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Georges Ishaq : « Une fois que les Egyptiens auront appris l’exercice démocratique, les choses iront pour le mieux »

Propos recueillis par Magda Barsoum, Mardi, 16 octobre 2012

Cofondateur du nouveau parti libéral Al-Dostour, Georges Ishaq était également l’icône du mouvement de protestation Kéfaya, en 2005. Il se prononce sur la réorganisation de l’opposition sous le nouveau régime islamiste. Interview.

Georges Ishaq

Al-Ahram Hebdo : Quel apport prétend votre nouveau parti Al-Dostour ajouter sur une scène politique où prolifèrent les nouvelles formations ?

Georges Ishaq :Nous nous présentons comme le parti des jeunes, un parti issu de la révolution. Ce qui est confirmé par le fait que la plupart des membres sont des jeunes. Notre principale cause est la justice sociale.

— Le prix Nobel de la paix, Mohamed ElBaradei, qui est le principal fondateur de ce parti, a été souvent critiqué pour ses absences prolongées à l’étranger. Cette réalité ne risque-t-elle pas de compromettre l’avenir de votre jeune formation ?

— M. ElBaradei, bien qu’il soit le père spirituel du parti Al-Dostour, a refusé d’en assumer la présidence, préférant laisser ce poste à une génération plus jeune, soit une personne entre 45 et 50 ans. Critiquer une personnalité internationale comme lui pour ses voyages est insensé ...

— Vous avez boycotté le second tour de la présidentielle alors que Dr Alaa Al-Aswani, un autre poids lourd de votre parti, a vivement soutenu le candidat Mohamad Morsi. ElBaradei, lui, a remis en question tout le processus. Ces divergences de la part des fondateurs dans une affaire aussi importante, sont-elles de bon augure quant à votre future coopération au sein du parti ?

— Ceux qui ont soutenu Mohamad Morsi l’ont fait parce qu’ils étaient convaincus que c’était dans l’intérêt du pays et pas d’un courant politique. Personne ne peut remettre en question leur patriotisme. Aujourd’hui, après son élection, ces mêmes personnes sont parmi ses opposants les plus farouches. C’est l’unité de notre objectif qui est plutôt de bon augure.

— Les prochaines élections législatives sont prévues après le référendum sur la nouvelle Constitution. Les forces laïques sont-elles prêtes face à un courant islamiste mieux organisé ?

— Plusieurs partis laïcs se sont dernièrement engagés dans la formation d’alliances et de blocs avec en ligne de mire les prochaines élections législatives. Nous suivons de près ces démarches, mais comme les divers comités de notre parti sont en cours de formation, il serait un peu tôt d’adhérer à tel ou à tel bloc. Mais nous ne sommes pas contre l’idée.

— Vous avez été exclu de la nouvelle formation du Conseil national des droits de l’homme. Comment expliquez-vous cela ? Que pensez-vous de la nouvelle équipe ?

— Je pense que le choix n’était pas excellent. Le président du Conseil consultatif (la choura) a dû intervenir, alors qu’il ne connaît ni les milieux des droits de l’homme, ni les activistes dans ce domaine. Le président du comité des droits de l’homme à la choura, Ihab Al-Kharrat, a proposé une liste de 25 activistes qui a été ignorée. Globalement, le choix a été politique, avec pour but de satisfaire les divers courants politiques en leur assurant une représentation au sein de cet organisme. Ce qui n’exclut pas que celui-ci compte des personnalités respectables ...

— Beaucoup d’opposants accusent les Frères musulmans de vouloir imposer leur mainmise sur les institutions de l’Etat. S’agit-il d’accusations bien fondées, selon vous ?

— Oui. Il y a effectivement un début d’hégémonie, comme le montre la nomination de plusieurs nouveaux gouverneurs proches de la confrérie. C’est aussi clair dans la nouvelle composition du Conseil national des droits de l’homme et du Conseil suprême de la presse.

Kéfaya, dont vous étiez l’un des principaux fondateurs, s’est inscrit dans l’Histoire comme l’un des plus importants mouvements de protestation durant les dernières années Moubarak, mais on n’en entend plus parler depuis un moment …

Kéfaya est avant tout une idée, et les idées ne meurent pas. Le mouvement continue, parce que la révolution continue … jusqu’à ce que les objectifs de la révolution soient réalisés.

— Et pensez-vous que l’Egypte soit sur la bonne voie ?

— Malheureusement, la phase actuelle se caractérise par l’absence d’une vision stratégique. Le « projet de renaissance » du président reste flou et ses promesses relèvent de l’illusion. Les tentatives de « fraterniser » le pouvoir sont l’aspect le plus apparent.

— Justement, en comparant le régime des Frères musulmans avec celui de Hosni Moubarak, beaucoup regrettent ce dernier. Ont-ils raison ?

— Ceux qui sont capables de regretter Hosni Moubarak doivent se forcer à oublier beaucoup de choses, notamment l’oppression, l’injustice, et la marginalisation qu’enduraient les Egyptiens pendant son régime. Aujourd’hui, l’Egypte témoigne d’une effervescence politique sans précédent, et une fois que les Egyptiens auront appris l’exercice démocratique, qui consiste à élire ceux qui représentent leurs intérêts, les choses iront pour le mieux. Bien entendu, cela prendra du temps …

— En tant que copte, partagez-vous l’inquiétude de votre communauté face à la montée islamiste ?

— Personnellement, je tiens aux déclarations que le président Morsi a faites lors de son premier discours public où il a dit qu’il était président de tous les Egyptiens. Je m’attends à ce qu’il le concrétise en mettant en avant les principes de la citoyenneté.

— Mais jusqu’ici, les événements ne l’ont pas montré … surtout après les menaces adressées aux coptes de la ville de Rafah pour quitter leur village.

— C’est une question très grave et qui risque d’asséner un coup fatal au respect des droits de l’homme dans notre pays. Le président en est directement responsable, tout comme son premier ministre qui a raconté des mensonges en prétendant que les coptes là-bas quittent leurs maisons de leur propre gré. Je souscris aux appels à mettre fin à ce drame, immédiatement. Il faut cesser de traiter ces questions comme on le faisait dans le passé. Ce qui se passe actuellement relève du chaos. Ce qui est grave c’est le fait d’armer les chefs des tribus et de leur laisser le règlement de ce genre de problèmes dans des séances coutumières. Pire encore, ce sont les tentatives de certains de légitimer cette justice coutumière dans la nouvelle Constitution. C’est une consécration du tribalisme, le contraire de l’Etat moderne auquel on aspire.

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