Sports > Sports >

Les Rouges en crise

Karim Farouk, Mardi, 27 novembre 2018

Suite aux échecs en Ligue d'Afrique et en Ligue arabe, Ahli connaît l’une de ses plus profondes crises, depuis plus d’une décennie. Le président du club, Mahmoud Al-Khatib, promet une révolution pour redresser la barre.

Les Rouges en crise
La défaite en finale de la Ligue d'Afrique a sifflé le vent de changement à Ahli. (Photo : Reuters)

Rien ne va plus à Ahli. Les Rouges ont vécu une semaine cauchemardesque. Entamée par la perte du titre de la Ligue d’Afrique, suite à une débâcle en finale face à l’Espérance de Tunis (3-0), le vendredi 16 novembre, cette semaine noire s’est terminée par l’élimination de la Ligue arabe face à une équipe du milieu de classement émirati, Al-Wasl, le jeudi 22 novembre.

La citadelle rouge gronde et le président Mahmoud Al-Khatib a annoncé qu’il allait procéder à une réforme totale, pour remettre l’équipe sur les rails. Le technicien français Patrice Carteron a été le premier à être salué.

Moins de six mois après sa nomination en juin dernier, Carteron a été remercié jeudi dernier, le soir même de l’échec en Ligue arabe, la compétition la plus rémunérée de la région.

« Nous sommes à présent en train d’examiner différents CV et avons déjà entamé des pourparlers avec certains techniciens. Je pense que dans dix jours, on pourra annoncer le nouvel entraîneur de l’équipe », a déclaré Mohamad Morgan, directeur exécutif du club et son porte-parole. Mohamad Youssef, l’entraîneur adjoint, assure l’intérim jusqu’à la nomination d’un nouvel entraîneur.

« Il est clair qu’Ahli souffre de gros problèmes techniques et c’est la faute de Carteron. Il est là depuis presque 6 mois et on n’a vu ni l’équipe ni les joueurs progresser. Ce sont toujours les mêmes erreurs et bien au contraire, le niveau semble en grave baisse. Un changement était nécessaire », indique Diaa Al- Sayed, ancien international d’Ahli et sélectionneur des espoirs d’Egypte.

Le ténor cairote, bête noire du pays et du continent, ne fait plus peur. Les hommes de Carteron ne jouent plus avec un pressing qui étouffe leur adversaire. Ils ne créent plus de nombreuses occasions, mais comptent plus sur les coups de pieds arrêtés, qui sont devenus leur plus grande source de danger. Le Français, ancien entraîneur du Mali et de TP Mazembe (RD Congo), a préféré le jeu direct au détriment des notions de possession de jeu et d’esthétisme, deux concepts qui avaient pourtant constitué la philosophie d’Ahli lors de cette dernière décennie. « Le groupe semble avoir perdu son identité. L’équipe peine dans presque tous ses matchs quel que soit l’adversaire et n’arrive pas à imposer son rythme. On ne voit pas de combinaisons entre les joueurs, ni de système clair de jeu. La défense commet de graves erreurs et cela met encore plus de pression sur le reste des joueurs, qui manquent de confiance pour revenir au score », analyse Emad Metaeb, ancien attaquant d’Ahli et de l’équipe d’Egypte. Le technicien français avait abordé la saison avec une défense qui posait problème, entre faillites individuelles et bloc à reconstruire. Bien qu’il semble y avoir remédié au début, ses fissures ont fini par craquer dans les moments importants. L’équipe a concédé 15 buts lors de ses 7 dernières rencontres, conduisant au désastre de cette saison.

Des lacunes criantes

Oui, il y a des joueurs de talent dans cette équipe d’Ahli, mais ce n’est plus une équipe cinq étoiles. Il est difficile de ne pas constater le manque de qualité et les lacunes criantes à certains postes. Il est vrai que la torpille marocaine Walid Azaro constitue une menace constante pour les défenses adverses, et qu’à 34 ans, le meneur Walid Soliman semble être au sommet de son art, mais ce n’est pas suffisant. Les ailes semblent désertées, surtout suite aux blessures du Nigérian Junior Ajayi et du Tunisien Ali Maaloul, qui apportent beaucoup à l’équipe.

Quant à la défense, elle est devenue très perméable, après l’enchaînement des blessures d’Ahmad Fathi, de Saad Samir et de Mohamad Naguib.

Ajoutons à cela les erreurs naïves du gardien international Mohamad Al- Chennawi, commises dernièrement.

Carteron possédait un large groupe de 30 joueurs pour faire tourner son effectif, mais cela ressemblait plus à un empilement de joueurs qu’à un réel potentiel. « Au niveau de la qualité, je dirais qu’Ahli arrive à la troisième place après Zamalek et Pyramids FC. L’équipe n’a ni assez de joueurs qui peuvent faire la différence, ni de talents exceptionnels qui peuvent la sauver même si elle n’est pas dans son jour », explique Sami Al-Chichini, ancien international de Zamalek et analyste.

Ahli avait dû accepter cette situation défavorable, car il n’avait pas d’autre choix. Lors du mercato estival, les Rouges, bien que conscients de leurs failles, se sont trouvés les mains liées face au nouveau-né Pyramids FC, qui a étalé ses gros muscles financiers sur le marché des transferts. Supporté par un nombre d’investisseurs saoudiens, avec à leur tête le ministre saoudien des Sports, Turki Al Sheikh, Pyramids FC a embauché plus d’une vingtaine de joueurs et attiré de nombreux talents, pour des montants astronomiques pour le football égyptien.

Carteron n’a bénéficié que de l’arrivée du défenseur international malien Salif Coulibaly et du retour du milieu Nasser Maher, prêté à Smouha la saison dernière. Mais à présent, la direction semble prête à investir lourdement en janvier prochain pour redorer son effectif. « Nous sommes passés par une situation similaire en début des années 2000. Mais nous avons pu reconstruire l’équipe en 2004, pour ensuite dominer la scène locale et continentale pour de longues années. Et c’est ce que nous comptons faire, mais il faut patienter et embaucher les bons talents », a déclaré Adli Al-Qii, porte-parole du conseil d’administration du club.

La génération dorée de Mohamad Abou-Treika, Mohamad Barakat, Metaeb, Fathi, Flavio Amado et Waël Gomaa, formée en 2004 et 2005, a décroché plus d’une vingtaine de titres dont 4 Ligues d’Afrique. Ahli semble avoir déjà commencé sa quête et approché de nombreux joueurs. L’attaquant international Amr Warda, âgé de 25 ans, est sur le point de quitter la formation grecque de Paok, en raison de différends avec son entraîneur, et l’on entend qu’il serait déjà en négociation avec Ahli pour rentrer au bercail. L’agent du milieu international de Wadi Degla Mohamad Mahmoud (20 ans) a révélé qu’il avait trouvé un accord avec les Rouges pour le transfert de son joueur.

L’ancien gardien d’Ismaïli, Mohamad Awwad (26 ans), actuellement à Al-Wehda, en Arabie saoudite, l’ailier d’Al-Aïn (Emirats arabes unis) Hussein Al-Chahat (27 ans), dans le viseur d’Ahli depuis janvier dernier, et l’attaquant international de Moqaouloun, Taher Mohamad Taher (21 ans) ont tous admis avoir été approchés par des responsables d’Ahli et être favorables à la conclusion des transferts. Un hiver donc plein de promesses pour les Rouges.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique