une façon claire et allant à l’essentiel. C’est ainsi que ses clients qualifient Engy Michel. Ces derniers sont d’ailleurs très divers: des mamans ou des parents qui ont des problèmes avec leurs enfants, des personnes qui ont des problèmes conjugaux, etc. « Il est possible de venir parler seul de son couple. Parce que l’autre ne souhaite pas faire la démarche, qu’il en a peur, qu’il ne voit pas le problème ou qu’il pense que celui-ci ne vient pas de lui », souligne Engy Michel, avant d’ajouter: « Ne pas vivre en couple ne préserve pas des turbulences de la vie relationnelle et affective: des enfants à élever seul ou seule après une séparation, des traumatismes après un divorce, un deuil… ce sont autant de sujets de consultation ». Son rôle? « Mon rôle consiste en une écoute active. Il ne s’agit pas simplement de laisser s’exprimer les difficultés ou la souffrance. Mais pas non plus de conseiller sur un mode pédagogique ou directif de faire tel choix plutôt qu’un autre. L’idée, à travers le dialogue qui s’établit, est de faire émerger une interprétation, une décision », explique-t-elle, tout en soulignant que dans le cas d’un couple qui connaît des problèmes, son rôle n’est ni le réparer, ni le séparer. « C’est plutôt de faire en sorte que les deux partenaires mesurent pour eux et, s’ils en ont, pour leurs enfants, les enjeux de ce qui les lie et en même temps leur rend la vie ensemble difficile ». Il s’agit donc d’inciter à prendre du recul pour pouvoir prendre, si nécessaire, des décisions avec plus de lucidité.

Ainsi, une meilleure compréhension de ce qui conduit à une crise peut être un puissant levier d’évolution. Et comme il y a dans toute histoire humaine un déterminisme social et familial qui fait de nous ce que nous sommes, Engy Michel travaille sur deux niveaux. « D’abord, celui du passé, de l’histoire personnelle de chacun, et de ses répercussions sur la vie relationnelle actuelle, et, si les deux membres du couple viennent consulter de la manière dont leurs histoires se sont imbriquées pour les faire se rencontrer, s’aimer et, au moment où ils viennent me consulter, hésiter à poursuivre leur vie ensemble. Ensuite, il faut travailler concrètement dans l’ici et maintenant de leur vie », explique-t-elle. A savoir en analysant les mécanismes du couple et la manière dont les rôles de chacun n’ont pas su évoluer. Mieux se comprendre soi-même, mieux s’estimer, mieux s’assurer dans ses choix sont un puissant facteur de changement pour soi, mais aussi pour l’autre.

Si le conseil conjugal et familial ne se définit pas comme une thérapie, il a, comme tout travail de réflexion et d’introspection sur soi-même et sur la relation qui nous unit aux autres, des effets thérapeutiques. Et comme elle est formée à accompagner la réflexion d’hommes, de femmes et même d’enfants qui en ont besoin, Engy Michel n’hésite pas à intervenir dans ces moments difficiles où le monde se retrouve cloîtré chez soi. « Il faut choisir ses combats. Le virus de Covid-19 est un ennemi invisible et on ne sait pas ce qui va se passer demain. Ceci dit, il faut savoir investir son énergie et gérer ce qui est sous contrôle. Comme on vit encore, on est censé chercher des moyens pour mener à bien sa vie ». La conseillère a ainsi publié sur sa page Facebook une vidéo de quelques minutes offrant des idées aux familles pour rompre avec la monotonie pendant le confinement. Ayant récolté plus de 250000 « J’aime », la vidéo propose une liste de tâches et de jeux à faire en famille, et ce, à travers une discussion entre Engy Michel et son fils Kévin, âgé de 11 ans. Sur cette liste figurent des choses comme ranger son armoire, planter son jardin, bricoler, faire une soirée films, etc.

En ces temps de crise qui viennent bousculer, voire faire s’effondrer tout ce qui a pu se construire, et où la colère, la douleur et l’impossibilité de communiquer submergent de nombreuses personnes, la conseillère est là pour les accompagner et les aider à mettre des mots sur leurs souffrances l

Jalons :

9 janvier 1983 : Naissance à Alger.

2005 : Licence en informatique, faculté d’ingénierie de l'Université de Tanta, Egypte.

2016 : Responsable du département de leadership (encadrement) à WellSpring, une entreprise de services communautaires.

2017 : Master en conseil conjugal et familial du Southwest College and Seminary, Louisiane, Etats-Unis.

2019-2020 : Ateliers pour parents: « Des limites avec les adolescents ».

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