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le pape Tawadros II : Les problèmes confessionnels sont dus à 50 % à la construction des églises.

Hoda Ghali, Lundi, 19 janvier 2015

A l’occasion du nouvel an, le pape Tawadros II revient sur le statut personnel des coptes, la construction des églises et les prochaines élections législatives.

le pape Tawadros II
le pape Tawadros II (Photo : Bassam Al-Zoghby)

Al-Ahram Hebdo : Comme voyez-vous l’Egypte en 2015 ?

Le pape Tawadros II : En revenant à l’Histoire, on trouve des périodes où l’Egypte a chuté un peu, mais jamais elle ne se casse. Ce qui s’est passé dernièrement dans notre pays est une faiblesse dans les domaines économique, politique et sécuritaire. Mais à partir du moment où des personnes de haut niveau ont pris la responsabilité du pays, il faut être sûr que demain sera meilleur. Je suis très optimiste car c’est la nature des Egyptiens. D’ailleurs, notre faiblesse réside dans notre méconnaissance de l’Histoire.

— En deux ans de papauté, 10 voyages à l’étranger, quels résultats ?

— La plus importante visite est celle du Vatican qui n’avait pas eu lieu depuis 40 ans. Le monde aujourd’hui est devenu très petit, et les relations humaines doivent être prioritaires. A l’intérieur comme à l’extérieur du pays, je suis une personne qui représente l’Egypte. Ce sont des visites au nom de la nation et pas à mon nom personnellement.

— Comme avez-vous pris la décision de participer au 3 juillet ?

— Avant le 3 juillet, le pays était dans un état d’ébullition, et de mécontentement face au régime en place, que beaucoup d’Egyptiens n’aimaient pas. Peu à peu, ce mécontentement s’est transformé en mouvement populaire, puis en une unité populaire, pour devenir par la suite une révolution populaire. Cette révolution du peuple a été défendue par l’armée. Tout le peuple est descendu dans la rue pour s’exprimer. A ce moment-là, je me suis senti seul, car tout le monde s’exprimait sauf moi. J’ai alors décidé de participer au 3 juillet.

— Concernant les prochaines élections parlementaires, l’Eglise va-t-elle soutenir une liste en particulier ?

— L’Eglise appelle à la participation tant du côté des électeurs que des candidats. L’Eglise encourage le patriotisme. Etre député est une responsabilité, et chacun doit connaître ses capacités. C’est cela que nous encourageons et que nous appelons la citoyenneté. Je ne peux pas soutenir les uns et pas les autres. Je pense que le plus important est d’avoir des listes électorales fortes comprenant des musulmans et des coptes qui soient compétents, efficaces et ayant un vrai dévouement envers la nation.

— Certains craignent la présence des Frères musulmans et du PND dissous au sein du prochain Parlement. Qu’en pensez-vous ?

— Tout est possible, vous savez. Personne ne dit ouvertement ce qu’il y à l’intérieur de lui-même. Certains vont faire patte de velours pour essayer de revenir.

— Où en sommes-nous aujourd’hui du statut personnel des coptes ?

— Il existe une loi sur le statut personnel qui a été préparée depuis longtemps déjà par les trois principales Eglises, à savoir les Eglises orthodoxe, catholique et protestante, et qui a connu dernièrement quelques modifications. N’oublions pas que cette loi doit être conforme à la nouvelle Constitution. Actuellement, les Eglises se sont mises d’accord sur 90 % du contenu de cette loi, et 10 % est en cours de discussion. Ensuite, cette loi sera transmise à l’Etat, qui la remettra, à son tour, au Parlement pour l’étudier et la promulguer.

— La loi prévoit-elle d’autres motifs de divorce hormis l’adultère ?

— Personne ne peut changer la Bible et sa législation, même pas le Conseil œcuménique. Mais il existe ce qu’on appelle le mariage caduc. C’est-à-dire que ce mariage est considéré comme inexistant. Dans ce cas précis, certains motifs de divorce ont été ajoutés à la loi comme l’addiction. L’addiction n’était pas aussi répandue il y a 10 ou 15 ans. Raison pour laquelle l’Eglise et la loi interviennent si l’un des partenaires la découvre après le mariage.

— Que pensez-vous du mariage civil ?

— L’Eglise ne reconnaît pas cette forme de mariage. Car le mariage à l’Eglise est l’un de nos sacrements. Le mariage doit avoir lieu à l’Eglise et non pas ailleurs.

— Qu’en est-il de la loi sur la construction des églises ?

— Nous devons reconnaître que les problèmes confessionnels sont dus à 50 % à la construction des églises. La construction des églises est régie par le décret Hamayoni (ndlr : décret ottoman datant de 1856 et réglementant la construction des églises), qui comprend 10 conditions rendant très difficile la construction d’une église. Il faut des années, parfois 20 ans, pour construire une église. Or, si je construis une église 20 ans après en avoir fait la demande, beaucoup de facteurs auront changé entre-temps, comme le nombre d’habitants. Aujourd’hui, la nouvelle loi sur la construction des églises a été discutée par toutes les Eglises d’Egypte. Elles ont présenté à l’Etat un brouillon, et l’Etat, à son tour, a tenu plusieurs réunions avec les représentants des Eglises pour discuter de cette loi avant de la soumettre au nouveau Parlement. Et nous espérons que la loi sera satisfaisante. Je suis relativement optimiste, à moins d’une surprise.

— Ne pensez-vous pas que les coptes soient marginalisés en Egypte ? Pensez-vous que cette situation puisse changer ?

— Laissons voir … Là aussi je peux dire qu’il y a un début d’optimisme.

— L’Eglise joue-t-elle un rôle en Ethiopie ?

— L’Eglise a un rôle patriotique. Nos relations avec l’Ethiopie sont très fortes et très anciennes, car elles datent de plusieurs siècles. N’oublions pas que 85 % de notre eau du Nil vient de l’Ethiopie. Nos relations s’étaient quelque peu dégradées ces dernières années. Mais aujourd’hui, le gouvernement a ouvert un dialogue permettant de mettre fin à cette crise. Il est très important que l’Egypte n’encourt aucun dommage à cause des projets de développement en Ethiopie. Les intérêts des Etats doivent être pris en considération.

— De plus en plus de personnes se proclament comme athées. Cela inquiète-t-il l’Eglise ?

— Oui, il y a des athées, mais je ne pense pas que cela soit un phénomène. Les réseaux sociaux sont la cause de cette situation. Et les jeunes dans le monde sont dans un état de révolte et de refus. Ils refusent le pouvoir de leurs professeurs, de leurs prêtres et de leurs parents : « Je veux me gouverner moi-même, je refuse Dieu ». L’Eglise, de son côté, fait face à cette situation par différents moyens : sensibilisation, livres, conférences avec des spécialistes, dialogues, etc. L’athéisme est un état de révolte interne. Je pense qu’il existe un seul remède à l’athéisme, à savoir que l’athée trouve la personne qui l’aime sincèrement, et ainsi toute pensée négative se dissipera.

— Comment évaluez-vous la situation des chrétiens au Moyen-Orient ?

— Je suis très peiné par ce qui leur arrive en Syrie et en Libye. La montée de la violence et du terrorisme ont fortement influencé la présence des chrétiens. Vider le Moyen-Orient de ses chrétiens n’est nullement dans l’intérêt du Moyen-Orient, ni dans l’intérêt du monde entier. Le Moyen-Orient est le berceau des religions.

— Comment expliquez-vous le fait que de plus en plus de coptes émigrent à l’étranger ?

— L’immigration a commencé chez les coptes il y a 60 ans. Elle se produit à chaque crise. Par exemple, avec la Révolution de 1952, la défaite de 1967, la guerre de 1973, avec l’assassinat du président Sadate en 1981. Tous ces événements ont créé des vagues d’immigration. Mais beaucoup de ces immigrés retournent dans leur pays dès que la situation s’améliore.

— L’interdiction faite aux coptes de visiter Jérusalem est-elle toujours valable ?

— Je répète comme l’a précédemment dit le pape Chénouda III, nous n’entrerons à Jérusalem que mains dans les mains avec les musulmans. L’Eglise n’a pas changé de position. Car la Palestine est toujours occupée, et la violation des lieux saints continue. N’oublions pas que nous avons un patriarche à Jérusalem, des églises coptes, des monastères, des moines et une école copte. L'interdiction de se rendre à Jérusalem est valable pour tout le monde.

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