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A la recherche de l’orphelinat modèle

Manar Attiya, Mardi, 04 avril 2017

L'ONG Wataniya a lancé le Prix d’excellence 2017 Beit Al-Helm pour choisir le meilleur orphelinat en Egypte. Une initiative qui vise à lutter contre la violence dans ces institutions et à y créer un meilleur cadre de vie. Focus sur cette initiative à l’occasion de la Journée de l’orphelin.

A la recherche de l’orphelinat modèle
Le Prix Beit Al-Helm varie entre 5 000 et 20 000 L.E.

Beit al-helm (la maison du rêve), c’est le nom d’une initiative lancée par l’ONG Wataniya pour choisir le meilleur orphelinat en Egypte en 2017. Le rôle de Wataniya est de contrôler la qualité des services offerts dans les orphelinats égyptiens. En fait, cette ONG a obtenu en 2015 du Royaume-Uni un certificat professionnel intitulé « PEARSON », le premier au Proche-Orient, un certificat qui aide les orphelinats à se développer. L’objectif premier de cette ONG est de mettre fin à la violence dans les orphelinats. C’est pourquoi l’association a décidé d’agir en lançant une initiative au profit des orphelins égyptiens pour leur fournir de meilleures conditions de vie. L’idée est venue du Dr Azza Abdel-Hamid, fondatrice et responsable au sein de l’association Wataniya, après avoir vu une vidéo diffusée sur Youtube, montrant un directeur d’orphelinat en train de frapper à coups de bâton des enfants, car ces derniers avaient osé allumer la télévision ! Ce clip diffusé sur les chaînes satellites a secoué l’opinion publique et ouvert le dossier épineux de la maltraitance des enfants dans les orphelinats, longtemps passé sous silence.

« Malheureusement, nombreux sont ceux qui croient que pour bien éduquer un enfant, il faut recourir à la violence. Mais on oublie qu’un enfant a le droit de s’exprimer librement pour forger sa personnalité et son identité », explique Dr Azza Abdel-Hamid. L’objectif du prix Beit Al-Helm est de sensibiliser les gens à ne pas recourir à la violence, mais plutôt à mettre en valeur les expériences réussies de différentes associations qui contribuent au bien-être et à l’épanouissement des enfants dans les orphelinats. C’est-à-dire améliorer leurs conditions de vie tout en les aidant à se prendre en charge par le biais de différents projets sociaux au sein de leur communauté. « La violence a toujours existé dans les orphelinats. On considère cela comme une méthode d’éducation », confie Nahla Al-Nemr, 31 ans, coordinatrice du Prix Beit Al-Helm, sachant de quoi elle parle. En fait, Nahla a été élevée dans un orphelinat au quartier de Sayéda Aïcha, au sein duquel elle a travaillé en tant que surveillante. Elle se souvient de ces « raclées » qu’elle recevait des surveillantes à cause d’une mauvaise note ou un ordre non exécuté. « Lorsque j’ai atteint l’âge de la puberté, mon côté rebelle a commencé à émerger. J’ai développé alors le sens de la résistance face aux violences », déclare la jeune fille.

Un geste pour encourager

Pour encourager les 450 orphelinats d’Egypte (figurant sur la liste du ministère de la Solidarité sociale) qui accueillent environ 12 000 enfants, l’ONG Wataniya a lancé un appel à participer à ce concours qui décerne des prix variant entre 20 000 L.E. et 5 000 L.E., un certificat d’excellence ainsi qu’un trophée aux différents orphelinats et ONG qui auront la chance de gagner le prix. « Un don de 200 000 L.E. a été versé pour cet objectif, par la Fondation suisse Drosos (dont la mission est de permettre aux personnes en situation précaire de vivre dans la dignité) et la chaîne MBC », précise Imane Abbas, coordinatrice du projet, tout en ajoutant que Wataniya contribue aussi avec une somme de 60 000 L.E. pour financer les stages spécialisés, les ateliers, les cours et les séminaires consacrés aux personnels qui travaillent dans ces institutions (directeurs, coordinateurs, mères de substitution, psychologues, sociologues, nourrices ...). « L’objectif de ces stages et formations est d’améliorer les aptitudes professionnelles du personnel travaillant dans ce genre d’institutions et leur donner le maximum d’informations sur ces enfants et leurs besoins », ajoute Imane Abbas.

En fait, ce n’est pas la première fois que l’association Wataniya lance une telle initiative. En 2016, 35 orphelinats ont participé au concours Beit Al-Helm et 4 ont remporté le Prix d’excellence (voir encadré). Pour l’année 2017, le nombre de participants a augmenté pour atteindre les 50.

Chaque orphelinat a le droit de présenter sa candidature sur les pages Web consacrées à ce concours : http://www.wat aneya.org, par e-mail sur [email protected] ou l’adresse postale 3, rue Al-Birouni, situé à quelques mètres du palais du Baron Empain, à Héliopolis. Toutes ces institutions seront mises à l’épreuve jusqu’en novembre 2017, date de remise des prix. Le dernier délai d’inscription et de dépôt des dossiers était le 28 février.

Des critères stricts

Pour gagner le Prix Beit Al-Helm, qui sera remis au mois d’octobre 2017, plusieurs critères sont exigés. « L’orphelinat doit être situé loin des usines, des prisons et des décharges publiques pour permettre aux enfants d’avoir un mode de vie sain et écologique. Chaque orphelinat doit être muni d’extincteurs pour protéger les enfants en cas d’incendie. L’association doit être située au centre-ville, proche des moyens de transport pour que les parents, les mères de substitution et les enseignants puissent s’y rendre facilement. L’orphelinat ne doit pas être trop spacieux pour faciliter la communication entre les enfants, ni trop étroit pour que l’enfant ait un minimum de vie privée. Les directeurs, les mères de substitution et les membres d’administration doivent détenir des diplômes en psychologie pour être aptes à comprendre la psychologie de l’enfant, suivre son évolution psychique, sociale et son éducation. Tels sont les standards internationaux pour protéger les enfants », affirme Nahla Al-Nemr. Et pour s’assurer que chaque association applique tous ces critères, une équipe composée de 5 professionnels volontaires a pour mission de visiter les différents orphelinats et ONG. Leur rôle est de vérifier si les associations suivent ces normes. « Toute association portée sur la liste du ministère de la Solidarité sociale peut participer à ce concours sauf celles qui travaillent avec les personnes handicapées ou les enfants de la rue », explique Yasmine Al-Hagry, organisatrice du Prix Beit Al-Helm. Dans l’attente des résultats du concours, les orphelinats du Caire sont mobilisés et en état d’alerte.

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