Société > Au quotidien >

A deux roues, la vie est plus simple !

Manar Attiya , Mercredi, 07 septembre 2022

Lancé début juillet, Cairo Bike est le premier système de vélos en libre-service en Egypte. Plus rapide, plus écolo et plus économe, il devrait attirer de nombreux adeptes. Zoom.

A deux roues, la vie est plus simple !
(Photo : Hassan Ammar)

Ali, qui possède un smartphone dernier cri, commence à télécharger l’application gratuite Cairo Bike. Une fois inscrit à ce service, l’application mobile l’informe du nombre de vélos disponibles à la station la plus proche. C’est la première étape de son voyage à vélo. La seconde étape consiste à louer le vélo puis déverrouiller la serrure à code électronique en utilisant le Bluetooth via son portable. Agé de 25 ans, Ali, qui habite au centre-ville, a choisi de pédaler pour ses sorties entre amis. Et en fin de journée, Ali peut ramener le vélo au point de départ ou à une autre station liée à ce service. «  Aux transports bondés, aux places de parking impossibles à trouver, s’ajoute aujourd’hui le prix du carburant qui ne cesse de grimper ». Ali explique ainsi les raisons de son choix. Comme lui, nombreux sont ceux qui ont garé leur voiture pour se déplacer à vélo.

Bousculer les mentalités, améliorer l’image du vélo, attirer de nouveaux cyclistes et désengorger les services de transport en commun, les autorités tentent d’inciter les Egyptiens à enfourcher un vélo pour réduire la densité du trafic. « Cela va certainement diminuer l’utilisation des voitures privées, réduire les émissions nocives de gaz à effet de serre dans la capitale, protéger l’environnement et accroître la sécurité en créant plus d’espace pour les cyclistes et les piétons, telles sont les raisons pour lesquelles nous déployons des efforts consentis pour fournir un transport alternatif écolo », signale Ahmad Al-Dorghami, responsable des projets écologiques auprès du Programme des Nations-Unies pour les établissements humains (Onu-Habitat).

D’une pierre plusieurs coups

« Cairo Bike » est un projet pilote, unique en son genre en Egypte, lancé par les autorités pour inciter les Egyptiens à faire du vélo. Il a vu le jour au début du mois de juillet. « Bike Sharing » est ainsi devenu la nouvelle tendance. C’est un système de Vélo en Libre-Service (VLS) à la disposition de tout le monde, hommes ou femmes, adultes ou personnes âgées, avec traceur GPS.


Le prix de la location d’un vélo à Cairo Bike est à la portée de tout le monde. (Photo : Hassan Ammar)

Lors du lancement de la première phase en juillet dernier, le gouverneur du Caire, le général Khaled Abdel-Aal, a déclaré que le projet VLS était lancé en marge des préparatifs pour accueillir la 27e Conférence annuelle de l’Onu sur le changement climatique (COP27) qui se tiendra à Charm Al-Cheikh en novembre prochain.

L’idée du projet Cairo Bike remonte à l’Onu-Habitat, en partenariat avec le gouvernorat du Caire, financé par la Fondation suisse Drosos. Son coût s’élève à 30 millions de L.E. Le projet est aussi soutenu, du point de vue technique, par l’Institut des politiques de transport et de développement (ITDP, Institute for Transportation & Development Policy), organisation mondiale à but non lucratif fondée en 1985 par Michael Replogle. « Une ville moderne n’est pas un endroit où les pauvres se déplacent en voiture, c’est plutôt un endroit où les riches utilisent les transports en commun », signale le président du conseil d’administration de l’ITDP, 2009-2015, Enrique Peñalosa sur le site https://www.itdp.org.

Issu de la classe moyenne, Abdel-Hakim, employé lui aussi, a décidé de « tracer sa propre route » en roulant à vélo. « C’est formidable de mener une telle initiative en essayant de changer la mentalité des Egyptiens et le regard de la société sur le cyclisme tout en contribuant à la protection de l’environnement », dit ce jeune homme de 30 ans, avec enthousiasme. Avant d’appliquer ce nouveau système, Abdel-Hakim avait acheté, l’année dernière, un vélo pour se rendre à son travail et éviter les embouteillages, les bus et le métro bondés à l’heure de pointe. Aujourd’hui, il se déplace en ville en utilisant le VLS, pour ses trajets quotidiens, non seulement pour éviter le trafic dense, mais aussi pour gagner du temps.


Le président Sissi appelait les Egyptiens à faire davantage en se déplaçant à vélo. (Photo : Hassan Ammar)

Le tarif de location fixé par Cairo Bike est à la portée de tout le monde: une L.E. l’heure et 8 L.E. la journée. Les 500 vélos électriques sont répartis sur 45 stations. Ce sont des endroits stratégiques intégrés aux stations de métro et aux lignes de transport en commun. La première phase regroupe 24 stations dont les plus importantes sont la place Abdel-Moneim Riyad, Chawarbi, place Goumhouriya, place Tahrir, rue Ramsès et Ataba. Pour la seconde phase, on compte 21 stations qui se trouvent entre les rues principales de Zamalek, le centre-ville, Sayéda Zeinab et Garden City. Les vélos sont disponibles entre 7h du matin et minuit, sept jours sur sept, 365 jours par an.

Bien plus qu’un loisir

Actuellement au Caire, les rues sont prises d’assaut tous les week-ends par des cyclistes qui profitent de la baisse de circulation pour organiser des sorties, annonçant leur fierté, à l’approche de la COP27, tout en respectant les invitations du président Abdel-Fattah Al-Sissi, lancées il y a 8 ans. En juin 2014, Sissi, vêtu d’une combinaison de cycliste, a appelé les Egyptiens à faire davantage en se déplaçant à vélo. Il leur a demandé d’aider le gouvernement à réduire la consommation en essence. En décembre 2019, Sissi a effectué une petite tournée à vélo dans la ville balnéaire de Charm Al-Cheikh. Une tournée qui a eu lieu quelques heures avant l’ouverture de la 3e édition du Forum Mondial de la Jeunesse (FMJ). Et, dans un discours retransmis à la télévision d’Etat, Abdel-Fattah Al-Sissi a apporté quelques précisions à ses compatriotes: « Si vous utilisez votre voiture, vous dépensez environ 4 L.E. pour parcourir 20 ou 25 km, et l’Etat paie 8 L.E. de plus pour ces mêmes distances ». En août 2020, le ministère de la Jeunesse et du Sport lançait les initiatives « Darragtak, Séhétak (ton vélo, ta santé) », « Tous à vélo » ou « Better by Bike », (appuyée par Med Dialogue pour les droits et l’égalité, un programme régional financé par l’Union européenne), lancée par l’initiative « Tabdeel » (pédaler) et (changer) en arabe. Toutes ces actions ont été organisées espérant faire du vélo un moyen de transport ami de l’environnement et bénéfique pour la santé, et faire du sport un style de vie adopté par les habitants toutes classes sociales confondues, contrairement aux années antérieures.

A vrai dire, nous avons besoin de changer la mentalité des Egyptiens. Car, auparavant, rouler à bicyclette était réservé aux personnes issues de milieux sociaux défavorisés, les gardiens d’immeubles, les vendeurs de pain ambulants ou les gens qui n’ont ni les moyens, ni le choix de se déplacer autrement. Aussi, la location de vélos était jusque-là quasi exclusivement réservée aux loisirs.

Par ailleurs, conformément aux coutumes purement égyptiennes, jadis, très peu de femmes faisaient du vélo. L’image de la femme à vélo est encore mal perçue. Elle risque d’être victime de harcèlement, et c’est pourquoi elle préfère se déplacer en voiture, en taxi, ou à la limite en transports en commun. Mais en utilisant le Cairo Bike, des femmes commencent à briser le mur de la peur. Fatma Adel pédale autour du Caire. Elle n’est pas du tout gênée par les regards curieux et les bouchons interminables. Elle déambule fièrement entre les files de voitures coincées dans le trafic infernal de la capitale égyptienne. En rentrant chez elle à bicyclette, la jeune fille de 20 ans est satisfaite de ce moment de répit où elle a pu exercer son activité physique favorite. Au début, sa mère y était fermement opposée craignant que Fatma soit verbalement harcelée. Mais cela ne l’a jamais dissuadée « car je pourrais tout aussi bien être importunée à pied », dit-elle avec un large sourire illuminant son visage.


Jadis, circuler à vélo dans les villes d’Egypte se limitait à quelques métiers. (Photo : Hassan Ammar)

Reste une condition pour pouvoir généraliser l’expérience : les pistes cyclables. Elles sont en phase expérimentale dans des gouvernorats à l’instar de Chébine Al-Kom dans le gouvernorat de Ménoufiya et Madinet Al-Fayoum. « Pour l’instant, nous ne pouvons pas fournir de VLS dans des quartiers comme Héliopolis, Madinet Nasr, Al-Tagammoe Al-Khamès ou Réhab. C’est en construisant des pistes cyclables que l’on pourra promouvoir le vélo en ville et encourager les Egyptiens à se mettre à vélo (c’est l’éternelle question de la poule et de l’oeuf). Mais les pistes consacrées aux vélos seront prises en considération dans les nouvelles routes d’Egypte », conclut Ahmad Al-Dorghami.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique