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Samar Hamza : J’espère que la lutte féminine s’imposera comme une discipline phare en Egypte

Propos recueillis par Marianne Youssef, Lundi, 25 octobre 2021

La lutteuse Samar Hamza a fait une première dans l’histoire de la lutte féminine égyptienne en remportant le bronze aux Championnats du monde qui se sont achevés la semaine dernière en Norvège. Entretien.

Samar Hamza

Al-Ahram Hebdo : Vous avez remporté une médaille de bronze aux Championnats du monde de lutte qui se sont achevés la semaine dernière en Norvège. Que représente cet exploit pour vous ?

Samar Hamza: Il s’agit de la première médaille féminine égyptienne raflée dans un championnat du monde. Je suis la première lutteuse égyptienne à remporter ce trophée. En fait, cette médaille est très précieuse du fait qu’elle est survenue à la suite de ma décision de ne plus poursuivre ma carrière après ma défaite aux Jeux Olympiques (JO) de Tokyo face à la Russe Natalia Vorobyeva aux 16es de finale. Je suis également très fière de cet exploit qui vient après la dure période de déception que j’ai dû endurer. Cependant, toute ma famille, mon entraîneur, mes amis et même toutes les plateformes des réseaux sociaux m’ont soutenue pour revenir sur ma décision et poursuivre l’entraînement. Cette médaille m’a donné une détermination de poursuivre ma carrière afin de mettre la lutte égyptienne sur la carte du monde. Je suis satisfaite de cet exploit et je ferai de mon mieux pour réaliser plus d’exploits pour la lutte féminine.

— Qu’en est-il de cette période de déception ?

— Je veux d’abord noter que ma défaite à Tokyo était un vrai choc pour moi, surtout qu’elle est venue à la suite d’un grand exploit que j’ai réalisé pour la lutte féminine égyptienne en raflant une médaille d’argent au tournoi international d’Italie intitulé Ranking Series. C’est un tournoi qui regroupe les meilleurs lutteurs et lutteuses du monde, et grâce à cette victoire, je me suis classée 2e dans le classement mondial. A Tokyo, j’avais la certitude de remporter une médaille olympique pour la lutte égyptienne. La déception était si forte que j’ai failli mettre fin à ma carrière. J’ai même posté sur les réseaux sociaux ma décision qui a été mal accueillie par tout le monde. Mais l’encouragement et le soutien que j’ai reçus de la part de mon entraîneur, de mes amis et de mes fans m’ont incitée à revenir sur cette décision et à poursuivre ma carrière. Je suis reconnaissante à tous ceux qui ont été à mes côtés pendant cette période difficile qui m’a appris que la défaite n’est forcément pas une fin mais le début du chemin de réussite.

— Pouvez-vous nous donner un aperçu de votre parcours aux Championnats du monde de Norvège ?

— La concurrence était très rude, car toutes les lutteuses sont des championnes internationales et olympiques. J’ai fait un parcours réussi. J’ai atteint les quarts de finale en battant Elmira Syzdykova, la lutteuse du Kazakhstan et médaillée de bronze aux JO de Tokyo, sur le score de 3 à 2. Ce match était très fort, car Elmira est une lutteuse à craindre. Elle possède un palmarès très riche et le fait de gagner un match contre elle m’a beaucoup encouragée pour le reste de la compétition. J’ai ensuite perdu les demi-finales face à la lutteuse américaine Adeline Gray sur le score de 1 à 11. Mais j’ai joué un match de repêchage et j’ai pu battre la joueuse japonaise Yasuha Matsuyuki sur le score de 4 à 2. J’ai remporté ma médaille de bronze en battant la lutteuse indienne Kiran Bishnoi sur le score de 2 à 1.

— Vous êtes parvenue à vous distinguer dans une discipline associée plutôt aux hommes …

— Au début, ce n’était pas facile du tout, surtout que le style de jeu est un peu violent. C’est certain qu’il y avait des préjugés envers la pratique de ce sport, mais je voulais devenir un modèle pour toutes les jeunes filles qui veulent pratiquer ce sport mais qui ont des craintes. J’ai négligé toutes les critiques qui entourent la pratique féminine de ce sport considéré comme un sport de combat masculin. Mais j’avais une volonté de fer qui m’a aidée à mettre de côté tous ces préjugés. Pour poursuivre dans cette discipline, il faut beaucoup de courage, car les entraînements sont très rudes. C’est le fruit de longues années de travail et de persévérance. Depuis que je me suis mise à pratiquer à l’âge de 16 ans, je m’assume totalement dans ce sport qui exige non seulement une puissance physique et musculaire mais aussi une volonté de fer. C’est un sport très difficile et la plupart des lutteuses abandonnent très tôt.

— Quelles sont vos plus importantes médailles ?

— J’ai commencé à me confirmer en 2016 et mes succès se sont enchaînés. En 2016, j’ai glané une médaille d’or aux Championnats d’Afrique. Aux JO de Rio en 2016, j’ai créé la surprise en me classant 12e. J’étais la première lutteuse égyptienne à attirer l’attention sur la lutte féminine peu connue et peu médiatisée en Egypte, voire négligée par les responsables. Depuis ma performance à Rio, les responsables de la Fédération égyptienne de lutte ont commencé à donner plus d’attention à la lutte féminine qui peut réaliser des résultats remarquables. L’année 2018 était une année faste pour moi, car j’ai réalisé d’excellentes performances en me classant 5e aux Championnats du monde et en raflant une 3e médaille d’or aux Championnats d’Afrique. En 2019, j’ai décroché une médaille de bronze aux Jeux africains et une d’argent aux Championnats d’Afrique. En 2020, j’ai remporté le titre aux Championnats d’Afrique.

— Et comment étaient vos débuts ?

— Je suis originaire de la ville d’Alexandrie. Je n’ai pas pratiqué cette discipline depuis ma petite enfance. Ce n’est qu’à l’âge de 16 ans que j’ai décidé de quitter le karaté pour opter pour la lutte. J’ai découvert que ce sport me convient plus que le karaté et j’ai pu assimiler rapidement la technique de jeu, car j’ai pu d’abord me former le corps avec le karaté. J’ai intégré la sélection dames en 2013 grâce à mes bonnes performances au niveau national. Dès ma participation internationale, j’ai surpris l’encadrement technique en décrochant une médaille d’or aux Jeux méditerranéens d’Italie en 2015 et en remportant aussi le titre africain la même année.

— Quelles sont vos ambitions pour la période à venir ?

— D’abord, j’espère que cette médaille que j’ai obtenue en Norvège ne sera pas la dernière. J’ai beaucoup à donner pour cette discipline. Mon graal reste toujours une médaille olympique à Paris 2024, afin que la lutte féminine s’impose comme une discipline phare en Egypte. Pour la prochaine période, je vais travailler avec mon entraîneur pour garder mon niveau et travailler ma technique de jeu. Je suis consciente que je suis sur le point de parvenir à mon rêve. C’est pour cette ambition que je vais travailler ardemment et me donner toute entière à l’entraînement l

Focus

Naissance : 4 avril 1995.

Taille : 1,7 m.

Poids : 76 kg.

Début de carrière : 2013.

2016 à 2018 : Médaille d’or aux Championnats d’Afrique.

2016 : 12e place aux JO de Rio.

2018 : 5e place aux Championnats du monde.

2019 : Médaille de bronze aux Jeux africains.

2020 : Médaille d’or aux Championnats d’Afrique.

2021 : Médaille d’argent

au tournoi international d’Italie (Ranking Series).

2021 : 10e place aux JO de Tokyo. Médaille de bronze aux Championnats du monde.

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