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Siwa et ses lampes magiques

Manar Attiya, Mercredi, 27 mars 2019

A l'oasis de Siwa, plusieurs ateliers se sont spécialisés dans la fabrication de lampes de sel. Les clients les apprécient pour leurs effets bénéfiques sur la santé. Tournée.

Siwa  et ses  lampes magiques
(photo : Mohamad Abdou)

Dans l’atelier de hadj Eissa, des lampes de sel de diffé­rentes dimensions et nuances de couleurs sont exposées. Elles ont une forme ovale, conique, pyramidale, cubique, sphé­rique ou de coeur. Certaines ressem­blent même à des paniers, avec des cristaux de sel de différentes couleurs. Hadj Eissa est un expert de la fabrica­tion de ces luminaires. L’atelier, d’une superficie d’un feddan, est situé à Tourar, dans une ruelle à environ 3 km du centre de Siwa (1 000 km du Caire). Construit au début des années 2000, il était le seul à l’époque.

L’histoire des lampes de sel a donc commencé il y a 18 ans. A Siwa, où la température atteint parfois les 50o C en été, l’eau du lac salé d’Al-Maraqi (mesurant 7 000 feddans et situé à l’ouest de la ville) s’évapore, laissant apparaître des couches de sel. Durant la saison chaude, la profondeur du lac est de 2 m, alors qu’en hiver, elle est de près de 7 m. « Ces couches de sel sont utilisées pour fabriquer des lampes. Ainsi, une nouvelle technique a vu le jour, et depuis, ces lampes font la par­ticularité de l’oasis », explique hadj Eissa, tout en ajoutant qu’il s’agit d’une des plus grandes richesses de Siwa. Quelques années après le lance­ment de son atelier, hadj Eissa a com­mencé à enseigner cet artisanat typi­quement siwi. On compte aujourd’hui 6 ateliers de fabrication de lampes de sel à Siwa.

Siwa et ses lampes magiques
Aujourd’hui, les lampes de sel sont très répandues dans des magasins de décoration, les boutiques bio et de bien-être, dans les salles de yoga et dans les sites d’achats en ligne. (photo : Mohamad Abdou)

Tôt le matin, Ahmad et Ismaïl se rendent au lac avec d’autres ouvriers pour ramasser les blocs de sel brut, qu’ils chargent sur des camions. Une fois les blocs déchargés dans l’atelier, Ragueh et Addoul ont pour tâche de les tailler et de les sculpter. Vient ensuite le tour des jeunes filles, qui font un tra­vail un peu moins ardu. Farha s’occupe d’électrifier les lampes. Quant à Fattouma, elle est chargée d’assembler les composantes. Une autre jeune fille grave un numéro de série sur toutes les lampes fabriquées, pendant qu’un arti­san teste leur fonctionnement. « Nous utilisons les mêmes normes qu’une usine étrangère, et la qualité de nos produits est garantie », précise ce der­nier. Après avoir transité par une dizaine de personnes, les lampes de sel arrivent dans un carton beige portant l’inscription « Fabriqué à Siwa ».

Mohamad, 33 ans, fils de hadj Eissa, a décidé de perpétuer le métier de son père. Avant de se lancer dans la fabrica­tion des lampes de sel, Mohamad tra­vaillait comme menuisier. Il est titu­laire d’un diplôme industriel, section décoration. Il voit plusieurs points communs entre la menuiserie et la confection de lampes de sel. « La menuiserie est un métier dans lequel on taille et creuse le bois. C’est pareil pour les blocs de sel ». Et d’ajouter : « Si nous n’éprouvions pas une cer­taine passion pour ce que nous entre­prenons, nous n’arriverions pas à de si bons résultats ».

Au centre-ville de Siwa, à Shali plus précisément, plus de 50 magasins ven­dent des lampes de sel à des prix variant entre 80 et 300 L.E. Ils propo­sent une grande variété de modèles et accueillent de nombreux visiteurs venus spécialement pour acheter ces lampes à « énergie positive ».

Les bienfaits des lampes

Siwa et ses lampes magiques
(photo : Mohamad Abdou)

En effet, même si tout le monde ne de sel, c’est souvent ce qui encourage les clients à acheter ce produit « Made in Siwa ». « Il y a six mois, j’ai acheté cinq lampes de diverses dimensions. J’en ai placé deux dans mon bureau et les trois autres à la maison. L’air de mon bureau est à présent purifié de toutes les odeurs habituelles qui s’ac­cumulent dans les pièces fermées. L’autre caractéristique de ces lampes que j’apprécie énormément, c’est la lumière qu’elles dégagent. Je ne les ai pas éteintes depuis que je les ai ache­tées. Elles sont allumées 24 heures sur 24 et répandent de l’énergie posi­tive. Je suis convaincue de la qualité exceptionnelle des lampes de Siwa », confie Nada, une cliente fidèle. Quant à Salwa, elle utilise des lampes de sel depuis trois ans. Elle souffre de troubles d’équilibre. « Mon médecin m’a conseillé d’acheter plusieurs lampes. Depuis, j’en ai six dans ma chambre. Elles sont allumées du matin au soir », dit-elle.

Hadj Eissa explique : « Avoir une lampe à sel chez soi, c’est comme pas­ser une journée au bord de la mer ». Il ajoute : « La raison pour laquelle nous nous sentons mieux après avoir passé du temps sur la plage est la présence d'ions négatifs dans l’air. Les ions négatifs sont bénéfiques pour la santé ! Ce qui rend les lampes de sel si intéres­santes, c’est qu’elles produisent des ions négatifs et rendent l’air de notre intérieur identique à celui du bord de mer. Ces ions ont un effet calmant et atténuent le stress. En revanche, les ions positifs ont un impact négatif ! Nous recevons ces ions de différents équipements électroniques, tels que les téléviseurs, les micro-ondes, les ordi­nateurs, les téléphones portables, etc. ».

Des informations que hadj Eissa tient d’experts en la matière, qui sont habitués à visiter les lieux. Dr Heba Hassan, conseillère en matière d’éner­gie positive, confirme : « Dans des endroits tels que la plage, il peut y avoir jusqu’à 10 000 ions négatifs par cm3. En ville, les ions négatifs ne dépassent pas 100 ions par cm3. La différence est énorme ! ». Combiné à la chaleur de l’ampoule, le sel du lac Al-Maraqi produit les mêmes effets que le sel de mer avec la chaleur du soleil.

Les gens viennent de partout pour profiter des qualités curatives du lac salé d’Al-Maraqi, considéré comme l’un des lieux de guérison naturelle les plus puissants au monde, et ache­ter des lampes de sel. « Le sel blanc extrait du lac renferme 80 minéraux et oligo-éléments essentiels, ce qui est bénéfique pour notre organisme. Il est riche en magnésium, potassium, iode, calcium, fer, zinc, cuivre, chrome, fluor, lithium, phosphore, brome, alu­minium et cobalt. Sa structure cristal­line extrêmement fine rend ces élé­ments et minéraux facilement assimi­lables par l’organisme tout en déga­geant une énergie positive », explique Mohamad, fils de hadj Eissa.

Siwa et ses lampes magiques
Les lampes de sel ont des effets bénéfiques pour la santé. (photo : Mohamad Abdou)

La fabrication de lampes de sel a ainsi connu un essor au cours des der­nières années, après la prise de conscience accrue de leurs effets sur la santé. « Elles réduisent l’électricité statique dans l’air, purifient l’air, atténuent les symptômes de l’asthme et des allergies, aident à bien respirer, augmentent le niveau d’énergie et d’oxygène, aident à mieux dormir et réduisent les effets néfastes du stress », précise Dr Awad Al-Hennawy, généraliste.

Le Dr Ahmad Abdel-Fattah, égale­ment médecin, confirme : « Si vous vous sentez fatigué et que vous étouf­fez, c’est qu’il y a trop d’ions positifs dans l’air ! Cela peut même aller plus loin. Ces charges positives peuvent provoquer un manque de sommeil. Il est donc essentiel de neutraliser les ions positifs dans l’air que vous respi­rez », indique-t-il.

Et qu’en est-il de la durée de vie des lampes de sel ? Celle-ci est en prin­cipe longue, à condition de ne pas les utiliser dans une pièce humide comme la salle de bain, car le sel absorbe l’humidité. De plus, la lampe pourrait « fondre » sous l’effet de la vapeur d’eau. Pour la nettoyer, il est donc conseillé de l’essuyer délicatement avec un chiffon, afin de pouvoir pro­fiter de ses vertus le plus longtemps possible.

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