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Ambroise Fayolle : Nous avons des projets en cours de préparation qu’on espère annoncer lors de la COP27

Marwa Hussein , Mercredi, 08 juin 2022

COP27 : Récemment en visite au Caire, Ambroise Fayolle, vice-président de la Banque Européenne d’Investissement (BEI), évoque les questions liées à l’environnement et aux préparatifs de la COP27.

Photo : Ahmad Agamy
Photo : Ahmad Agamy

Al-Ahram Hebdo : Quels sont les principaux domaines de coopération entre la Banque Européenne d’Investissement (BEI) et l’Egypte ?

Ambroise Fayolle: La BEI, c’est la banque de l’Union Européenne (UE), l’une des plus grandes banques publiques internationales, avec environ 70 milliards d’euros de  financements  par  an.  Nous  sommes  actifs  pour  financer  des  investissements qui correspondent aux priorités de l’Europe, où se concentre la majorité des investissements de la banque. Mais environ 10 à 15% de nos financements  sont  en  dehors  de  l’Europe, notamment sur le climat bien sûr, l’innovation, le soutien aux PME et les infrastructures. En Egypte,  la  BEI  a  financé  des  projets,  entre 2014 et 2021, d’un montant de 7,2 milliards d’euros. Mais notre relation est bien plus ancienne. Depuis la première opération que la BEI  a  financée  en  1979,  nous  avons  investi plus de 14 milliards d’euros en Egypte, dans des domaines aussi variés que la mobilité verte, notamment le soutien aux différentes phases de développement du métro du Caire, la production d’énergie renouvelable, en particulier la ferme éolienne dans le golfe de Suez, ou des projets de soutien aux PME, à travers des banques égyptiennes qui, à leur tour, prêtent aux PME partenaires. Nous avons également financé  beaucoup  de  projets  dans  la  gestion des eaux usées, notamment à Alexandrie, ainsi que des projets de dépollution. Nous avons aussi des projets en cours de préparation, qu’on espère pouvoir annoncer à Charm Al-Cheikh, lors de la COP27, notamment dans les secteurs de l’industrie et, à nouveau, ceux de la gestion des eaux usées et de la mobilité verte. Nous avons un portefeuille  assez  divers  qui  reflète  le soutien européen à l’Egypte.

— Votre visite actuelle au Caire entre dans le cadre des préparatifs de la COP27 qui se tiendra en Egypte en novembre prochain. A votre avis, qu’est-ce qui peut faire de la COP27 un tournant dans les efforts internationaux contre les émissions et le réchauffement climatique ?

— La COP27, la « COP de l’Afrique », arrive à un moment particulièrement important parce qu’on voit bien que le changement climatique est de plus en plus présent dans nos vies. Ce qui nécessite des actions pour essayer de limiter son impact. En même temps, on a l’invasion russe en Ukraine, qui a un gros impact sur la sécurité énergétique et alimentaire. Nous croyons que c’est le moment pour accélérer la transition énergétique et montrer que nous sommes vraiment déterminés à aller plus vite et plus fort  dans  le  financement  de  la  transition énergétique et de projets qui vont à la fois permettre de réduire les émissions de Gaz à Effet de Serre (GES), mais aussi de s’adapter aux effets du changement climatique, qui est déjà une réalité dans nos pays. Nous voulons également montrer le rôle que la  finance  publique  peut jouer pour aider les pays, y compris africains, à effectuer et accélérer cette transition, notamment en jouant un rôle de catalyseur pour attirer  des  financements  du  secteur  privé. En combinant tout cela, on peut faire de la COP27 un moment particulièrement important.

— Quelle est la relation entre les efforts concernant le climat et l’économie, comment le changement climatique affecte-t-il nos économies? Est-ce que les efforts climatiques aident en quelque sorte l’économie ?

— En réalité, les objectifs qu’on a sont des objectifs sur le long terme. Par exemple en Europe, on vise la neutralité carbone en 2050 et en même temps, on a des objectifs sur le court terme, à l’horizon 2030, en matière de réduction des émissions de  GES,  d’efficacité  énergétique  et d’énergie renouvelable. A la  BEI,  nous  nous  sommes  fixé  des objectifs ambitieux à court terme: nous nous sommes engagés à doubler la part de nos  financements  annuels dédiés à l’action climatique et environnementale de 25 à 50 % d’ici à 2025. Et en réalité, plus on commence tôt les efforts pour essayer d’atteindre les objectifs à long terme, plus on est sûrs qu’on pourra les atteindre. C’est pour cela que l’on parle de la décennie 2020-2030 comme de la « décennie critique ». Donc, on est convaincus qu’il faut agir maintenant. C’est aussi très important pour l’économie parce qu’on pense que beaucoup de ces secteurs-là vont être créateurs d’emplois. Tout  ce  qui  est  lié  à  l’efficacité  énergétique dans les bâtiments, ou la production d’hydrogène en Egypte, par exemple, sont des secteurs qui devraient créer des emplois.

En même temps, il y a aujourd’hui déjà dans certaines régions du monde un impact négatif du changement climatique sur l’emploi et sur l’économie. Par exemple, l’agriculture est de plus en plus soumise à des phénomènes climatiques plus violents qu’auparavant: des sécheresses plus longues, des précipitations plus fortes, des vents plus violents. Donc il y a aussi cet aspect-là, il faut essayer de faire évoluer l’économie pour permettre d’avoir un avenir qui soit plus vivable. Pour nous aussi, c’est très important. Si on veut que cette transition réussisse, il faut qu’elle soit perçue comme étant juste. On veut une transition énergétique qui soit inclusive, qui prenne en compte les besoins des différentes populations, et en particulier, dans certains pays qui reposent principalement sur le charbon pour leur apport en électricité. Comment les aider à passer du charbon aux renouvelables, comment faire en sorte que les travailleurs qui dépendent de ces industries puissent se reconvertir, comment faire en sorte que les gens ne soient pas trop impactés par la hausse des prix de l’énergie, etc. Les questions sociales vont être de plus en plus importantes pour la transition énergétique.

— Les pays développés sont davantage responsables des émissions, et pourtant, la responsabilité incombe à tous les pays lorsqu’on parle de solutions …

— C’est vrai qu’il y a des pays qui sont plus responsables que d’autres. On dit souvent, à juste titre, que l’Afrique est le continent qui a contribué le moins au réchauffement climatique et qui en subit le plus les conséquences, et c’est vrai. Et c’est aussi pour ça qu’il y a une responsabilité des pays les plus émetteurs d’aider au succès de la transition énergétique partout dans le monde, en particulier dans les pays africains. Mais c’est également très important pour l’ensemble des pays, y compris en Afrique, par exemple, de mettre en place des politiques qui permettent de gérer la transition énergétique. En effet, on voit bien que le changement climatique est tellement rapide qu’il faut ajuster partout le financement de l’économie et la manière dont on vit au quotidien. Il s’agit également de saisir les opportunités économiques qu’offre cette transformation.

— La BEI apporte un intérêt spécial à l’autonomisation de la femme, y a-t-il une intersection entre les projets liés au genre et ceux concernant l’environnement ?

— On oublie souvent que la majorité des entrepreneurs en Afrique sont des femmes et il faut continuer de garder cet avantage pour l’économie africaine. Nous avons mis en place une structure, notamment dans les PME, pour favoriser l’entreprenariat féminin et nous avons développé un projet qui s’appelle « SheInvest », lequel, en quelques années, a financé,  à  travers  des  banques,  pour 2 milliards d’euros, des projets qui ont permis de développer l’entreprenariat féminin en Afrique. Dans ce genre d’initiative, nous combinons à la  fois  l’aspect  financement  à  travers l’octroi de prêts et une assistance technique. Nous aidons les banques en contribuant à leur capacité de former leur personnel et leurs équipes pour qu’ils aient la dimension du genre et l’égalité dans la recherche de projet et l’octroi de crédits. Nos équipes d’experts ont développé une approche qui permet de mieux identifier  et  développer  des projets  qui  bénéficient  à  la  fois  à promouvoir l’égalité homme-femme et à contribuer à l’action climatique, parce qu’on se rend compte que les deux sujets sont fondamentalement liés .

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