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Barakat Al-Ferra : Ni le dôme de fer, ni la guerre israélienne n’arrêteront les missiles

Osman Fekri et Gamila Abdel-Sattar, Mardi, 22 juillet 2014

Barakat Al-Ferra, dirigeant du Fatah et représentant de la Palestine à la Ligue arabe, estime que rien n’arrêtera les roquettes palestiniennes. Il fustige le carnage du Tsahal, le silence de la communauté internationale et la position du Hamas.

Barakat Al-Ferra

Al-Ahram Hebdo : Quelle est votre position face aux dernières évolutions meurtrières à Gaza et la poursuite de l’opération terrestre israélienne ?

Barakat Al-Ferra : L’agression abjecte se poursuit sur Gaza. Le nombre de martyrs est en continuelle hausse ainsi que celui des blessés. La démolition est généralisée: qu’elle concerne les infrastructures ou l’immobilier. La terreur touche les enfants, les femmes et les personnes âgées. Les écoles et les hôpitaux ne sont pas épargnés, et des dizaines de milliers d’hommes et femmes sont maintenant sans abris. La scène est terrifiante et la communauté internationale est confinée dans un silence sans pareil, comme si cela lui importait peu. Personne n’a fait de geste pour arrêter cette offensive barbare. Israël est en train de commettre des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Le secteur est aujourd’hui exposé à des catastrophes humaines sans précédent en raison de la pénurie de nourriture, d’équipements médicaux, d’eau potable et d’électricité, entre autres.

— Pensez-vous que l’opération terrestre israélienne mette fin à la domination du Hamas à Gaza ?

— Cette opération criminelle ne mettra pas fin à la domination du Hamas sur la bande de Gaza. Ce qui peut mettre fin à cette domination c’est, d’un côté, l’application de l’accord de réconciliation, qui consiste à organiser des élections législatives et présidentielle, et former le Conseil national palestinien et, de l’autre côté, que le Hamas soit convaincu que son intérêt et celui du peuple palestinien est de sauvegarder nos droits nationaux, avec en tête l’instauration d’un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem-Est comme capitale, et le droit au retour des réfugiés palestiniens conformément à la résolution 194. Cela nécessite que le Hamas mette fin à sa domination sur Gaza et intègre le système politique palestinien sous une seule direction et un seul gouvernement.

— Pensez-vous qu’Israël réussira à mettre fin aux tirs de roquettes depuis Gaza ?

— Israël ne réussira pas à réaliser ses objectifs, et il sait parfaitement que son « dôme de fer » est inutile, car les missiles vont de plus en plus loin. Mais Israël réussira à affaiblir les capacités de résistance du Hamas. Les missiles tirés sur Israël ne s’arrêteront que dans un seul cas: le retrait complet d’Israël de tous les territoires de l’Etat palestinien et la fin de l’occupation qui dure depuis près de 5 décennies. Si Israël veut la sécurité, la solution est connue: le retrait immédiat des territoires palestiniens, sans conditions.

— Et cela mettra-t-il aussi fin aux tirs de missiles du Hamas ?

— Ni le « dôme de fer », ni la guerre israélienne n’arrêteront les missiles. L’effet des missiles est limité, mais ils ont semé la terreur dans la société israélienne, car les Israéliens ne sont pas habitués à se cacher dans les abris souterrains. Ces missiles n’ont pas d’effets destructifs, pourtant, ils amènent la communauté internationale à dire qu’Israël doit se défendre.

— Croyez-vous que l’Egypte puisse introduire des modifications à son initiative de trêve, initiative qui ne diffère pas vraiment de celle de 2012 ?

— Ces ajouts sont à l’ordre du jour des négociations censées se tenir après la fin des hostilités. Les changements concernant l’initiative sont une affaire purement égyptienne qui ne nous concerne pas.

— Que pensez-vous des déclarations de Moussa Abou-Marzouq, vice-président du bureau politique du Hamas, qui affirme: « Nous avions confiance dans les efforts égyptiens. Nous n’avons pas refusé la trêve, nous avons demandé des ajouts » ?

— Moussa Abou-Marzouq aurait dû afficher clairement l’acceptation de l’initiative égyptienne et reporter ses déclarations sur les ajouts aux négociations qui suivraient le cessez-le-feu. Le Hamas est appelé à reconsidérer sa position et à afficher son approbation, afin de faire cesser l’effusion de sang et les démolitions causées par la machine barbare de guerre israélienne. Le refus du Hamas de l’initiative égyptienne, alors qu’Israël l’a acceptée, a donné à Tel-Aviv une couverture internationale pour continuer son agression criminelle contre les habitants de Gaza. Il aurait mieux fallu que le Hamas accepte l’initiative, pour ne pas donner à Israël cette opportunité. Cependant, je ne pense pas qu’Israël ait besoin de cette légitimité, puisque ses agressions ont lieu sans prétexte.

— Quels sont les obstacles qui s’érigent face à l’obtention d’une trêve ?

— La réussite de l’initiative égyptienne requiert de convaincre le Hamas de l’utilité de l’initiative pour le peuple palestinien. Elle mettra un terme au cycle infernal dans lequel Israël l’a engagé avec des bombardements quotidiens sur les nôtres à Gaza. Je veux dire à nos confrères hamsawis (qui soutiennent le Hamas, ndlr) : « Le lourd bilan de martyrs et de blessés, les démolitions qui vous entourent de toutes parts et l’embargo qui vous étouffe ne vous suffisent-il pas? N’est-il pas dans votre intérêt de suivre votre président et représentant légitime, Mahmoud Abbas Abou-Mazen et d’afficher votre consentement à ses décisions et celles de pays arabes frères et de la communauté internationale ? ».

— Comment évaluez-vous la position internationale vis-à-vis de l’initiative égyptienne? Le rôle égyptien de médiation dans la cause palestinienne a-t-il changé ?

— La communauté internationale a affiché son consentement à l’initiative égyptienne. A mon sens, le rôle de l’Egypte va au-delà de la médiation, pour embrasser celui du partenariat. L’Egypte est plutôt considérée comme le partenaire du peuple palestinien. Les efforts de l’Egypte visent à faire cesser l’effusion de sang et les démolitions. L’Egypte occupe une place privilégiée à tous les niveaux : international, régional et arabe. Elle est le solide support de notre peuple dans toutes ses luttes. L’Egypte de l’après-30 juin 2013, avec Al-Sissi comme président, oeuvre à retrouver son prestige et son leadership. Elle travaille dans le sens de la stabilité régionale en se dressant face au chaos qui frappe nombre de pays arabes frères.

— Comment justifiez-vous la position du Hamas face à l’initiative de trêve égyptienne ?

— Je n’ai aucune justification. La position du Hamas est incompréhensible et injustifiée. Sous les Frères musulmans en Egypte, le Hamas a montré de la flexibilité et a conclu un accord en novembre 2012 avec Israël, qui a mis sur un pied d’égalité la résistance légitime, le terrorisme et l’agression israélienne. Pourquoi le Hamas persiste-t-il dans son refus? A-t-il une autre alternative au cessez-le-feu? Il n’a qu’à accepter l’initiative égyptienne pour préserver ses intérêts et arrêter le bain de sang.

— Quel est votre avis sur la position du Fatah et du président Mahmoud Abbas ?

— La position du Fatah est en faveur de la trêve. Mahmoud Abbas a réagi immédiatement, motivé par son désir de protéger notre peuple et de placer les actes d’Israël devant les yeux de la communauté internationale. J’insiste d’ailleurs sur le fait que la position du Fatah doit être plus forte en exerçant des pressions sur le Hamas, pour l’amener à accepter l’initiative égyptienne. Dans un second temps, il lui incomberait de travailler sur d’autres volets tels que la libération des prisonniers, la levée de l’embargo asphyxiant sur Gaza, la construction d’un port à Gaza, et enfin, la poursuite d’Israël en justice pour ses crimes commis contre le peuple palestinien.

— Croyez-vous qu’il soit possible de renouer un dialogue avec le Hamas, afin d’appliquer l’initiative égyptienne ?

— Le Fatah et Mahmoud Abbas poursuivent leur dialogue avec le Hamas, afin de contrer les hostilités et le carnage israélien.

— Quelle est la teneur réelle de la position du Qatar et de la Turquie sur la situation actuelle à Gaza ?

— Je n’ai pas d’informations suffisantes en ce qui concerne le rôle turc. Mais pour ce qui est du Qatar, je sais qu’il a accepté l’initiative égyptienne quand le Conseil des ministres arabes des Affaires étrangères a promulgué à l’unanimité une décision de soutenir l’initiative égyptienne. Le Qatar était présent à la réunion du Conseil et n’a émis aucune réserve ou objection quant à cette décision. Pour la Turquie, on ne comprend pas ce qu’elle veut exactement : s’engager dans le combat des Frères musulmans depuis Gaza? La Turquie est un Etat islamique qui a de solides relations avec Israël et le Hamas. Nous souhaitons la fin des interventions étrangères dans nos affaires intérieures, puisque nous n’intervenons pas dans les affaires de qui que ce soit.

— La réconciliation inter-palestinienne est-elle devenue caduque avec cette crise ?

— La réconciliation est un devoir national. Elle continuera parce qu’il n’y a pas d’autres alternatives. Elle est une condition sine qua non à l’unité de notre peuple, et elle lui donne l’impulsion de se dresser face à l’occupation et la sauvegarde des droits nationaux. Avec le temps, il s’est avéré que la réconciliation est fragile et nécessite des efforts supplémentaires pour son achèvement, afin qu’elle devienne une réalité concrète sur le terrain. Le gouvernement en exercice est celui de l’entente nationale, mais le Hamas a refusé l’initiative de trêve. A cause de sa position, le Hamas prouve qu’il perçoit la réconciliation à travers son prisme et non dans une perspective servant les intérêts du peuple palestinien dans son ensemble.

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