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Tareq Tewfiq : Le transfert des pièces de la collection de Toutankhamon représente un grand défi

Rana Gohar, Mardi, 21 juin 2016

Tareq Tewfiq, superviseur général du projet du Grand Musée égyptien, fait le point sur le transfert de la collection de Toutankhamon à l'emplacement actuel du musée et les obstacles auxquels celui-ci est confronté.

Tareq Tewfiq
Tareq Tewfiq, superviseur général du projet du Grand Musée égyptien.

Al-Ahram Hebdo : Quelle est la raison pour laquelle les pièces de la collection du roi Toutankhamon suscitent autant d’intérêt par rapport aux autres pièces qui seront, elles aussi, transférées au Grand Musée ?

Tareq Tewfiq : La collection de Toutankhamon renferme beaucoup de pièces fragiles avec un taux élevé de traces organiques en cuir ou en fibres végétales. Donc, elles nécessi­tent pour leur transfert et leur restau­ration des soins particuliers, surtout que dans la plupart des cas, elles sont dans un état délabré. Leur trans­fert est un grand défi pour nous. On organise une conférence internatio­nale annuelle sur Toutankhamon, ce qui nous donne l’occasion d’avoir des échanges avec des experts inter­nationaux et d’élargir nos connais­sances par rapport aux méthodes high tech de traitement des pièces archéologiques. Ce genre de confé­rence ouvre également la voie à un dialogue qui s’avère être urgent sur les modalités de transfert et de res­tauration.

— Quelles sont les recomman­dations des experts concernant le transfert des pièces ?

— Au cours de la dernière confé­rence sur le Grand Musée et la col­lection du jeune pharaon, des spécia­listes nous ont conseillé de ne pas exposer les tissus du pharaon de manière permanente, mais plutôt par intervalles irréguliers, parce que ces tissus portent des traces de teinture qui sont très fragiles, et il faut les protéger, surtout des rayons de lumière. Ils ont également recom­mandé d’exposer ces tissus hori­zontalement ou bien avec un angle de 30°, loin des vitrines réservées aux monuments. Ceci pour tenter de préserver le tissu de tout endom­magement. On nous a également conseillé sur la meilleure manière d’exposer les bijoux du roi et com­ment les mettre en valeur afin de pouvoir montrer au public leur importance non seulement artis­tique, mais religieuse, sociale et politique aussi.

— Est-ce qu’il y a des pièces qui ne quitteront pas le Musée égyp­tien ?

— On a décidé que les chapelles ne seraient pas transférées et ne seraient pas non plus restaurées à la hâte. Un comité égyptien a été formé avec des spécialistes étrangers afin de commencer les opérations de documentation en prélude aux pre­mières restaurations et dans le but de proposer des plans de transfert des chapelles dorées.

— Quel est le nombre de pièces appartenant à Toutankhamon qui ont été déjà transférées au Grand Musée, et quelles sont les pièces les plus importantes ?

— Un total de 4 500 pièces, dont 2 500 de Toutankhamon ont été transférées. Celles qui ont été trans­férées étaient jusque-là stockées. Elles sont d’une grande valeur. Elles retracent l’itinéraire quotidien du roi, les outils qu’il utilisait dans les occa­sions officielles ou dans sa vie pri­vée. La plupart de ses pièces sont fabriquées en bois ou en bois doré. Elles jettent la lumière sur les phases de la vie privée de Toutankhamon qui, jusque-là, était négligée.

— Qu’en est-il du reste des pièces de Toutankhamon exposées au Musée égyptien place Tahrir ? Seront-elles également transfé­rées ?

— Un plan est actuellement en cours d’élaboration pour transférer graduellement ces pièces jusqu’à l’inauguration du Grand Musée. Et ce, pour que les pièces en or et dorées du jeune roi demeurent tou­jours vivantes dans la mémoire col­lective de ses admirateurs.

— La date de l’inauguration du Grand Musée a-t-elle été fixée ?

— Selon le calendrier, une inaugu­ration partielle aura lieu en mai 2018. Il faut savoir que plus de 80 % des travaux de construction ont été ache­vées, et actuellement, nous tra­vaillons sur les plafonds.

Pouvez-vous nous dire davan­tage sur cette inauguration par­tielle ?

Le transfert des pièces de la collection de Toutankhamon représente un grand défi

— L’entrée majestueuse où sié­gera la statue du roi Ramsès II, qui a été transférée en 2006 de la place Ramsès, sera inaugurée. Elle sera là pour accueillir les visiteurs. Il y aura également plus de 100 statues colossales royales, de grandes pièces architecturales issues des temples, ainsi que des tombes royales. En outre, il y aura la plus grande partie de la collection du roi Toutankhamon, à l’exception des pièces qui sont dans un état critique et dont le transfert et la restauration nécessitent beaucoup de temps. Il y aura des salles avec de grands écrans qui diffuseront aux visiteurs les travaux de restauration des pièces et la manière dont elles ont été transférées à leur nouvel empla­cement. Les pièces monumentales du pharaon doré qui ont été décou­vertes à l’intérieur de sa tombe seront exposées pour la première fois au Grand Musée, et ce, contrai­rement au Musée de Tahrir qui exposait le tiers des monuments découverts dans la tombe.

— Quel est le nombre exact des pièces transférées au musée jusqu’à ce jour ?

— Le musée a reçu 32 000 pièces sur un total de 100 000. A savoir que 50 000 seront exposées dans les salles permanentes et 50 000 autres seront consacrées aux recherches et aux expositions non permanentes.

— Qu’en est-il du financement égyptien ?

— Jusqu’à présent, le gouverne­ment égyptien continue à tenir ses engagements financiers, qui sont déduits de la somme consacrée ini­tialement au projet.

— Qu’en est-il du deuxième prêt japonais ?

— Nous attendons que le gouver­nement japonais prenne des mesures concernant le prêt et ce, suite à une série de négociations menées avec succès. La dernière réunion en date a eu lieu le 10 mai entre la ministre de la Coopération internationale, Sahar Nasr, Khaled Al-Anani, ministre des Antiquités, et Takehiro Kagawa, ambassadeur du Japon au Caire, afin de discuter de l’évolution du projet et de la somme de 482 millions de dollars sollicitée par le gouvernement égyptien. L’ambassadeur japonais a pour sa part exprimé la disposition de son pays à accorder ce prêt.

— Quels sont les obstacles aux­quels est confronté le projet ?

— Le financement est l’obstacle majeur auquel nous faisons face. Le deuxième obstacle est le besoin de ressources humaines qualifiées : archéologues, restaurateurs ou même administrateurs. Pour surmonter cet obstacle, nous organisons des stages pour former des cadres capables d’assumer leur rôle dans la gestion de cet énorme édifice.

Le musée en bref

Le musée a été construit sur une superficie de 491 000 m2. La superfi­cie des salles d’exposition est de 60 000 m2. Un centre de conférences qui pourra accueillir jusqu’à 1 000 personnes ainsi qu’un cinéma 3D d’une capacité de 500 personnes lui seront annexés. 100 000 pièces représentant la civilisation égyptienne seront exposées lors de l’inaugura­tion du musée.

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