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Des surplus pour rassasier

Manar Attiya, Lundi, 28 avril 2014

Pour lutter contre la faim, des jeunes de l'Association Choryane Al-Kheir récupèrent de la nourriture avant qu’elle ne soit jetée par les restaurants ou les foyers, pour la distribuer conditionnée dans les quartiers pauvres

Des surplus pour rassasier
Un repas peur rassasier 100 personnes.

« Nourriture propre et saine. Prends ce dont tu as besoin. Un simple repas peut rassasier 100 personnes ». Tel est le long slogan de l’initiative lancée il y a quelques semaines sur Facebook par un groupe de jeunes de l’association Choryane Al-Kheir (l’artère de la bienfaisance), avec un numéro de portable : 01149001110. « Nous avons réalisé que le problème de la faim touche des millions de personnes surtout avec la hausse du nombre de ceux vivant en dessous du seuil de pauvreté. Cette réalité s’est aggravée après la révolution de 2011, ce qui nous a obligés à agir », lance Ghada, femme au foyer, membre de l’association et surnommée par ses amies et voisins Ghada Choryane Al-Kheir. Elle avance les chiffres d’un rapport publié par le CAPMAS (l’organisme public des statistiques) qui affirme qu’environ 13,7 millions d’Egyptiens (soit 17 % de la population) sont en insécurité alimentaire contre 14 % en 2009. « La sécurité alimentaire est assurée lorsque toute la population a accès de façon continue à une nourriture suffisante, saine qui satisfait les besoins alimentaires de base », explique Zein Al-Abdine, étudiant à la faculté de commerce et membre de l’initiative.

C’est à la suite de différentes crises survenues dans le pays depuis 2005, avec entre autres l’épidémie de grippe aviaire en 2006, et les crises financières mondiales que l’équipe a réalisé que la pauvreté avait pris de l’ampleur. L’idée a germé dans la tête de ces jeunes bénévoles, le jour où ils ont été accablés par le nombre de démunis fouillant dans les poubelles à la recherche de nourriture. « Ne jetez pas vos restes de nourriture, gardez-les dans des sacs ou dans des boîtes en plastique, et n’hésitez pas à nous contacter. Nous viendrons les récupérer. Cela peut toujours servir à remplir l’estomac de quelqu’un qui meurt de faim », indique cet appel publié par ces jeunes sur Facebook.

Cette équipe de bénévoles multiplie les déplacements pour récupérer des repas complets, les emballer et les distribuer dans les quartiers pauvres. Les bénévoles étaient chargés de préparer quelques boîtes de nourriture selon les moyens de chacun d’eux. « On avait l’habitude de distribuer 200 à 300 boîtes tous les vendredis. Au départ, on préparait nous-mêmes ces repas, mais au fil du temps, des gens se sont joints à nous, pour nous offrir des rations de nourriture. Ces boîtes pouvaient suffire à 30 ou 40 familles habitant dans les bidonvilles », confie Ghada.

« Entre 25 000 et 35 000 boîtes »

On peut croiser ces jeunes les vendredis dans des bidonvilles tels que Abou-Régueila, situés dans les ruelles de Aïn-Chams, dans Ezbet Abou-Qarn ou même dans le quartier de Choubra Al-Kheima en train de distribuer ces boîtes de nourriture. Et durant le mois du Ramadan, le nombre de boîtes pouvait tripler en une journée. « On pouvait distribuer entre 25 000 et 35 000 boîtes », affirme avec précision l’ingénieur Chérif Hussein, président de l’association. Hanaa, femme active, a rencontré par hasard un de ces jeunes bénévoles qui donnait des cours particuliers à son fils. « J’ai été tellement fascinée par l’idée que j’ai décidé de consacrer une pièce de mon appartement au stockage des rations remises par mes voisines. Les jeunes viennent les récupérer chaque vendredi », explique Hanaa.

Mais l’idée ne s’est pas arrêtée là. Aujourd’hui, cette équipe a trouvé une autre astuce pour atteindre le plus grand nombre de personnes démunies.

« Nous avons constaté qu’on ne pouvait pas être partout. Ainsi, nous avons eu l’idée de déposer de grandes caisses devant certains restaurants pour que les serveurs puissent y déposer les restes de nourriture. Cette nourriture pourrait servir de dîner quotidien aux enfants des rues et aux personnes les plus démunies », dit le président de l’association. « Au lieu de jeter des sandwichs, du riz, des pâtes, de la soupe, des céréales et autres aliments qui pourraient nourrir plus de 20 personnes, on peut les déposer dans ces caisses en bois », explique Hussein.

Aujourd’hui, l’ambition de cette équipe de bénévoles est d’apporter de l’aide au plus grand nombre de familles touchées par la pauvreté et la faim. « On souhaite que cette idée se répandra dans tous les gouvernorats égyptiens », dit Abdel-Fattah, membre de l’initiative.

Ces jeunes tentent également de coordonner leurs efforts avec différentes institutions, associations caritatives et ONG travaillant dans le domaine de la lutte contre la faim. « Il faut aider ceux qui en ont réellement besoin. Il existe tellement de personnes démunies et personne ne le sait vraiment », affirme Abdel-Fattah.

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