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L'un des rares rescapés du bombardier TU-16

Lundi, 08 août 2016

Survivre à une mort quasi certaine, une expérience rare qui marque à jamais. Naufrage, panne en plein désert, crash aérien : Trois rescapés racontent leur combat pour la vie.

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Le 1er septembre 1975 restera à jamais gravé dans la mémoire de Adel Al-Fiky. Une nouvelle naissance après avoir sauté de l'avion. (Photo : Mohamad Abdou)

« Quand l’avion a commencé à piquer du nez, j’ai littérale­ment vu la mort ». C’est ce que raconte Adel Al-Fiky, ancien aviateur aux forces aériennes égyp­tiennes et survivant d’un crash d’un bombardier TU-16. Pourtant, ce n’était pas la première fois que ce pilote, qui a participé à la guerre de 1973, frôle la mort. Pourtant, cette expérience lui a permis d’apprivoi­ser la mort et de voir la vie différem­ment. Il a compris que quelques secondes suffisaient pour changer le destin d’un homme. « Lors d’un accident pareil plus que dans n’im­porte quel autre moment, chaque fraction de seconde vaut son pesant d’or », déclare Al-Fiky, aujourd’hui âgé de 66 ans.

Pourtant, l’incident remonte au 1er septembre 1975. Il avait à peine 25 ans. « On était en train de survoler la région d’Assiout à destination de l’aéroport de Minya, lorsqu’on a compris qu’il y avait un incendie à bord de l’avion », relate Al-Fiky dont le nom figure sur le site www.ejection-history.org.uk, comme étant l’une des rares personnes dans l’his­toire de l’aviation à avoir survécu à un accident de bombardier, alors que tout le reste de l’équipage a trouvé la mort.

Mais l’expérience a laissé ses traces : seul survivant de l’incident, il est resté longtemps hanté par le souvenir. A chaque fois qu’il montait à bord d’un avion, il réentendait le bruit de cette explosion. Adel est resté longtemps avant de supporter le bruit du moteur d’un avion. Et il a fallu qu’un de ses collègues lui force la main pour remonter à bord d’un avion et sortir de ce cauchemar.

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« On a actionné les trains d’atter­rissage car le réservoir de kérosène avait pris feu. J’étais complètement effrayé par la scène. L’incendie s’était répandu sur une surface de 10 mètres ressemblant à un immeuble en feu traînant sous l’avion », pour­suit Al-Fiky qui, à l’époque, était copilote. Dans cet avion, six per­sonnes faisaient partie de l’équi­page. Soudain, le bruit d’une explo­sion s’est fait entendre, puis la radio s’est arrêtée de fonctionner. « Le cockpit était noir de fumée et on ne pouvait plus respirer. Aucune com­munication n’était possible entre les membres de l’équipage et la tour de contrôle. Chacun de nous devait alors agir et faire face à ce destin inconnu. Le droit à l’hésitation dans une telle situation n’étant pas per­mis. Il fallait sauter de l’avion rapi­dement. Contrairement aux autres appareils de combat, sortir d’un bombardier TU-16 est difficile. Cette procédure se fait sur quatre phases (les autres en une seule étape) qui ne doivent durer que quelques secondes. Ces quelques minutes m’ont paru une éternité », dit-il. Et d’ajouter : « J’ai reculé mon siège pour être en position de saut, en tenant vigoureusement la manette de contrôle, ensuite, j’ai appuyé sur un bouton pour ouvrir le haut de l’appareil. J’avais les mains qui tremblaient et j’étais tout en sueur. Le bruit de l’explosion m’avait assourdi et la flamme qui s’échappait de l’avion m’a glacé de peur ». Il revoit encore les visages de ses compagnons d’infortune à qui il avait donné des ordres pour sauver leur vie. « Il fallait tenter le tout pour le tout », poursuit Al-Fiky. Sans trop réfléchir, il actionne son siège pour rompre tout contact avec l’avion. Avant l’ouverture de son parachute, une autre explosion reten­tit à l’aile droite de l’appareil puis une troisième du côté gauche. L’avion était devenu incontrôlable. Alors que Adel s’apprêtait à atterrir avec son parachute, les fils de ce dernier se sont entremêlés autour de ses pieds. Il lui a fallu alors garder son sang-froid pour ne pas paniquer. Une situation compliquée alors qu’il approchait de la terre ferme. L’esprit du combattant a donc repris le des­sus. « J’ai commencé à dénouer les fils enchevêtrés. Ce qui m’a pris beaucoup de temps. Concentré sur ce problème, je n’ai plus tendu l’oreille au bruit de l’engin en explo­sion. Sinon, j’aurais été pris par le désespoir et j’aurais perdu la vie », raconte Adel qui a eu recours en ce moment critique à tous les tuyaux fournis lors d’un stage de parachu­tisme. « Le temps qui me restait devait être exploité à bon escient. J’ai dû déployer de grands efforts pour atterrir sur une terre boueuse et faire en sorte que ce soit le moins violent possible », dit-il. Ce jour-là, ce sont des paysans qui récoltaient le blé qui l’ont accueilli avec des cris de joie, et surtout de stupeur. Entre ces épis de blé, il renaissait de nou­veau.

48 heures passées en pleine mer

48 heures passées en pleine mer
Israa Ibrahim est l'une des rescapés qui a survécu au naufrage du ferry Al-Salam qui a fait plus de 1 400 morts en 2006. (Photo : Tariq Hussein)

C’est sous un froid de canard, une mer tumultueuse et la peur d’être attaquée par des requins qu’Israa Ibrahim, une jeune étudiante de 20 ans, a survécu à la mort. Les cris des victimes résonnent encore dans ses oreilles. Elle ne peut pas oublier cette date du 1er février 2006, lorsque le ferry Al-Salam a fait naufrage en pleine mer Rouge. « J’ai regardé à plusieurs reprises le film Titanic qui évoque ce drame datant de 1912 sans imaginer qu’un jour, j’allais vivre une expérience simi­laire », dit-elle.

A première vue, on a l’impression d’avoir affaire à une fille singulière ayant atteint préco­cement l’âge de la maturité. Une voix douce et posée et un sourire timide dissimulent un regard plutôt triste. Dix ans se sont écoulés depuis ce naufrage. Un dicton égyptien disant : « Donne-moi la vie et jette-moi dans la mer » est devenu une réalité pour elle. « Je ne savais pas nager. Pourtant, j’ai réussi à le faire, à garder mon sang-froid. Le bon Dieu m’a envoyé tous les moyens pour sauver ma vie », dit-elle. Les sou­venirs défilent dans sa tête.

Elle se rappelle ce jour où elle revenait de Djeddah après avoir rendu visite à ses parents, lors des vacances de la mi-année. Elle était accompagnée d’une cousine et d’un ami à son frère. « Le bateau avait quitté le port à 20h. Je suis rentrée dans la cabine pour dormir. Vers 22h, quelqu’un a frappé à la porte et nous a dit de monter immédiatement sur le pont car il y avait un incendie à bord. L’ami de mon frère m’a remis un gilet de sauvetage, pensant que cela pourrait me réchauffer. Jusqu’à cet ins­tant, l’idée que le bateau était en train de couler ne m’avait pas encore effleuré l’es­prit », poursuit Israa.

La dernière chose qu’elle se rappelle encore avant d’avoir sauté, ce sont les paroles d’un membre de l’équipage qui lui demandait de gonfler son gilet. « Puis, j’ai commencé à dévaler l’échelle de coupée, puis un homme m’a jetée à la mer car le ferry commençait à faire naufrage. Je me suis retrouvée en train de barboter dans l’eau, au coeur des vagues qui me frappaient dans tous les sens … L’homme qui m’avait poussée avait disparu et je me suis retrouvée seule dans le noir. J’entendais les cris de secours des passagers … puis l’eau m’a emportée bien loin ».

48 heures passées en pleine mer
Israa Ibrahim est l'une des rescapés qui a survécu au naufrage du ferry Al-Salam qui a fait plus de 1 400 morts en 2006.

De longs instants au milieu des flots où elle ne pensait qu’à rester en vie. Elle a pris appui sur une planche en bois qui flottait, l'un des débris du ferry qui faisait naufrage. « Je m'y suis agrippée, je ne pouvais plus la lâcher. Il fallait résister face aux vagues qui se jetaient sur moi. A chaque fois que l’une d’elles me recouvrait le corps, j’avais l’impression que j’allais mourir. Le lendemain, quatre survi­vants sont venus s’agripper à cette même planche. Hélas, l’un d’eux a été emporté par les vagues. On avait retrouvé son corps flottant à la surface de l’eau. Un membre de l’équi­page qui était avec nous a totalement perdu la boussole. Il est entré dans une crise d’hysté­rie », poursuit Israa. « En pleine mer, Dieu m’a aidée. J’ai trouvé des fruits qui flottaient sur l’eau. Je les ai mangés pour pouvoir vomir et vider mon estomac de l’eau salée que j’avais ingurgitée. J’ai trouvé aussi une bouteille rem­plie d’eau douce de Zamzam, qu’un pèlerin avait ramenée avec lui. Je l’ai attachée aux cordes de mon gilet de sauvetage », ajoute-t-elle. A aucun moment Israa n’a oublié de réci­ter les versets du Coran. Cette nuit-là a été la plus longue de toute son existence. Un jeudi noir ? On ne peut pas dire mieux. Le lende­main, à l’aube, une belle surprise l’attendait. « Quand le jour s’est levé, j’ai aperçu un groupe de rescapés accrochés à ce qui res­semble à un zodiac. J’ai nagé tant que j’ai pu pour les rejoindre. Un véritable exploit pour moi, car j’avais réussi à parcourir à la nage une distance de plus d’un kilomètre dans une mer agitée. J’étais complètement épuisée ». Elle se tait un instant puis reprend : « C’était un zodiac, mais les pauvres rescapés ne parve­naient pas à le gonfler pour pouvoir sauter à bord. Face à cette lueur d’espoir, le membre de l’équipage qui était dans un état hystérique a retrouvé la raison et a commencé à réagir comme il se doit. Il m’a arraché la bouteille d’eau, l’a vidée et a commencé à dégager l’eau contenue dans le zodiac. J’avais l’im­pression d’avoir perdu quelque chose de pré­cieux, alors que j’avais tout fait pour conser­ver cette bouteille d’eau », conclut Israa qui a échappé à la mort après avoir passé 48 heures dans l’eau.

La passion du désert malgré tout

La passion du désert malgré tout
Amr Shannon a dû faire face à la mort dans le désert surmontant la soif, la chaleur et la mort.

« Si le destin vous a offert l’occasion d’échapper à la mort, il faut savoir com­ment la mériter », résume Amr Shannon, artiste de 67 ans. Cela s’est passé en 1989 lors de la grande compétition du Rallye des Pharaons qui avait duré 11 jours. Son véhicule était tombé en panne suite à un problème de radiateur. « On a dû utiliser toutes les réserves d’eau que l’on avait à bord du véhicule pour refroidir le moteur. Mais à 60 km de la ville d’Hurghada, on ne pouvait plus avancer. On était alors devant deux choix difficiles : continuer le trajet à pied, ce qui aurait été impossible, ou attendre l’arrivée des secours. On a opté pour la seconde solution. Une façon de faciliter la tâche à l’avion qui vien­drait nous sauver la vie, car il aurait été plus facile de nous localiser. Si on avait choisi la première solution, c’est-à-dire marcher dans ce désert tellement étendu, les secouristes auraient eu du mal à nous retrou­ver », poursuit Shannon, en ajoutant qu’il a fallu lutter contre la mort car à cette époque, les téléphones portables et les GPS n’étaient pas à la portée de tout le monde. Sous une température dépassant les 40 degrés, le guide et l’automobiliste ont dû résister à la soif. « C’était difficile de convaincre mon coéquipier de garder son urine pour ne pas mourir de soif. Il a fallu de longues heures de négociations pour le convaincre de le faire. Le deuxième jour, il a dû se résigner, sinon c’était la mort pour lui », raconte Amr.

Dès la première journée, il s’est mis à communiquer avec son copain par la gestuelle pour ne pas gaspiller son énergie et amplifier ce sentiment de soif. Une soif qui le perturbait même dans ses rêves. « A chaque fois que je m’endormais, je rêvais d’être arrivé à Hurghada où je ne trouvais pas une seule goutte d’eau », poursuit l’aven­turier qui ne parvenait plus à fermer l’oeil malgré la grande fatigue. « Sous cette chaleur épouvantable, le seul coin où il y avait de l’ombre était sous le véhicule, on s’y est réfugié tous les deux. Les courants d’air chauds nous brûlaient le corps », dit Shannon, qui a décidé de ne pas se laisser aller au désespoir. Or, les mesures prises pour apaiser leur soif ou rassasier leur faim n’ont pas été les seuls soucis afin de sortir de ce traquenard. Ils ont dû imbiber leurs vêtements d’essence et les faire flamber pour attirer l’atten­tion des secouristes dans ce vaste désert. « Le troisième jour, vers minuit, on a entendu le bruissement d’une voiture qui roulait dans le désert. On s’est alors empressé d’al­lumer les phares de la voiture et on a actionné son klaxon. Le véhicule inconnu s’est approché de nous puis soudain, s’est lancé à une vive allure, s’éloignant de nous », explique Shannon qui, plus tard, a appris que c’étaient des trafiquants de drogue qui, effrayés par leur présence, se sont enfuis craignant avoir affaire à la police. « Le destin nous a offert une autre chance de survie. Un respon­sable des secours nous avait raconté qu’il lui est arrivé de tom­ber sur des cadavres, des per­sonnes tuées par des trafiquants, car ils avaient découvert leur che­min secret », Témoigne Amr Shannon. « Après le passage de ce véhicule, on s’est dit qu’il existait sûrement une route aux alentours. On a commencé par tracer un nou­veau chemin à l’aide de cailloux, tout en reliant l’endroit où l’on se trouvait avec celui à travers lequel ce véhicule s’est dirigé. J’ai étalé mon sac de couchage à une dis­tance d’un km espérant qu’une autre voiture passerait par-là », poursuit Shannon.

La passion du désert malgré tout

Au bout du quatrième jour, les deux coéquipiers ont commencé à désespérer. « Je sentais que j’allais m’évanouir, je commençais réelle­ment à perdre toutes mes forces. J’ai rédigé un message à mes parents leur faisant savoir que je suis mort sans avoir souffert, un moyen pour apaiser leur chagrin. Je me suis allongé dans un coin humide et introduit ma main dans le sable dans l’espoir qu’un serpent ou un scorpion me mordrait pour mettre fin à mon existence. Je voulais mourir dans la dignité. J’avais entendu lors de mes esca­pades dans le désert que les gens qui s’égaraient tombaient souvent dans un état de dépression à cause de la soif et qui peut mener à la folie. Je ne voulais pas atteindre cet état d’hysté­rie », explique Shannon, le rescapé qui n’a pas hésité, quelque temps après avoir été secouru, à se rendre à nouveau dans le désert Gharbiya, situé à l’autre bout de l’Egypte, et ce, pour découvrir de nouveaux circuits qu’il souhaiterait parcourir. La pénible expérience qu’il a vécue n’a pas détruit sa volonté mais a renforcé en lui ce goût de l’aven­ture, l’amour du désert qui est sa grande passion.

Réapprendre à vivre

Réapprendre à vivre

« Pourquoi suis-je encore en vie alors que les autres sont morts ? Pourquoi n’ai-je pas aidé ces gens ? Pourquoi cette femme enceinte a-t-elle été piétinée ? Pourquoi a-t-on tiré sur ces gamins, qui étaient à la fleur de l’âge ? … On se dit alors qu’on n’a pas le droit de vivre à leur place ». Ce sont les sentiments de Pierre, l’un des rescapés du Bataclan, le théâtre parisien cible d’un attentat terroriste en novembre 2015.

En effet, un sentiment de culpabilité hante souvent les rescapés suite à de graves acci­dents, catastrophes ou désastres naturels. Un mal-être que ressentent souvent les miraculés qui ont toujours ce sentiment de n’avoir rien pu faire pour sauver les autres. C’est ce que les médecins psychologues appellent « le syn­drome du survivant ». Une sorte de trouble psychique qui survient après avoir vécu un drame. « Se sentir coupable parce qu’on est resté en vie est une forme de culpabilité. Ces rescapés pensent qu’ils auraient dû faire de leur mieux pour sauver la vie des autres », note le psychiatre Nabil Al-Qot, qui a écrit une série d’articles journalistiques abordant ce sujet. Une dette envers la vie ? Peut-être, comme l’estime Al-Qot. « Pour échapper à la mort, ces survivants ont dû parfois se cacher sous des cadavres. Les images atroces défilent dans leurs têtes de jour comme de nuit et sous forme de cauchemar », poursuit Al-Qot, tout en ajou­tant que ce sentiment de culpabilité est réel chez l’homme. « Il arrive que le survivant souffre de dépression, se sent coupable d’être en vie, et il ne parvient plus à se projeter dans des choses positives ». Le traitement ? Ces rescapés doivent comprendre qu’ils sont des victimes même s’ils sont encore en vie.

Bien qu’il soit impossible de généraliser, de tels symptômes de troubles psychiques pour­raient perturber l’esprit de ces rescapés. « Des cauchemars, des crises d’angoisse, des peurs inexpliquées, une frayeur à chaque bruit qu’ils peuvent entendre peuvent évoquer ce drame », ajoute Al-Qot, qui a eu l’occasion de suivre de près l’état de deux personnes qui ont survécu à un coma : l'un ayant reçu une balle dans la tête, l’autre étant victime d’un acci­dent de voiture. « Les deux cas sont différents et dépendent des conséquences de l’accident et de sa gravité. Il arrive parfois que ces sur­vivants soient déconnectés de la vie pendant plusieurs mois. Ils ont besoin d’aide pour reprendre une vie normale et s’intégrer à nouveau dans la société », explique le Dr Al-Qot, qui compare ce type de trouble à un virus qui pourrait frapper le software d’un ordinateur. « Pour réparer cette panne, on a besoin de réhabiliter l’ordinateur. Souvent dans leur quête de réhabilitation, ces per­sonnes optent pour des choix plus exotiques. Le premier qui a subi une intervention déli­cate dans la tête a choisi, malgré son état de santé, de devenir footballeur, alors que le second a quitté sa famille pour s’installer au bord de la mer dans une région éloignée. Bien que les deux réactions de ces rescapés aient semblé bizarres pour leurs proches, c’était la seule façon pour eux de pouvoir récupérer. Chacun voulait sortir de son cauchemar mais à sa manière », précise Al-Qot, en ajoutant que souvent, les survivants souffrent de troubles post-traumatiques que l’on doit trai­ter avant que le concerné ne tombe dans la dépression.

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