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La Révolution 8 ans après : Encore plus d’acquis encore plus de droits

Dina Bakr, Lundi, 28 juin 2021

Réformes juridiques et législatives, initiatives sociales et économiques, participation accrue à la vie politique, les femmes obtiennent de plus en plus leurs droits. Enquête

Encore plus d’acquis encore plus de droits
Après 2014, des femmes ont dirigé des ministères longtemps restés le monopole des hommes.

Octobre 2021. Les premières femmes feront leur entrée au Conseil de l’Etat et au Parquet général. La décision a été récemment prise et annoncée par le président de la République, Abdel- Fattah Al-Sissi. Autre annonce importante, l’égalité salariale homme/femme. Un soulagement pour nombre de femmes qui revendiquaient le droit d’exercer la fonction de magistrat depuis des décennies. La bataille remonte à loin. Dans les années 1950, Aïcha Rateb, professeure de droit international, avait perdu un procès, dans le cadre d’un recrutement au Parquet général en 1952, alors qu’elle était major de sa promotion. La raison alors évoquée était que ces postes étaient réservés uniquement aux hommes. Aïcha est la plus ancienne militante des droits des femmes à avoir réclamé l’accès des femmes à la magistrature pour les postes de vice-procureur général ou juge. Plus tard, elle fut nommée ministre des Affaires sociales puis ambassadrice de l’Egypte au Danemark et en Allemagne. « Ces décisions ne font qu’appliquer les principes de justice et d’égalité des chances entre les deux sexes dans le travail », indique l’avocate Nehad Abolkomsan, présidente du Centre égyptien des droits de la femme (ECWR), rappelant l’article 11 de la Constitution 2014 : « L’Etat adopte le principe d’égalité entre hommes et femmes à tous les niveaux tels que les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels. L’Etat est en train de prendre des mesures nécessaires qui garantissent la représentation adéquate de la femme dans les instances délibérantes d’après la loi, l’Etat assure aux femmes leurs droits d’accès aux fonctions publiques, aux postes élevés dans l’administration de l’Etat et au sein du corps judiciaire sans discrimination de sexe ». 21 autres articles dans la Constitution de 2014 abordent les différents volets des droits de la femme. Depuis le 30 juin 2014, la femme est apparue comme un partenaire important dans la prise de décision. Elles sont aujourd’hui 430 femmes à être juges. D’après la Commission économique et sociale des Nations- Unies pour l’Asie occidentale (UNESCWA), en 2015, il y avait 80 femmes juges sur un total de 12 000, le pourcentage de femmes juges était donc de moins de 1 %. « Mais la vraie réforme reste celle des mentalités, alors que nombreux sont ceux qui pensaient, ou qui pensent encore, pour des raisons illogiques, que les magistrats doivent être des hommes », explique Nehad Abolkomsan.

Au parlement, au gouvernement et ailleurs

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Nadia Abdou, gouverneure de Béheira, première femme à occuper ce poste.

Avant ce pas audacieux et suite à l’élection présidentielle de 2014, Fayza Aboul-Naga avait été nommée conseillère du président pour la sécurité nationale. Elle est la première femme à occuper ce posteclé. Depuis, la présence féminine s’est intensifiée au sein du gouvernement. Lors du dernier remaniement ministériel, le taux de femmes ministres au sein du gouvernement a atteint 25 % : on en compte 8. Aujourd’hui, les portefeuilles ministériels de la Culture, de la Coopération internationale, de la Santé, du Commerce et de l’Industrie, de la Migration et des Affaires des Egyptiens à l’étranger, de l’Environnement, de la Solidarité sociale et de la Planification et du Développement économique sont occupés par des femmes. Certains de ces portefeuilles (Culture, Commerce et Industrie, Planification et Développement économique) sont dirigés pour la première fois par des femmes. Et au-delà de nos frontières, Ghada Wali, ex-ministre de la Solidarité sociale, est actuellement directrice générale de l’Office des Nations-Unies à Vienne. « Une fonction qu’elle n’aurait pas pu occuper sans le soutien du pouvoir », explique Hend Hanafi, pédiatre et membre du Conseil national de la femme. Au Conseil des députés, la femme est aussi de plus en plus présente. Les dernières élections parlementaires de 2020 ont vu l’adhésion de 162 députées, 148 élues et 14 députées nommées (sur un total de 596 membres), soit un taux de 27,4 %. Alors qu’au Sénat, elles sont 40 députées, 20 élues et 20 nommées (sur un total de 300 membres), soit un taux de 13,3 %. « Pour la première fois, Fibi Fawzi est élue sous-secrétaire au Sénat, ce qui est un pas important. Cela ouvre des horizons devant la femme pour accéder à des postes de prise de décision, ce qui est compatible avec le taux de participation de la femme à la vie publique et le rôle qu’elle joue dans le développement économique », souligne Nehad Abolkomsan. « Comment voulezvous que la femme contribue au développement de l’économie si on la prive de son droit d’occuper des postes-clés dans le corps judiciaire ? », s’interroge-t-elle. Le tout est donc une question de compétence. Rien de plus logique, même si dans la pratique, il a fallu du temps pour parvenir à ces résultats. « Les preneurs de décision ont pavé le chemin pour que la femme puisse faire preuve de professionnalisme, afin que l’on se débarrasse des préjugés et des idées reçues qui cantonnent la femme dans son rôle de ménagère », déclare Hend Hanafi.

L’autonomisation avant tout

D’après Maya Morsi, présidente du Conseil national de la femme, cette période est l’âge d’or de la femme. Le conseil a programmé une stratégie d’émancipation de la femme qui va en parallèle avec les objectifs du plan de développement Vision 2030. Cette stratégie a commencé en 2017, qualifiée comme l’année de la femme par le président Sissi. Un pas a été franchi en 2018 dans l’émancipation politique lorsque Nadia Abdou a été nommée gouverneure de Béheira, une première en Egypte. Aujourd’hui, Damiette a une gouverneure, Manal Awad, en plus de 7 vice-gouverneurs au Delta comme en Haute-Egypte. Parallèlement à la politique, des démarches ont été entreprises dans d’autres domaines, notamment dans le secteur économique. « 70 % des bénéficiaires des microprojets en Egypte sont des femmes. Si on encourage l’autonomisation de la femme, le PNB peut augmenter de 35 % », estime Mohamad Omrane, président de l’Organisme général de la censure financière.

Sur le plan social, de nombreuses initiatives ont été prises pour libérer les « gharémate » (femmes incarcérées à cause de dettes). Le fonds Tayha Misr et le président de la République lui-même ont remboursé les dettes d’un nombre de prisonnières. Et, début 2021, un comité, sous les auspices du ministère de la Solidarité sociale et rassemblant des représentants de la société civile, du ministère de la Justice, d’Al- Azhar et de l’Eglise, a été créé pour prendre en charge le dossier des gharémate. « Depuis 2007, 5 000 dossiers ont été réglés par l’association Atfal Al-Saguinate (les enfants des prisonnières) », explique Nawal Moustapha, présidente de cette association et membre du Comité national des gharémate. Selon elle, « l’objectif n’est pas uniquement de faire sortir ces femmes de prison, mais aussi de leur donner l’opportunité d’entamer une nouvelle vie. Et ce, en leur offrant une formation pour qu’elles puissent avoir un revenu stable et ne pas retomber dans le cercle vicieux des dettes et de la prison ». C’est ce dont témoigne Wafaa, couturière dans une usine dans le quartier de Fayçal. « Le fait de trouver une solution radicale m’a permis de redémarrer ma vie à zéro et éviter les dettes », dit-elle.

Des lois à l’appui

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Les femmes occupent tous les postes dans les diverses institutions du corps juridique.

En plus de ces initiatives, la promulgation de lois défendant les femmes se poursuit. Ces dernières années, une loi contre le harcèlement moral a été promulguée, ainsi qu’une autre garantissant la confidentialité des informations concernant une personne victime de viol, une loi qui encourage les femmes à porter plainte en cas d’agression ou de harcèlement sexuel. Un amendement de la loi sur l’héritage a été imposé ; l’article 49 sanctionne celui qui prive une femme de l’héritage. La sanction est de 6 mois de prison au minimum et une amende allant de 20 000 à 100 000 L.E. Ces mêmes sanctions visent celui qui dissimule les documents qui prouvent le droit d’une femme à l’héritage.

Autre modification législative, celle durcissant les peines contre les pères divorcés qui ne payent pas les pensions à leurs enfants.

« L’amendement de l’article 293 a permis de revoir à la hausse l’amende qui est passée de 500 à 5 000 L.E. tout en privant le père de bénéficier de certains services publics comme le renouvellement de sa carte d’identité et son permis de conduire jusqu’à ce qu’il s’acquitte de ses arriérés afin de garantir à ses enfants le fait de mener une vie décente et faciliter à la Banque Nasser d’accomplir ses tâches », avance Nehad Abolkomsan. Reste la réforme du statut personnel prévue prochainement. « Nous espérons que les remarques de la société civile sur le projet de loi seront prises en considération », conclut Nehad Abolkomsan, rappelant que « le statut personnel n’est pas qu’une loi qui détermine les règles du mariage et du divorce, mais qui régit toute la vie des femmes » .

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