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Marie-Hélène Loison : Nous travaillons pour le développement futur de l’Egypte

Marwa Hussein, Mercredi, 30 novembre 2016

Entretien avec Marie-Hélène Loison, directrice du Département Méditerranée et Moyen-Orient auprès de l'Agence Française de Développement (AFD).

Marie-Hélène Loison : Nous travaillons pour le développement futur de l’Egypte
Marie-Hélène Loison

Al-Ahram hebdo : Pouvez-vous nous donner une idée des principales activités de l’AFD en Egypte ?

Marie-Hélène Loison : L’AFD est présente en Egypte depuis dix ans et ses engagements cumulés s’élèvent à 1,6 milliard d’euros. Ces dernières années, l’Egypte a pris beaucoup d’importance dans notre portefeuille. Nous travaillons dans différents secteurs comme les infrastructures urbaines, le transport, l’assainissement de l’eau, les énergies et en particulier les énergies renouvelables, la modernisation du réseau électrique et l’accession au gaz naturel. Nous soutenons également la croissance de manière générale, à travers la création d’entreprise, et le développement du secteur privé, au moyen de financement direct. Nous avons une filiale qui se concentre particulièrement sur le financement du secteur privé et le financement des banques à qui nous donnons des lignes de crédit afin qu’elles puissent financer les petites entreprises et les investissements prioritaires. Nos objectifs sont de contribuer à une meilleure qualité de vie de la population et d’accompagner le pays dans son processus de développement et de transition.

— Quels sont vos objectifs actuels en Egypte ?

— Le premier de nos objectifs est d’être plus actif dans les programmes sociaux. Chose que nous faisons déjà. Mais dans cette période charnière qui connaît des réformes importantes et utiles pour le pays, nous devons protéger les couches les plus vulnérables pour que la population égyptienne comprenne que ces réformes leur sont bénéfiques.

Notre second objectif est l’énergie renouvelable et l’efficacité énergétique. Nous avons déjà financé des projets d’éoliennes, mais nous voulons désormais nous concentrer sur tout ce qui peut permettre une amélioration de l’efficacité énergétique dans le pays. Nous pensons qu’avec l’augmentation des prix de l’énergie, l’efficacité énergétique est devenue une priorité, notamment pour que l’impact des nouvelles mesures prises soit le plus favorable possible.

— Quels sont précisément les projets envisagés sur le volet social ?

— Nous travaillons actuellement sur la mise en place de ces programmes, mais un premier projet qui a déjà été approuvé par notre conseil d’administration consiste à améliorer la qualité des centres de santé primaire dans différentes régions d’Egypte. Nous souhaitons également accompagner le gouvernement dans une réflexion plus large concernant le système de protection sociale en général. Cette réflexion ne touche pas uniquement la santé mais également l’ensemble du système de redistribution et de retraite entre autres.

— L’AFD a participé à la construction du métro du Caire et maintenant travaille à la restauration du tramway d’Alexandrie. Pourquoi cet intérêt particulier pour les transports ?

— Les transports ont en effet une place prioritaire dans notre portefeuille et ce, pour plusieurs raisons. Premièrement, l’amélioration de la qualité de vie passe par la possibilité de se déplacer rapidement et en toute sécurité. Deuxièmement sans infrastructures de qualité on ne peut pas créer une activité économique dynamique et durable. Et enfin, le métro et le tramway sont les modes de déplacement les moins polluants en milieu urbain. On sait que le trafic automobile est l’un des principaux problèmes des grandes villes comme Le Caire ou Alexandrie et si nous voulons contribuer à une meilleure qualité de l’air, nous devons développer des modes de transport moins polluants et plus économiques. En plus, en tant qu’Agence Française de Développement (AFD), nous connaissons bien les entreprises françaises travaillant dans ce secteur et nous pouvons proposer à nos partenaires égyptiens le savoir-faire et l’expertise des entreprises françaises.

— Dans le contexte politique et économique actuel, sur quels secteurs, d’après vous, devrait se centrer l’investissement public en Egypte ?

— Cette question est la question fondamentale que se posent tous les gouvernements. Et elle devient d’autant plus complexe lorsqu’un pays passe par une crise économique. Cependant, il faut garder une vision sur le long terme. Ainsi, l’assainissement de l’eau ou l’amélioration des transports publics sont des points importants qui contribuent grandement à l’amélioration des conditions de vie des citoyens et au dynamisme du pays. Il faut donc lancer ces investissements maintenant, même s’ils vont peser sur le budget de l’Etat, car ce type de projets nécessite du temps. Une ligne de métro demande par exemple quatre à cinq ans de travaux. En outre, les investissements dans les secteurs sociaux comme les écoles, les universités et les hôpitaux sont également prioritaires. Le défi que nous tentons de relever à l’AFD est d’articuler les besoins urgents sur le court terme et les investissements fondamentaux sur le long terme. Ainsi nous nous impliquons dans les demandes urgentes qui touchent principalement le domaine social et nous appuyons principalement le secteur de l’énergie sur le long terme.

— Quelles sont les opportunités que l’Egypte peut offrir au secteur privé ?

— L’Egypte est un grand pays dont la population importante a des besoins énormes. Cette situation fait de l’Egypte un terrain fertile pour les entreprises et les investisseurs. Il faut savoir qu’après que les investissements publics ont été décidés, nous avons besoin de sociétés compétentes pour mettre en oeuvre les projets. A côté de ça, la population croissante entraîne sans cesse de nouveaux besoins en termes de santé, d’éducation ou d’alimentation. La dévaluation de la livre égyptienne et les coûts de production moins chers vont aussi permettre une augmentation des exportations que ce soit vers l’Afrique, le Moyen-Orient, ou même l’Europe. La société Seb, va pour la première fois cette année, devenir exportatrice depuis l’Egypte et donc ramener des devises. Ce qui est intéressant c’est qu’aujourd’hui, il est devenu plus intéressant d’investir en Egypte qu’en Chine. Une comparaison assez révélatrice du nouvel échiquier mondial. Les investisseurs qui s’inquiètent en raison des fluctuations des taux de change commencent à y voir plus clair. Les investissements français ont repris et de grandes entreprises sont en train de faire des acquisitions en Egypte. Le groupe Décathlon par exemple a décidé d’ouvrir plusieurs grands magasins ainsi qu’une entreprise de production en Egypte à partir de laquelle elle exportera ses produits vers la France et d’autres pays du monde.

— La dévaluation n’a-t-elle pas négativement affecté les entreprises françaises ?

— De manière générale, une dévaluation va augmenter le coût d’importation et créer de l’inflation, y compris dans les salaires. On peut imaginer que les entreprises ont été amenées à compenser au moins partiellement l’effet de l’inflation locale sur les salaires. Mais cette dévaluation est aussi une opportunité pour exporter davantage ou produire localement. Car si les importations sont devenues plus chères, cela peut aussi développer la production locale. Donc c’est un mal pour un bien, pour tous et les entreprises françaises aussi. Il ne faut simplement pas oublier qu’un temps d’adaptation est nécessaire pour que la situation puisse à moyen et long terme devenir bénéfique pour la population et l’économie.

— Quel est votre message pour le gouvernement égyptien dans le contexte actuel ?

— Plus que jamais, nous sommes aux côtés des autorités égyptiennes et de la population pour accompagner le pays dans son processus de transition politique, économique et sociale, en mettant à leur disposition nos outils, notre savoir-faire et nos réseaux. Un financement d’environ 500 millions d’euros va être investi pour le développement des énergies renouvelables et l’amélioration de l’efficacité énergétique, notre objectif pour la période à venir. Nous travaillons pour le bien de la société égyptienne et le développement futur du pays.

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