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A l’écoute des familles en détresse

Manar Attiya, Lundi, 01 novembre 2021

A travers sa hotline et des campagnes de sensibilisation, l’unité de résolution des conflits familiaux dépendant d’Al-Azhar s’attèle à protéger la famille, notamment en oeuvrant à limiter les divorces.

A l’écoute des familles en détresse

« Allo, bienvenue à l’unité d’aide à la famille, dépendant du Centre d’Al-Azhar Al-Charif pour les fatwas ». Les personnes en détresse trouvent désormais une oreille attentive. Il suffit d’appeler le 19906 ou d’envoyer un sms au 1020. « L’objectif est de lutter contre l’extension du divorce et de trouver des solutions aux problèmes familiaux et conjugaux ainsi qu’aux conflits qui peuvent émerger lors d’une succession », déclare Fatma, l’interlocutrice.

Situé à Gamaliya, rue Salah Salem, au sein de l’immeuble de Machiakhet Al-Azhar Al-Charif, ce centre d’appels reçoit les appels et les messages 24h sur 24. « Cette unité de résolution des conflits familiaux et conjugaux a réussi à résoudre quelque 70 000 conflits conjugaux et parentaux depuis son inauguration en avril 2018. Les premiers bénéficiaires sont les couples qui sont sur le point de se séparer. 98 % des cas relèvent du statut personnel, et 2 % sont des conflits entre parents et enfants ou des litiges successoraux », affirme Dr Ossama Al-Hadidy, président de l’unité.

A l’heure où le divorce atteint des taux alarmants, un divorce toutes les deux minutes en 2020 selon l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS), il devient urgent de lutter contre ce phénomène. « La vie à deux n’est plus possible. Chaque jour, ce sont des disputes violentes, des insultes et des mots humiliants. Ces scènes de ménage se répètent souvent en présence des enfants. Il ne me respecte plus et n’a plus de sentiments pour moi ! Il ne me donne aucun sou pour gérer la maison », se plaint Sawsan. Cette femme a composé le numéro SOS pour raconter son histoire, et surtout demander conseil. Elle explique à son interlocuteur que le divorce est sans doute la meilleure solution, car son mari et elle vivent sous le même toit mais ne se supportent plus. A l’autre bout du fil, son interlocuteur l’écoute attentivement puis lui fixe un rendez-vous à l’unité. Sur place, un comité s’est déjà constitué pour essayer de résoudre le problème de cette épouse désespérée. La démarche commence par l’étude du problème. Pour ce cas précis, les problèmes sont notamment causés par la relation entre l’époux et sa mère. Cette dernière s’immisce dans la vie du couple et le met en danger. Un des responsables de l’unité appelle le conjoint pour discuter avec lui. Car l’objectif est de sauver le couple, et ce, en orientant ces jeunes époux qui n’ont pas d’expérience, tout en leur montrant comment surmonter les problèmes pour sauver leur couple. D’autant plus que 34 % des divorces ont lieu lors de la 1re année d’union. Au cours de la séance de « Résolution des conflits », les membres du comité prodiguent des conseils pour conduire les deux conjoints à la prise de conscience et vivifier une relation basée sur la confiance, la transparence, l’amour et le respect mutuel.

Protéger la famille

Protéger la famille égyptienne des dissensions qui peuvent apparaître entre ses membres, mettre fin aux problèmes conjugaux, lutter contre la recrudescence des divorces, régler les conflits entre les personnes concernées par des problèmes successoraux, sensibiliser les membres d’une même famille en vue d’améliorer leurs conditions de vie, tels sont les objectifs de cette unité.

L’idée de la création de cette unité vient de son fondateur le cheikh d’Al-Azhar, l’imam Ahmad Al-Tayeb, après avoir constaté l’augmentation du taux de divorces : en 2018, année de la création de cette unité, 211 554 cas de divorce ont été prononcés en 2018 contre 198 269 en 2017, soit une hausse de 6,7 %, selon un bulletin annuel sur des données statistiques relatives aux divorces en Egypte en 2018 publié par la CAPMAS. Et selon l’Onu, de 2016 à 2018, l’Egypte s’est classée au premier rang en matière de divorce à travers le monde. 240 cas de divorce sont prononcés chaque jour par les tribunaux de la famille à travers le pays.

250 appels par jour

A l’écoute des familles en détresse
Cette unité d’appels a 27 antennes établies dans les quatre coins de la République.

Au sein de l’unité de résolution des conflits familiaux et conjugaux, une centaine de jeunes filles et de jeunes hommes travaillent d’arrache-pied. Leur tâche n’est pas facile. Certains ont les yeux fixés sur l’écran de leurs ordinateurs et portent des écouteurs aux oreilles. D’autres reçoivent les appels de personnes qui ont besoin d’aide. Cette unité reçoit 250 coups de fil par jour. Cette unité a 27 antennes établies dans les quatre coins de la République. Parmi ces antennes : Al-Omraniya à Guiza, Al-Falat à Qalioubiya, Al-Hassaniya au gouvernorat de Charqiya, Al-Assafra à Alexandrie, rue Al-Nasr à Port-Saïd, rue Al-Matar à Marsa Matrouh, rue Ibn Khaldoun à Béni-Soueif et d’autres encore …

Arrivé au bureau de Qalioubiya, Moustapha écrit son nom sur un papier, ainsi que son âge, le numéro de sa carte d’identité, celui de son téléphone, son adresse, son lieu de résidence, son adresse e-mail et le type de problème qu’il veut exposer. Moustapha voudrait se séparer de sa femme après six mois de mariage. « On se dispute tout le temps. Je vis une relation sans communication dans mon couple, il n’y a aucun échange. Elle crie comme une hystérique et ne veut pas assumer de responsabilités », note-t-il avec amertume.

Outre le centre d’appels, cette unité s’attèle à la sensibilisation des citoyens. Les hommes de religion font des efforts consentis en vue d’organiser des campagnes de sensibilisation pour prodiguer des conseils aux couples en conflit et prévenir les échecs de l’union conjugale. « Nous avons organisé 45 000 ateliers, séminaires et conférences dans nos bureaux qui se trouvent aux quatre coins de la République en vue de sensibiliser près de 3,6 millions de citoyens et corriger les idées fausses et certaines façons de penser qui nous sont inculquées par la famille ou au travers de la société, tels les devoirs et les responsabilités de chacun aussi bien que le rôle de chaque membre du couple », conclut Dr Belal Khodeir, membre du comité de la fatwa au sein de l’unité.

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