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Dr Ahmed Abdallah Zayed : La Bibliothèque d’Alexandrie est un centre pour la diffusion du savoir et pas seulement un espace de lecture

Samar Zarea , Mercredi, 23 novembre 2022

Dr Ahmed Abdallah Zayed, directeur de la Bibliothèque d’Alexandrie, revient sur le développement de cette institution, considérée comme un centre d’échanges et de rayonnement culturel.

Dr Ahmed Abdallah Zayed

Al-Ahram Hebdo : Vous avez été récemment nommé à la tête de la Bibliothèque d’Alexandrie en succession au Dr Moustapha Al-Fiqi. Qu’est-ce que ce poste représente pour vous ?

Dr Ahmed Abdallah Zayed : Il représente beaucoup. Ma relation avec la Bibliothèque d’Alexandrie a commencé à sa création en 2002. Depuis, j’ai toujours été en contact avec la bibliothèque. J’ai pris part, en tant que conférencier, à de nombreux séminaires et conférences. Cette institution représente pour les intellectuels et les universitaires un centre de rayonnement et de la pensée et de la culture.

—  Pourtant, certains sont critiques à l’égard de la bibliothèque et pensent qu’elle ne joue pas vraiment son rôle. Qu’en pensez-vous ?

— Ce n’est pas vrai du tout, la Bibliotheca Alexandrina n’est pas une bibliothèque ordinaire. C’est un centre pour la diffusion du savoir et un lieu de dialogue et d’échanges entre les peuples et les cultures et non pas un simple espace de lecture. Un regard sur l’histoire ancienne et récente permet de le constater. Au cours d’une conférence organisée par l’Université d’Alexandrie en 1972, Moustapha Al-Abbady, professeur d’histoire ancienne, avait appelé à ressusciter l’ancienne bibliothèque (ndlr : l’ancienne Bibliothèque d’Alexandrie a été fondée en 288 av. J.-C. et a été définitivement détruite entre 48 av. J.-C. et 642 ap. J.-C. Elle est la plus célèbre bibliothèque de l’Antiquité et réunissait les ouvrages les plus importants de l’époque), en créant une nouvelle bibliothèque. L’Unesco a soutenu le projet et a lancé un appel international en 1988 pour poser la première pierre. La bibliothèque a été officiellement inaugurée le 17 octobre 2002 sur le site approximatif de l’ancienne bibliothèque dans le quartier d’Al-Chatbi. Aujourd’hui, la bibliothèque est la plus ancienne et la plus importante institution culturelle d’Egypte et de la région. Elle possède une grande collection de livres dans différentes langues, une très grande salle de lecture et plusieurs sections spécialisées, comme celle réservée aux non-voyants et celle réservée aux enfants. La bibliothèque possède aussi une grande collection de manuscrits et de livres rares, ainsi que plusieurs musées comme le musée des sciences et celui des antiquités. Nous avons aussi des centres de recherche, un centre de conférences, des galeries d’art pour les expositions permanentes et temporaires, ainsi qu’un planétarium en plus de la bibliothèque francophone qui est née d’un don exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France. Il s’agit d’environ 500000 ouvrages en langue française, parus entre 1996 et 2006 et couvrant toutes les branches du savoir. Grâce à cette richesse, la Bibliothèque d’Alexandrie est la quatrième bibliothèque francophone du monde.

— Quel est votre plan pour développer la bibliothèque d’Alexandrie ?

— La période à venir verra une grande expansion dans les activités de la bibliothèque, grâce au projet « Les Ambassades du savoir ». Il s’agit de connecter la bibliothèque aux universités égyptiennes par ordinateur. Les étudiants des universités auront directement accès à la bibliothèque. De plus, ils pourront suivre les événements qui ont lieu à l’intérieur de l’établissement. Ainsi, la bibliothèque sera plus à même d’assumer son rôle au service des milieux universitaires.

— Justement, on a l’impression que la bibliothèque rend service à une certaine catégorie de personnes, celle des jeunes et des étudiants. Qu’en pensez-vous ?

— Ce n’est pas exact. La bibliothèque fournit un grand service dans le domaine des échanges culturels entre l’Egypte et le monde. Elle ne s’adresse pas à un groupe de personnes en particulier. C’est un centre de dialogue entre les différentes cultures. L’Egypte a toujours été une source de pensée créative et plus particulièrement la ville d’Alexandrie. La Bibliotheca Alexandrina dispose d’énormes capacités matérielles et humaines, elle offre en plus de nombreux services tels que le service de conservation et de restauration des manuscrits. Elle possède 6 000 manuscrits originaux, 120000 manuscrits photocopiés et 15000 ouvrages rares dont il existe peu de comparables dans le monde. La bibliothèque est aussi un centre d’expertise mondial, dont les services ne se limitent pas à l’Egypte mais sont destinés au monde entier. Certains pays nous demandent la restauration de leurs manuscrits. Nous avons à titre d’exemple restauré les archives historiques du diwan de l’émir du Koweït qui a une grande valeur historique. Nous formons aussi des restaurateurs arabes. A l’heure actuelle, la bibliothèque travaille sur la restauration des documents du Canal de Suez, dans le cadre d’un accord avec l’Autorité du canal. Tout ceci montre que les activités de la bibliothèque sont très diversifiées et ne se limitent pas à offrir un espace de lecture aux étudiants.

— Pouvez-vous nous parler un peu du projet de restauration des documents du Canal de Suez ?

— Etant donné que nous possédons le plus grand laboratoire de restauration au monde, nous avons pris l’engagement de restaurer les manuscrits rares et anciens du Canal de Suez et ce, en vertu d’un accord de coopération avec l’Autorité du canal. Nous avons déjà achevé la restauration de plus de 60% des documents historiques du Canal de Suez qui datent de la période allant du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle. La fin du projet est prévue en mai 2024. C’est le plus grand projet de restauration actuellement.

— Existe-t-il d’autres projets que la bibliothèque entend lancer prochainement ?

— Nous allons lancer un projet pour encourager les jeunes des réseaux sociaux à lire de nouveau. Je possède quelques idées pour inciter les jeunes à lire en lançant des livres de 40 pages au maximum, ces livres présenteront un résumé de l’histoire humaine, de même que des oeuvres philosophiques et littéraires de différentes époques, notamment les oeuvres de Shakespeare, Naguib Mahfouz, Aristote, Platon et d’autres. Il y a aussi le Projet national de la lecture qui sera lancé à travers un concours. Nous avons déjà un grand nombre de concurrents des différents gouvernorats, ces gens vont se rencontrer à la bibliothèque. Des prix seront remis aux gagnants.

— Quels sont, selon vous, les défis auxquels est confrontée la Bibliothèque d’Alexandrie ?

— Je pense qu’il n’y a pas d’endroit au monde sans défis. Il serait erroné de croire que tout sera parfait jusqu’à la fin. La pandémie de Covid-19 a créé de grands défis pour la bibliothèque, notamment la réduction du nombre de jours de visite à 4 jours par semaine, ainsi que la réduction du nombre de visiteurs à certaines périodes de près de 70%. Je pense que le développement technologique que connaît le monde représente un autre défi pour nous. Il faut donc que la gestion de la bibliothèque soit à la hauteur des avancées technologiques. Je fais des réunions avec les secteurs de la bibliothèque pour écouter les idées et les propositions. Mon objectif est que la bibliothèque travaille avec beaucoup de professionnalisme, de cohérence et de confiance pour faire face aux défis.

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