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Jeux électroniques, une passion égyptienne

Dina Bakr, Mardi, 27 août 2019

Les jeux électroniques en ligne comptent de nombreux adeptes de par le monde, et les Egyptiens ne font pas exception. S'il existe plusieurs sociétés de développement de jeux au niveau local, le manque d'investissement a jusqu'à présent empêché la création d'un produit à identité typiquement égyptienne.

Jeux électroniques, une passion égyptienne

« Les jeux électroniques sont une nouvelle forme artistique qui passe pour le huitième art après le cinéma. L’idée, l’histoire, le scénario, les dessins, les effets sonores, les graphiques et la mise en scène sont des éléments que l’on doit réunir dans leur ensemble pour créer un jeu électronique réussi, tout en adaptant celui-ci à l’âge de l’enfant ». Tels sont les propos de Chérif Abdel-Baqi, président de l’Union égyptienne des jeux électroniques, créée il y a 16 ans. De nombreux jeunes possèdent aujourd’hui des smart phones dont les applications renferment des jeux, ce qui explique la propagation de ces derniers à travers le monde.

Plus l’idée et la réalisation d’un jeu sont attrayantes, plus la popularité de celui-ci s’agrandit. Prenons l’exemple des jeux de combat, comme Battle Royal, Fortnite et PubG mobile : le producteur de Fortnite a prévu, pour 2019, une somme de 100 millions de dollars pour récompenser les vain­queurs des 200 championnats organi­sés en ligne à travers le monde, et ce, pour encourager les meilleurs joueurs, ceux qui ont franchi toutes les étapes. Ainsi pour les férus de jeux électroniques, il est difficile de ne pas jouer tous les jours, car ils savent qu’ils ont de nouvelles étapes à franchir.

C’est le cas de Ali, 12 ans. Dès qu’il a un moment de libre, il saisit son portable et contacte son groupe d’amis sur WhatsApp pour savoir si l’un d’entre eux est disponible pour jouer avec lui à Fortnite. « Ce jeu de combat est disponible sur Internet, avec téléchargement gratuit, sécu­risé et rapide. C’est le jeu le plus répandu à travers le monde. 125 millions de personnes l’ont télé­chargé sur leurs cellulaires, ordina­teurs ou X Box. J’ai dû changer mon portable, car ce jeu n’est pas com­patible avec toutes les marques », explique Ali. Pour les joueurs, peu importe le pays où le jeu a été créé. Les mises à jour continues encoura­gent les passionnés à élever leur degré de perfection pour parcourir toutes les étapes.

Identité égyptienne dans les jeux

Jeux électroniques, une passion égyptienne
L'Union égyptienne des jeux électroniques organise de temps en temps des championnats au ministère de la Jeunesse et du Sport.

Or, tous les jeux électroniques qui ont le vent en poupe sont étrangers. Si, théoriquement, créer un jeu avec une identité et des références cultu­relles typiquement égyptiennes est possible, les investisseurs ne veulent pas prendre de risques en débour­sant les sommes colossales néces­saires au développement, à la propa­gation et à la commercialisation d’un tel produit. « C’est difficile de véhiculer la culture égyptienne par le biais d’un jeu électronique. Il faudrait que la communauté inter­nationale des joueurs prenne connaissance de notre identité culturelle. Un tel jeu doit d’abord réussir dans son pays d’origine. Ensuite, on cible les pays arabes, puis les pays géographiquement plus éloignés. Le Japon a dépensé des sommes extraordinaires en 45 ans pour que ses jeux soient connus, se propagent à travers le monde et passent entre les mains des joueurs », souligne Ahmad Alaa, à la tête d’une société de développeurs de jeux électroniques.

En 2007, Goha (un personnage humoristique fictif arabe) a fait son apparition dans un jeu créé par des développeurs égyptiens, mais il a disparu de la scène, car son accès se faisait via paiement en ligne, tout comme la plupart des jeux. « A l’époque, c’était difficile de convaincre un joueur d’utiliser sa carte de crédit pour avoir accès à un jeu en déboursant 50 L.E. », rap­porte Alaa. Résultat : le jeu a disparu des réseaux sociaux.

Selon les statistiques de la société App.Anni, qui analyse les informa­tions de sociétés productrices de jeux électroniques, l’Arabie saou­dite se classe première au niveau des pays arabes en matière de sommes dépensées en ligne pour des jeux électroniques. En 2018, les Saoudiens ont ainsi dépensé 3,4 milliards de dollars pour des jeux téléchargés sur cellulaire, alors que l’Egypte est classée à la 8e place.

Ce qui n’empêche pas qu’en Egypte, il existe 5 sociétés de déve­loppement de jeux électroniques. Elles ont réussi à créer quelques jeux qui ont été exportés à l’étran­ger. « On discute de l’idée avec l’investisseur du pays en question. Une fois l’accord conclu, il faut quelques mois avant de décider du concept du jeu et de son exécution. On doit également tenir compte de différents facteurs en matière de concurrence sur le marché interna­tional », explique Alaa. Il ajoute qu’après 4 ans de travail ardu dans ce domaine, leur société a réussi à créer et à exporter 7 jeux électro­niques dans plusieurs pays, comme la Russie, la Chine et les Etats-Unis.

Selon Magued Farrag, président du département des jeux électroniques à la Chambre de l’industrie de la tech­nologie des informations, les déve­loppeurs égyptiens conçoivent surtout des jeux électroniques pour d’autres objectifs que le divertissement, comme l’éducation, l’enseignement et le marketing. Les liens sur Internet qui mènent vers des jeux électro­niques à but éducatif sont de plus en plus visités. Omar, 12 ans, par exemple, aime jouer aux Devinettes de Falfoul. « Les questions d’ordre général et les mots croisés me permet­tent d’élargir mes connaissances. Ce jeu en arabe n’est pas facile, c’est pourquoi je le trouve passionnant », explique Omar.

La publicité faite pour certains jeux arabes, à l’exemple du jeu de Mansour Run, sur la chaîne de télé­vision Cartoon Network, imitant le jeu électronique Subway, n’a, elle, pas réalisé de grand succès. Mansour Run n’a obtenu que 3 étoiles et demie d’appréciation sur Internet. « L’idée même du jeu est naïve : des sucreries filant derrière un enfant obèse qui court plus vite pour ne pas céder à la gourmandise. Mes amis, qui ont de l’embonpoint, ne se pri­vent pas de friandises, ils mangent de tout et n’ont jamais pensé perdre du poids », lance avec dérision Monzer, âgé de 11 ans.

Coup de main à l’industrie

Comme la plupart des jeunes ado­rent les jeux électroniques étrangers, les preneurs de décision ont décidé d’encourager les développeurs égyp­tiens dans ce domaine. Au Forum international des jeunes, tenu à Charm Al-Cheikh en 2018, un appel à la formation de 10 000 déve­loppeurs en 3 ans en Egypte et dans d’autres pays africains a été lancé, avec en parallèle l’organisation de stages pour la centaine de sociétés existantes, afin de mieux développer les outils électroniques. Par ailleurs, l’Union égyptienne des jeux électro­niques, qui dépend du ministère de la Jeunesse et du Sport, prévoit, avec la Chambre de l’industrie de la techno­logie des informations, l’organisa­tion prochaine d’une compétition, afin de choisir les 10 meilleurs jeux électroniques créés en Egypte. Un autre projet est prévu pour sélection­ner les meilleures idées pouvant aider les développeurs à créer des jeux électroniques à identité égyptienne. A ce stade, l’union jouera le rôle de producteur pour un ou deux jeux, un premier pas pour mieux véhiculer les idées de jeux typiquement égyptiens.

« Le ministère de la Jeunesse et du Sport compte aussi prochainement organiser un tournoi de Fifa élec­tronique au club Ahli », a annoncé Abdel-Baqi. Il pense que ce tournoi, destiné aux joueurs de jeux électro­niques professionnels, aura du poids, car le club Ahli le soutiendra financièrement. De quoi asseoir la popularité des jeux électroniques en Egypte et donner peut-être des idées pour de nouveaux jeux — pourquoi pas — typiquement égyptiens.

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