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Farida Osman : Le papillon égyptien

Doaa Badr, Lundi, 24 août 2015

A 20 ans, Farida Osman a réalisé une première dans l’histoire de la natation égyptienne féminine, en terminant 5e sur 50 m papillon aux Championnats du monde de natation. Aujourd’hui, elle rêve d’une médaille olympique.

Farida Osman
Farida Osman.

Avec une voix pleine d’émotion, la nageuse égyptienne, Farida Osman, décrit ses sentiments après sa 5e place sur 50 m papillon obtenue aux Championnats du monde de natation la semaine dernière à Kazan en Russie. « Je suis très heureuse et très fière de ma performance. Réaliser une première dans l’histoire de la natation égyptienne féminine est un grand honneur pour moi. Durant ces Mondiaux, j’avais le sentiment d’être vraiment prête sur les plans physique et mental, j’étais pleine de confiance », lance la jeune nageuse de 20 ans. « Grâce au président de la Fédération Yasser Idriss et au directeur technique, Chérif Habib, l’atmosphère au sein de l’équipe nationale était idéale. J’avais l’impression d’être entourée de ma famille, et cela m’a donné un grand coup de pousse », poursuit la jeune Farida qui, pour atteindre ce niveau de performance, a dû sacrifier pas mal de ses caprices d’enfant et de ses rêves d’adolescence. « Mes amis aux Etats-Unis sont tout à fait conscients de l’importance pour une personne d’organiser son temps et connaissent les limites de l’amitié, contrairement à mes copains égyptiens qui comprennent mal mon mode de vie. Ils comprennent difficilement que je ne peux pas être libre à tout moment. De quoi poser problème », confie-t-elle. Le succès a un prix effectivement.

Le papillon égyptien, comme l’a surnommée le président de la Fédération égyptienne, a réalisé plusieurs exploits aux Mondiaux, battant plusieurs records égyptiens dans les 4 épreuves qu’elle a disputées (50 m et 100 m papillon, et 50 m et 100 m nage libre). En terminant 5e du 50 m papillon avec un record de 25,07, elle a d’ailleurs battu son record personnel qui est celui de l’Egypte et de l’Afrique. Dans le 100 m papillon, elle a battu son propre record deux fois : la première en série et la seconde lors des demi-finales du 100 m papillon, se classant 16e, avec 58.48.

Il faut dire que l’ancienne meilleure performance égyptienne en natation a été réalisée par Farida Osman, en terminant 7e des Mondiaux de Barcelone 2013. « En 2013, j’étais 7e, puis en 2015, je suis 5e, cela signifie que je suis sur la bonne voie et que je progresse. La prochaine fois, je pourrai remporter une médaille », affirme avec assurance le papillon, championne depuis ses débuts.

Née le 18 janvier 1995 à Indianapolis aux Etats-Unis, Farida Osman commence à pratiquer la natation au club égyptien d’Al-Guézira à l’âge de 5 ans, suivant les pas de son frère aîné Ahmad. « C’est ma mère, Randa, qui m’a poussée à intégrer l’équipe de natation, afin d’apprendre à nager, tout simplement. Mais dès le début, les entraîneurs ont découvert que j’avais du talent pour ce sport et ont demandé à ma mère que je suive un entraînement plus intensif, soit 2 séances par jour, de 5 heures chacune, le matin et le soir », raconte la belle championne, qui a toujours eu le sentiment d’être née pour nager comme un poisson. A l’âge de 11 ans, elle a disputé sa première compétition, les Championnats d’Egypte, et elle a remporté 4 médailles d’or sur 50 m et 100 m papillon et nage libre, les mêmes épreuves qu’elle pratique aujourd’hui. « Ces épreuves sont les meilleures pour moi. La force de mes muscles me distingue durant les épreuves de vitesse », explique-t-elle.

A l’âge de 12 ans, elle intègre la sélection égyptienne et devient sa plus jeune membre. Elle commence alors ses premiers pas sur la scène internationale. Sa première compétition internationale était les Jeux Africains (JA) d’Algérie en 2007, où elle a battu le record d’Egypte du 50 m papillon. La même année, elle dispute les Jeux Arabes (JA) du Caire, et à la grande surprise de tout le monde, elle décroche la médaille d’or du 50 m papillon, pour devenir la plus jeune Egyptienne médaillée aux JA, annonçant ainsi la naissance d’une nageuse exceptionnelle.

A partir de cette date, elle poursuit son élan, décrochant plusieurs médailles internationales. L’année 2011 constitue un tournant. Elle devient nageuse professionnelle. Elle réalise alors une première dans l’histoire de la natation égyptienne en décrochant la médaille d’or du 50 m papillon aux Championnats du monde juniors.

Pourtant, avant ces Mondiaux, elle était sur le point d’arrêter la natation. « A cette époque, toutes mes coéquipières avaient arrêté la natation et j’étais toute seule à m’entraîner. L’été, toutes mes amies étaient en voyage, et moi, j’étais obligée de rester au Caire pour suivre mon entraînement. Heureusement, mes parents m’ont persuadée de continuer la natation. Le fruit de mes sacrifices a été superbe. J’ai décroché une médaille d’or aux Mondiaux », dit la jeune fille qui a poursuivi son élan avec plus de force, de confiance et de certitude.

En 2012, à 17 ans seulement, elle participe aux Jeux olympiques de Londres sur les 50 m libre et elle termine 41e, puisqu’elle n’était pas prête pour la compétition. Un an plus tard, lors des Mondiaux 2013, elle réalise une première pour l’Egypte en disputant la finale des 50 m papillon. En réalisant ces exploits en quelques années, Farida Osman devient un phénomène qu’il faut étudier pour en percer les secrets. « Un secret de polichinelle : je travaille assidûment. Pendant l’entraînement, je me surpasse, déployant un maximum d’efforts. Je suis très stricte quant à mon programme de préparation. Mon ancien entraîneur ukrainien, Vladimir Hutsu, m’a beaucoup aidée, surtout sur le plan technique. La réussite est donc le fruit d’un travail en commun de l’entraîneur et du nageur. Je ne veux pas oublier les efforts consentis par mes parents. Ils ont fait beaucoup de sacrifices pour que j’atteigne ce niveau », explique le papillon.

En fait, sa famille a joué un rôle important dans sa progression. Durant presque toutes les compétitions majeures, ses parents et son frère ont toujours été présents dans les gradins pour l’encourager à faire de son mieux. Les deux dernières années ont témoigné d’ailleurs d’un véritable élan de la nageuse, ayant battu ses propres records à plusieurs reprises.

En 2013, Farida Osman commence une nouvelle étape de sa vie. Après avoir obtenu son bac d’une école américaine en Egypte, elle intègre l’Université Berkeley en Californie.

Ses deux parents dentistes : Randa Al-Salawy et Hicham Osman étaient conscients de l’importance — pour une nageuse — de faire ses études aux Etats-Unis, meilleure nation en natation. « J’ai choisi cette université grâce à sa bonne réputation en natation et en études. Elle occupe la première place aux Championnats NCAA qui regroupent toutes les universités américaines. De plus, je connais bien l’entraîneur de l’équipe dames de l’université, Teri Mckeever. Cette dernière m’a contactée lors des Mondiaux 2013 », explique la jeune fille, qui a fait beaucoup de progrès pendant son séjour aux Etats-Unis, où elle a remporté un bon nombre de médailles. Là-bas, elle s’entraîne côte-à-côte avec l’élite mondiale, dont des nageuses de la sélection américaine, telles Missy Franklin, détentrice de 5 médailles olympiques aux Jeux Olympique (JO) de Londres 2012, Caitlin Leverenze, médaillée de bronze aux JO 2012, Dana Volmer, championne olympique en 2012, Natalie Coughlin, qui a remporté 8 médailles olympiques, et Nathan Adrian, qui a à son actif 4 médailles olympiques. « L’entraînement aux Etats-Unis est totalement différent qu’en Egypte. En m’entraînant avec les meilleures nageuses du monde, je me sacrifiais corps et âme, afin d’être au niveau de celles-ci. Voilà qui m’a incitée à faire plus et à améliorer mon niveau. En Egypte, j’étais dispersée entre l’entraînement et les études, cela sans compter le problème infernal de la circulation, contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis, où ma vie est bien organisée : à l’université, la natation est considérée comme une matière faisant partie des études. J’organise mes cours selon les horaires de l’entraînement ». Sa journée se déroule comme suit : 6h30 entraînement, début de cours à 8h jusqu’à 12h30. Ensuite, une autre séance d’entraînement de 13h30 à 15h30. Le reste de la journée, elle a le loisir d’étudier ou de sortir avec ses amis. L’entraînement et les études se déroulent au même endroit. En fait, il lui faut seulement 5 minutes de marche pour se rendre à la piscine, depuis les salles de classe. Malgré ce mode de vie très organisé et très rigide, la jeune fille parvient à mener une vie plus ou moins normale. « J’ai un groupe d’amies composé de nageuses, toutes de l’université. Puis, un autre groupe de simples collègues. Mais mes meilleures amies proviennent de la natation ; elles sont de nationalités différentes : une d'Espagne, une de Hong Kong, une des Etats-Unis. Nous sortons ensemble durant le week-end », confie la jeune fille.

Malgré sa vie qui paraît plus que parfaite, Farida Osman éprouve quand même des moments de nostalgie. Elle regrette son pays natal et son entourage proche. « Ma famille me manque beaucoup. Je ne peux prendre des vacances que 2 fois par an, pour le Nouvel An et l’été. La bourse scolaire que je reçois exige que je dispute un grand nombre de tournois pour évaluer mon niveau en permanence », explique-t-elle.

Aujourd’hui, le papillon égyptien doit se préparer aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro 2016. Comme le 50 m papillon, sa meilleure épreuve, ne figure pas aux épreuves des JO, Farida Osman doit améliorer ses records dans les épreuves olympiques, le 100 m papillon et le 50 m nage libre. « Je dois travailler la technique de ces deux épreuves tout en améliorant mes records personnels, afin de concrétiser mon rêve : décrocher une médaille olympique », conclut-elle, avec un regard pétillent .

Jalons

1995 : Naissance à Indianapolis (Etats-Unis).

2009 : 2 médailles d’or aux Jeux africains.

2011 : Médaille d’or aux Mondiaux juniors.

2013 : 7e aux Mondiaux de Barcelone.

2015 : 5e aux Mondiaux de Kazan.

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