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Mohamed Zare : les garanties de transparence lors du référendum sont faibles.

Chaïmaa Abdel-Hamid, Lundi, 13 janvier 2014

Mohamed Zare, membre de l’Organisation égyptienne des droits de l’homme, estime que des fraudes sont possibles lors du référendum. Il met en avant le manque de supervision par des ONG et l’absence de scrutin électronique.

Mohamed Zare
Mohamed Zare

Al-Ahram Hebdo : Pensez-vous que le référendum se tiendra dans des conditions optimales ?

Mohamed Zare : Il faut attendre que les deux journées soient com­plètement terminées pour pouvoir juger. Mais si le processus de vote se déroule conformément à la loi, les choses devront bien se passer.

— On parle de craintes concer­nant la transparence de ce pro­cessus …

— Les craintes sont nombreuses. Le déroulement du référendum est différent des élections. Lors de la présidentielle ou des législatives, les candidats ont des représentants dans chaque bureau de vote, pour surveiller le processus dans l’inté­rêt de leurs candidats, ce qui garan­tit plus ou moins une transparence lors du vote et du dépouillement. Mais lors d’un référendum, ces garanties sont beaucoup plus faibles. On compte surtout sur les juges et sur la surveillance lors du dépouillement.

— Qu’est-ce qui pose le plus problème ?

— Les craintes sont liées de manière directe à l’amendement de la loi sur les droits politiques qui permet désormais aux électeurs de voter dans n’importe quelle cir­conscription. Ceci pourrait provoquer d’éventuelles fraudes. C’est une vraie catas­trophe. Avec une loi pareille, l’électeur, qu’il soit pour ou contre la Constitution, pourra facilement voter plus d’une fois dans différents bureaux. Nous avons appelé, à ce que le vote se fasse électronique­ment, afin que l’opération soit immédiatement enregistrée sur tous les réseaux au même moment, ce qui empêcherait le vote d’un élec­teur plus d’une fois. Mais avec la méthode actuelle, on ne peut découvrir de telle fraude que s’il y a une plainte directe, ou par hasard.

— Quelles sont les autres garanties absentes ?

— Ce sont plutôt des points négatifs liés au manque d’organisa­tion. Les observateurs de la société civile n’ont pas reçu les autorisa­tions pour la surveillance du réfé­rendum à temps. Ceci a un impact direct sur la distribution des obser­vateurs dans les gouvernorats, ce qui provoque un désordre et une perturbation.

— Le dépouillement ne suscite-t-il pas votre inquiétude ?

— Non, car le dépouillement se fera dans les bureaux de vote secondaires. On a toujours été exposé aux plus grandes opérations de fraude lors du déplacement des urnes des bureaux secondaires vers les bureaux principaux. Les urnes étaient échangées en route. Le dépouillement sur place est une garantie de transparence. Il est vrai qu’il y a eu une volonté d’empê­cher les observateurs et les médias de participer au décompte. Mais suite à des négociations, il leur est permis d’y participer.

— Mais certaines ONG, dont celles des Frères, ont été empê­chées de surveiller le scrutin ...

— Je suis tout à fait contre cela. La décision du ministère de la Solidarité sociale concernant l’in­terdiction imposée à certaines ONG dépendant de la confrérie de sur­veiller le référendum est une ingé­rence dans les activités et les droits de toutes les ONG. Au contraire, je crois que leur présence aurait été le plus grand indice de transparence.

Je suis aussi contre la classifica­tion d’organisations « avec ou contre » les Frères ou l’Etat. Toutes les organisations doivent être neutres dans leur travail de supervi­sion. Et si, lors du processus électo­ral, celles-ci interviennent ou prati­quent une activité politique, la Haute Commission des élections aura tous les droits de les suspendre à travers la justice et non pas à tra­vers une décision administrative.

— En quoi ce référendum dif­fère-t-il des précédents ?

— La différence est plutôt poli­tique que juridique. Je parle de la tension politique et sociale qui domine la rue. Depuis le 25 janvier 2011, nous n’avons absolument rien réalisé : ni liberté, ni justice. Nous sommes toujours à la recherche de ces droits. Les Egyptiens ont un besoin de voir se reconstruire les institutions de l’Etat. Ainsi, bien qu’ayant cer­taines réserves sur des articles de la Constitution, je fais partie de ce camp qui votera « Oui », pour faire au moins un pas en avant.

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