Sports > Sports >

Talaat Youssef : Les responsables du football en Egypte doivent oublier cette saison et penser à l’année prochaine

Mohamad Mosselhi, Lundi, 08 juin 2020

Talaat Youssef, vétéran, directeur technique d’Ittihad d’Alexandrie, revient sur le sort du Championnat égyptien et les difficultés qui pourraient entraver une éventuelle reprise.

Talaat Youssef : Les responsables du football en Egypte doivent oublier cette saison et penser à l’a

Al-Ahram Hebdo : La décision du gouvernement de rétablir graduellement l’activité sportive en Egypte à partir de la mi-juin ouvre la porte à un retour éventuel du Championnat égyptien. Comment voyez-vous cette décision ?

Talaat Youssef: La décision du gouvernement porte sur le retour graduel de l’activité sportive et non pas sur le championnat. Personne n’a parlé du championnat dont le retour, à mon avis, serait très difficile, voire impossible pour plusieurs raisons.

Etes-vous donc pour l’annulation de la saison ?

— Je ne suis ni pour ni contre. Le monde du football espère le retour du championnat. Il faut être réaliste, je suis contre un retour précipité du championnat avant de bien étudier les conséquences d’une telle décision, surtout que les circonstances actuelles ne permettent pas ce retour. Le retour du championnat exige plusieurs mesures pour garantir la protection des joueurs, des entraîneurs, des arbitres, etc. La distanciation sociale doit être respectée. Par exemple, les vestiaires accueillent au minimum 50 personnes à chaque rencontre et à chaque entraînement, ce qui augmente les risques d’infection. De même, le football est un sport collectif et il y a souvent un contact physique entre les joueurs, ce qui favorise aussi l’infection. En outre, selon les informations qui nous viennent de la Fédération égyptienne de football, les équipes devront faire des tests toutes les deux semaines et observer une quarantaine obligatoire dans un hôtel jusqu’à la fin du championnat (presque 3 mois). La question maintenant est de savoir qui va payer les frais d’hébergement et des tests ? Les clubs… Ce serait ridicule, surtout que les clubs souffrent déjà de grandes difficultés financières. Côté technique, les joueurs sont loin des entraînements depuis le 15 mars dernier, soit presque 3 mois. Il faut donc une période de 6 à 8 semaines pour bien préparer les joueurs après une telle pause pour éviter les blessures. Le Championnat allemand a connu 14 blessures musculaires au cours de la première journée après le retour de la compétition.Il y a aussi le problème des joueurs étrangers. Par exemple, mon équipe possède 5 joueurs étrangers qui sont tous hors d’Egypte et personne ne connaît la date de leur retour car cela dépend de l’ouverture des aéroports dans les différents pays sans compter aussi le fait qu’en cas de retour, ils vont se mettre en quarantaine pendant 2 semaines.

— Mais le Championnat allemand a repris et d’autres championnats comme les Championnats italien, espagnol ou anglais sont sur le point de reprendre. Qu’en pensez-vous ?

— Si nous possédions les mêmes capacités que l’Allemagne et avions un protocole précis et détaillé qui garantit la protection de tous ceux qui travaillent dans le domaine du football comme en Allemagne, j’aurais accepté immédiatement le retour du championnat. Il faut aussi préciser que le nombre de journées qui restent dans le Championnat allemand et dans les autres compétitions européennes n’est pas grand, ce qui n’est pas le cas du Championnat égyptien où il reste presque la moitié de la saison. Selon les déclarations de certains membres de la Fédération égyptienne de football, le championnat pourrait reprendre à la mi-juillet prochain ou au début août. C’est-à-dire que la saison s’achèvera en novembre prochain, un fait qui risque de perturber la prochaine saison qui commencera en décembre. Il faut savoir aussi que l’année prochaine sera très chargée en raison des engagements de la sélection nationale en Coupe d’Afrique des nations et les qualifications du Mondial 2022. A mon avis, les responsables du football en Egypte doivent oublier cette saison et penser à l’année prochaine.

— L’Organisation mondiale de la santé affirme que le coronavirus va rester longtemps et le monde doit s’adapter au virus. La situation ne changera donc pas beaucoup l’année prochaine ...

— Selon le gouvernement égyptien, la situation va beaucoup s’améliorer à partir de la mi-juillet. Donc, nous devons attendre jusqu’à cette date et évaluer la situation afin de prendre les décisions convenables. Il faut aussi que la Fédération égyptienne de football tienne des réunions avec les clubs pour discuter du sort du championnat et écouter les points de vue des clubs. Je suis tellement surpris par l’attitude de la fédération qui néglige les clubs depuis le début de la crise. Il est inacceptable que l’on apprenne les nouvelles sur le sort du championnat par les médias et les supporters. Les clubs sont un facteur important dans l’équation et leur avis est très important avant toute décision sur le sort de la compétition.

— Mais il y a des clubs qui font pression pour le retour de la compétition afin d’éviter les pertes financières, insupportables pour la majorité des clubs. Qu’en pensez-vous ?

— Chaque club cherche ses intérêts. Il y a ceux qui font pression pour le retour du championnat et ceux qui font pression pour annuler la saison. Il est clair qu’Ahli veut le retour du championnat car il est très proche du titre. Ceux qui demandent l’annulation de la saison sont les clubs qui rivalisent pour un titre qui est presque déjà acquis, ou les clubs qui affrontent le spectre de la relégation à la 2e division. Mais je suis un homme objectif. Ittihad d’Alexandrie se trouve à la 5e place du championnat. Nous ne rivalisons donc pas pour le titre et nous sommes aussi très loin de la relégation. Je pense seulement à l’intérêt général. Le moment n’est pas propice à un retour du championnat. Et si on parle des pertes financières, il est clair que les pertes sont énormes pour tous les clubs, mais la santé des gens est plus importante que l’argent. Pour gagner de l’argent il faut être en bonne santé. Je ne suis pas un philosophe, mais je suis un homme de principes. Je suis affecté financièrement par la suspension du championnat car je ne touche que la moitié de mon salaire mensuel (Ndlr: Talaat Youssef est le premier entraîneur en Egypte à demander la réduction de son salaire mensuel après la suspension du championnat en mars dernier en attendant la reprise de l’activité sportive). Mais je répète que dans cette situation exceptionnelle et avec cette pandémie qui frappe le monde entier, la santé des gens est la seule chose qui compte.

— Ne pensez-vous pas que l’annulation de la saison nuise beaucoup aux représentants de l’Egypte dans les compétitions africaines interclubs ?

— Oui, c’est vrai, mais nous sommes dans une situation difficile qui nécessite certains sacrifices. Le sort de ces compétitions reste aussi ambigu. Ironie du sort, bien qu’il reste un nombre assez limité de rencontres dans chaque compétition (3 rencontres), la Confédération Africaine de Football (CAF) n’a pas encore fixé de date pour ces 3 rencontres. Alors que nous sommes très pressés pour le retour du championnat où il reste 149 rencontres à jouer.

— En cas d’annulation de la saison, êtes-vous pour qu’Ahli soit déclaré champion de la saison ?

— Il est vrai qu’Ahli possède un large avantage sur ses adversaires pour le titre. Il possède 16 points d’avance sur Moqaouloun qui se trouve à la 2e place. Mais mathématiquement, les autres équipes possèdent encore leurs chances pour le titre, surtout qu’il reste 17 rencontres à jouer pour chaque équipe, soit un total de 51 points. Il sera donc très difficile de convaincre les autres équipes d’accepter le couronnement d’Ahli comme champion cette saison. Si Ahli est déclaré champion, cela va ouvrir la porte aux clubs qui occupent la tête du classement de leurs groupes en D2 de réclamer l’accession en 1re division. La fédération sera priée aussi de nommer les 3 équipes reléguées en D2, ce qui sera très difficile, surtout que contrairement à la situation au sommet, la bataille pour éviter la relégation est très chaude et comprend presque la moitié des équipes du championnat. A mon avis, la meilleure décision est d’annuler la saison pour éviter tous ces problèmes. Lors des expériences précédentes de l’annulation du championnat, il n’y a pas eu de champion. La fédération devrait tirer les leçons de tout cela et ajouter au règlement de la compétition une clause pour gérer ce genre de situation exceptionnelle .

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique