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Dr Mohamad Mégahed : Nous sommes dans une véritable course contre la montre

Marianne William, Mardi, 24 septembre 2019

Dr Mohamad Mégahed, vice-ministre de l’Education et de l’Enseignement technique, explique la vision du ministère et les démarches qu’il poursuit sur la voie de la réforme Technical Education 2.0 (éducation technique 2.0).

Dr Mohamad Mégahed
(Photo : Amir Abdel-Zaher)

Al-Ahram Hebdo : Le président Al-Sissi a déclaré 2019 année de l’éducation, et l’enseignement technique ainsi que la formation professionnelle sont deux piliers essentiels de la réforme. Comment les évaluez-vous, notamment après les nombreuses précédentes tentatives de les promouvoir ?

Mohamad Mégahed : Actuellement, les écoles techniques comptent 2 millions d’élèves, dont 50 % sont dans des écoles techniques industrielles, 35 % dans des écoles techniques commerciales, 20 % dans des écoles d’enseignement agricoles, et un petit nombre qui ne dépasse pas les 2 % dans des écoles de tourisme. Malgré ce nombre, nous ne sommes pas avancés dans ce domaine comparés à des pays comme la Chine ou l’Allemagne. Or, former des techniciens d’un haut niveau est indispensable pour créer un environnement favorable à la croissance économique. Raison pour laquelle, parallèlement au plan de réforme Education 2.0, le ministère engage également un plan de réforme de l’enseignement technique appelé Technical Education 2.0 (éducation technique 2.0).

— Et quel est le point de départ pour réaliser ce plan ?

— Les élèves des écoles techniques reçoivent une formation de 3 ou de 5 ans. Il acquièrent des connaissances, cependant, le marché de l’emploi a besoin des savoir-faire. Ainsi, il faut adapter les formations et les compétences des diplômés aux besoins du marché du travail. Pour ce faire, nous élaborons les curricula de l’enseignement technique qui renferme presque 100 spécialisations, et nous en avons terminé 36 dans un an. Ces curriculums sont basés sur l’acquisition des compétences, et centrés autour de l’apprenant. L’élève n’est plus un receveur mais plutôt un acteur et il enregistre son travail sur son portfolio.

— Et quand les curricula des autres spécialisations seront-ils élaborés ?

— Selon mes estimations, cela prendra presque trois ans, pour que l’on puisse couvrir les 100 spécialisations.

— Donc, vous allez attendre trois ans pour les appliquer …

— Nous les appliquons cette année dans 100 écoles. Une fois que le reste des curriculums aura été terminé, ils seront appliqués dans toutes les écoles.

— Et pour l’école Dabaa de l’énergie nucléaire, où on est-il arrivé ?

— D’abord, quand l’Egypte a décidé de construire une centrale nucléaire sur la Côte-Nord, précisément à Dabaa, il était aussi nécessaire de penser à former des techniciens spécialisés dans le nucléaire — sachant que nous avons déjà des ingénieurs dans ce domaine. En principe, les techniciens travaillant dans une centrale nucléaire doivent être des citoyens du pays même ; et ceux-ci devraient être formés 10 ans avant le lancement du travail de la centrale. Et puisque le lancement du travail de la centrale est prévu en 2026, donc il était logique d’ouvrir une école à Dabaa en 2015. Cette année, nous acceptons la troisième promotion, dont le nombre ne dépasse pas les 75 élèves qui sont choisis parmi 4 000 candidats, cette année, et ce, après avoir passé plusieurs épreuves dans des domaines des mathématiques, ainsi que des tests médicaux et psychologiques.

— Qu’en est-il après la décision du président Abdel-Fattah Al-Sissi de fonder un organisme indépendant chargé de garantir la qualité et l’accréditation de l’enseignement technique et une académie pour les enseignants de l’enseignement technique ?

— Pour ce qui est de l’organisme indépendant chargé de garantir la qualité et l’accréditation de l’enseignement technique, nous avions commencé immédiatement par contacter les organisations internationales, le secteur de l’industrie et divers ministères pour élaborer un projet de loi concernant la création de cet organisme et il est maintenant devant le Conseil des ministres. Quant à l’académie, elle est d’ailleurs très importante, car elle ne sera que pour les enseignants, mais aussi pour former des évaluateurs qui vérifient les résultats d'apprentissage chez les élèves, soit dans les écoles, évaluateur interne, soit après l’obtention des diplômes, évaluateur externe. Dans cette académie, on mettrait l’accent non sur les stratégies éducatives, mais sur le fait de renforcer les compétences des élèves, que l’enseignant doit d’abord posséder. Pour la créer, nous travaillons avec de nombreux acteurs extérieurs d’une part, tels le gouvernement allemand et l’Union européenne et l’aide américaine, et d’autre part, avec d’autres ministères. Nous avons élaboré un document conceptuel pour fonder cette académie. Et d’ailleurs, des centres d’excellence seront également créés, ceux-ci serviront comme laboratoire pour l’académie et seront dotés d’équipements modernes. On y effectuera des examens pour que les élèves obtiennent les certificats approuvant l’acquisition des compétences visées.

— Qui finance toutes ces initiatives, surtout que l’équipement des écoles techniques est coûteux ?

— C’est vrai, le coût de la construction et de l’équipement des écoles techniques, surtout les écoles industrielles, est plus élevé que celui d’une école d’enseignement général. Celles-ci ont besoin d'équipements et de machines modernes et coûtent, d’ailleurs, plus que les écoles commerciales, dotées seulement d’ordinateurs. Quant aux écoles agricoles, celles-ci ont besoin d’un terrain agricole d’une grande surface, ce qui n’est pas toujours disponible, à cause de la construction sur les zones agricoles. Pour le financement de ces projets, nous comptons surtout sur les partenariats avec des pays étrangers. Vu que l’Egypte a une grande richesse en ressources humaines, l’amélioration de la qualité de l’enseignement technique en Egypte est parmi les intérêts de nombreux gouvernements, tels l’Allemagne et les Etats-Unis, car, d’une part, la présence des techniciens qualifiés servira certainement à leurs investissements en Egypte, et d’une autre part, cela réduira le taux de chômage, les troubles politiques et l’immigration clandestine.

— Y a-t-il un partenariat avec la Chine aussi ?

— Après des visites mutuelles avec la Chine, elle nous a proposé de fonder les Ateliers Luban, portant le nom de Luban, un architecte et inventeur chinois qui a vécu en Chine il y a 2 500 ans, et dont certains ont été créés dans des pays européens, au Pakistan, en Inde, et dans d’autres pays. La Chine a décidé donc de créer 10 ateliers en Afrique et elle a choisi l’Egypte pour y créer 2 qu’elle va équiper dans le domaine du fonctionnement à l’aide de l’ordinateur et dans le domaine de l’industrie automobile. L’importance de ces ateliers ne réside pas dans les équipements, mais plutôt dans la méthodologie de l’apprentissage chinois qui ne se limite pas à l’acquisition des compétences, mais aussi sur la promotion de la créativité.

— Les universités technologiques, récemment créées, donneront-elles à l’enseignement technique plus de valeur ?

— Bien sûr, les universités technologiques assureront la continuation des études universitaires d’un diplômé de l’école technique qui obtient, à la fin de ses études de quatre ans, basés sur l’acquisition des compétences, une licence technologique. De plus, 80 % des places dans ces universités sont réservés à eux. Autre avantage, il restera en contact avec le monde de l’industrie.

— Quels sont les défis que l’enseignement technique affronte ?

— L’un des défis est la manière avec laquelle la société perçoit le diplômé des écoles techniques, et qui ne changera que quand le diplômé des écoles techniques aura effectivement plus de chances de travailler dans des métiers rentables. Nous oeuvrons ardemment à réaliser cet objectif, qui toutefois ne sera concrétisé du jour au lendemain. A mon avis, le plus grand défi est l’explosion démographique, une famille qui a plusieurs enfants ne peut pas leur assurer tous une bonne éducation. Cela rend notre tâche difficile, car on a 22 millions d’élèves. En comparaison, la Finlande, qui possède le meilleur système éducatif au monde, a 600 000 élèves. Autre défi, la technologie avancée. Lors du Forum égyptien finlandais pour le développement de l’enseignement, tenu en Egypte le 7 septembre, et présidé par Tarja Halonen, présidente de l’Université Helsinki et ex-présidente de la République de Finlande, l'on a expliqué que la réforme engagée par la Finlande en 1970 était confrontée à moins de défis, car il n’y avait pas la technologie avancée de nos jours. En fait, nous sommes dans une véritable course contre la montre. On doit commencer la réforme immédiatement, apprendre de nos erreurs et se perfectionner.

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