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La Côte d’Ivoire en extase  !

Karim Farouk, Mardi, 10 février 2015

C'est la fin de la traversée du désert pour la Côte d'Ivoire. Elle vient de remporter sa 2e Coupe d’Afrique des Nations en battant le Ghana, concrétisant ainsi plusieurs années de longs et difficiles efforts.

Côte d’Ivoire
(Photo : Reuters)

Il aura fallu 23 ans, précédés de 120 minutes de jeu acharnées suivies d’une session haletante de tirs au but pour que la Côte d’Ivoire remporte enfin sa 2e Coupe d’Afrique des Nations. Au stade de Bata, en Guinée équatoriale, c’est comme si les cieux avaient enfin été cléments lors de la soirée du dimanche 8 février. 0-0 après prolongations, les deux finalistes— Côte d’Ivoire et Ghana— ont dû recourir aux tirs au but dans un scénario rencontré lors de leur finale en 1992.

Les Eléphants ont complètement raté leur début de session en manquant les deux premiers tirs, laissant poindre un nouveau vent de désespoir. Mais le Ghana a ensuite lui aussi trébuché. Le gardien Boubacar Bary, qui jouait son premier match de la compétition, a été en mesure de bloquer le tir de son homologue Razak Brahim, avant de concrétiser le sien pour l’emporter 9-8 et lancer tout un pays dans l’extase. « A 2-0 aux tirs au but, je me disais que l’Histoire allait se répéter, mais on y a cru jusqu’au bout. Juste avant que Copa ne frappe le penalty, j’ai dit: un gardien qui a travaillé avec Jean-Marc Guillou est capable de tirer … », a indiqué l’entraîneur français Hervé Renard, en charge depuis juillet dernier seulement, après le match.

Les Ivoiriens ont mis fin à une disette depuis leur premier et unique titre en 1992, mais ont aussi vaincu leurs démons. En 2006, ils se sont inclinés face à l’Egypte avant de subir le même sort en 2012 face à la Zambie qui était alors entraînée par Renard en personne. Ils ont même enregistré un record en ayant disputé 4 finales de cette compétition, 480 minutes de jeux, sans avoir marqué ni concédé de buts dans le temps réglementaire. « En huit ans, je suis tombé deux fois en finale (2006 et 2012). C’est dur... Les tirs au but? C’est ce que je déteste le plus au monde, mais ça a été super », a dit le capitaine Yaya Touré.

Parcours difficile

Renard souligne l’importance du caractère de son équipe qui s’est illustrée lors de la finale mais aussi tout au long du trajet. « On a toujours gardé le cadre, on peut perdre quelques fois, mais l’important c’est de rebondir et ne jamais lâcher. Contre le Cameroun, j’ai senti qu’on pouvait gagner ce tournoi. On était dans un groupe très difficile, les joueurs ont fait ce qu’on n’imaginait pas », a-t-il expliqué. Placée dans le groupe de la mort aux côtés du Cameroun, la Guinée et le Mali, la bande de Touré, Wilfried Bony et Gervinho, s’est qualifiée en tant que tête du groupe, et ceci après avoir éliminé les Lions Indomptables perçus comme l’un des grands favoris du titre de cette année. En quarts de finale, ils se sont trouvés face à l’Algérie, la meilleure sélection africaine en Coupe du monde 2014 qui a été la seule à franchir le premier tour avant de s’incliner (2-1) de justesse au Brésil face à l’Allemagne, futur champion du monde.

Les Ivoiriens se sont montrés au-dessus de la concurrence pour remporter le duel 3-1 et se hisser en demi-finales. Face à la RD Congo, qui a été la grande surprise de ce tournoi en décrochant la médaille de bronze, les Ivoiriens ont fait preuve d’expérience pour contenir la montée de leurs rivaux et se trouver en quatrième finale après une victoire 3-1. Le record est détenu par les Black Stars ghanéens qui ont joué leur 9e finale de cette compétition pour espérer décrocher un 5e titre et se rapprocher des 7 titres du leader égyptien. Des rêves partis en fumée face au rempart Bary, devenu un héros national en Côte d’Ivoire.

Effet Renard

La Côte d’Ivoire version 2015 n’est sûrement pas la plus belle équipe de cette nation qui a produit d’excellents joueurs tout au long de la dernière décennie, avec Drogba, Zokora, Dindane, Kalou, Boka, Eboue... Cette génération dorée n’a essuyé que des déceptions, alors que cette palette de joueurs était perçue comme l’une des plus puissantes de l’histoire d’Afrique. Renard (46 ans), ce jeune technicien superstitieux avec son éternelle chemise blanche porte-bonheur a eu de la chance, mais aussi la discipline. « La Côte d’Ivoire a changé sa façon de jouer, Hervé Renard est suffisamment intelligent pour remarquer que son équipe était trop glamour. Il a mis trois défenseurs dans l’axe, et au lieu de jouer la conservation du ballon, ils jouent derrière et en contre-attaque, ils sont beaucoup plus efficaces », estime, tout en louanges, l’entraîneur de la RD Congo, Florent Ibenge.

Le technicien français a fait preuve de réalisme, étant conscient que le jeu esthétique n’apporte pas forcément de titres. Ainsi, il a sacrifié les individualités de son équipe au profit du collectif. D’abord, il a changé le système de jeu, passant d’un 4-3-3 offensif à un 3-4-2-1 beaucoup plus conservateur, avec 3 défenseurs dans l’axe en plus de deux latéraux pour assurer ses zones dangereuses. Les Ivoiriens ne se lancent maintenant plus à l’attaque laissant une défense aérée, mais reposent désormais sur un solide dispositif défensif pour ensuite développer le jeu. Au niveau du personnel, Renard a équilibré sa formation entre grandes individualités, telles que le flamboyant Gervinho, Wilfried Bony, le plus cher joueur de l’histoire d’Afrique, et Yaya Touré, 4 fois meilleur joueur africain, et des éléments travailleurs tels que Geoffrey Serey Di, Max Gradel, Siaka Tiene, laissant sur la touche des éléments de gros calibres tels que Salomon Kalou, Seydou Doumbia, Cheikh Tiote et Lacina Traore. « Nous devons féliciter le manager qui a fait un grand travail, on a eu des critiques souvent agressives. Le coach nous a dit de laisser nos étoiles dans la chambre. On est resté là un mois, et ça a été dur, le manager m’a rendu parfois les choses difficiles, mais il est fantastique », ajoute Touré. Cette performance de Renard a inscrit son nom en lettres d’or dans les registres du football africain: il est le premier technicien à remporter le titre avec 2 équipes, à savoir la Zambie en 2012 et la Côte d’Ivoire en 2015.

Reste toutefois un regret pour les Ivoiriens: « J’aurai tellement aimé avoir Drogba avec nous lors de ce sacre. C’est un joueur légendaire qui a tout donné pour son pays pendant de longues années et il méritait de cueillir les fruits de ses efforts. Je lui dédie cette Coupe », dit Bony, le successeur légitime, faisant honneur à son idole.

Prix de la CAN 2015

Meilleur joueur : Christian Atsu (Ghana)

Meilleur but : Christian Atsu contre la Guinée en demi-finales

Meilleurs buteurs : Ahmad Akaichi (Tunisie), André Ayew (Ghana), Diemerci Mbokani (RD Congo), Javier Balboa (Guinée Equatoriale), Thievy Biffouma (Congo), tous 3 buts

Equipe fair-play : DR Congo

Joueur fair-play : Kwesi Appiah (Ghana)

Quelques chiffres :

La Côte d’Ivoire est devenue la première équipe à disputer quatre finales sans avoir marqué ni concédé de buts en 1992 contre le Ghana, en 2006 contre l’Egypte, en 2012 contre la Zambie et 2015 contre le Ghana.

Le technicien français Hervé Renard est le premier entraîneur à remporter la CAN avec deux sélections: la Zambie en 2012 et la Côte d’Ivoire en 2015.

Le Ghana a enregistré un nouveau record en disputant sa neuvième finale de l’histoire battant l’ancien record enregistré au nom de l’Egypte (8 finales).

La CAN 2015 a témoigné du troisième cas de tirage au sort entre deux équipes lorsque la Guinée s’est qualifiée aux quarts de finale aux dépens du Mali après avoir terminé à égalité de points (3 points) lors de la phase de poule. Le premier cas remonte à 1972 lorsque le Congo s’était qualifié aux dépens du Maroc, et le deuxième en 1988 lorsque l’Algérie a été favorisée face à la Côte d’Ivoire l

Palmarès CAN

2015 : Côte d’Ivoire

2013 : Nigeria

2012 : Zambie

2010 : Egypte

2008 : Egypte

2006 : Egypte

2004 : Tunisie

2002 : Cameroun

2000 : Cameroun

1998 : Egypte

1996 : Afrique du Sud

1994 : Nigeria

1992 : Côte d’Ivoire

1990 : Algérie

1988 : Cameroun

1986 : Egypte

1984 : Cameroun

1982 : Ghana

1980 : Nigeria

1978 : Ghana

1976 : Maroc

1974 : Zaïre

1972 : Congo

1970 : Soudan

1968 : RD Congo

1965 : Ghana

1963 : Ghana

1962 : Ethiopie

1959 : Egypte

1957 : Egypte

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