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Controverse à Charm Al-Cheikh

Racha Darwich , Mercredi, 09 novembre 2022

L’expulsion d’un parlementaire égyptien d’une séance sur la justice climatique, organisée par les Nations-Unies à Charm Al-Cheikh est au cœur d’une vaste polémique.

Controverse à Charm Al-Cheikh

Des citoyens égyptiens ont signé, mercredi 9 novembre, une pétition à l’attention du secrétaire général des Nations-Unies dénonçant « les agissements de certains groupes et organisations de la société civile, qui ont détourné le sommet sur le climat loin de son objectif initial ». « Nous vous demandons d’intervenir pour replacer la conférence sur le climat sur la bonne voie, car son objectif est de créer un espace de concorde internationale, afin de protéger l’environnement », affirme la pétition.

Tout a commencé lors d’une séance organisée par le groupe pour la justice climatique (DCJ). Le parlementaire, Amr Darwich, a été expulsé de la séance après une altercation verbale avec la militante politique, Sanaa Abdel-Fattah, sœur de l’activiste emprisonné, Alaa Abdel-Fattah, et Agnès Callamard, secrétaire d’Amnesty International d’autre part. Celles-ci étaient venues réclamer la libération de Abdel-Fattah. Amr Darwich, qui affirmait que Abdel-Fattah est un détenu du droit commun et non un prisonnier politique, s’est vu refuser tout commentaire par les organisateurs. « J’ai été surpris par ce comportement de la part des Nations-Unies et des organisateurs. C’est un comportement contraire à la liberté d’opinion et d’expression », a écrit Amr Darwich sur sa page Facebook. Plusieurs dizaines de citoyens ont organisé une manifestation à l’entrée de la zone bleue de la COP27 à Charm Al-Cheikh en guise de solidarité avec le parlementaire. Nehad Aboul-Komosane, membre du Conseil national des droits de l’homme, qui assistait également à la séance, a diffusé une vidéo qui montre comment Sanaa Seif l’a empêchée de parler. « Elle m’a empêchée de parler aussi. On m’a pris le microphone avant que je ne commence à parler et la présidente de la séance n’est pas intervenue pour me défendre », écrit Aboul-Qomsane. Et d’ajouter qu’elle a déposé une plainte auprès des Nations-Unies.  

Plusieurs partis politique se sont interrogés : pourquoi la libération de Alaa Abdel-Fattah a-t-elle été insérée dans le sommet sur le climat ? « C’est une tentative claire de la part du camps Abdel-Fattah de gagner le soutien de l’étranger, afin d’obtenir des gains aux dépens de la sécurité et de la stabilité de l’Etat. Alaa Abdel-Fattah n’est pas un prisonnier politique. C’est un prisonnier du droit commun qui a été reconnu coupable de crimes », affirme le général de division Raouf El-Sayed Ali, chef du Parti du mouvement national égyptien.                                                                                                                                                                                                                               

Atteinte à l’indépendance de la justice

La délégation de l’Egypte auprès des Nations-Unies à Genève avait publié, mardi, un communiqué dans lequel elle rejette la demande du Haut-Commissariat aux droits de l’homme de libérer un citoyen égyptien qui purge sa peine de prison après avoir été jugé et condamné par la justice égyptienne. « Le Haut-Commissariat a porté délibérément atteinte à l’indépendance et la souveraineté de la justice en Egypte. Le fait de qualifier le procès de Alaa Abdel-Fattah de non équitable est une insulte inacceptable », affirme le communiqué.  

Le communiqué ajoute que cette demande est une violation des principes d’impartialité et d’objectivité énoncés dans la résolution de l’Assemblée générale. La délégation égyptienne a indiqué qu’elle attendait du Haut-Commissariat de s’appuyer sur des sources d’information fiables et de s’abstenir de commenter les verdicts des tribunaux égyptiens. Elle a également demandé au Haut-Commissariat de se concentrer sur la promotion et la protection des droits de l’homme par la coopération et le dialogue. 

Le ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri, a déclaré dans un entretien à la CNN mercredi que « Alaa Abdel-Fattah a été condamné et purge actuellement sa peine ». Il a souligné qu’« un recours judiciaire est possible, s’il est fait dans les délais autorisés », ajoutant qu’il y a un examen permanent de l’état de santé de tous les prisonniers, conformément au Code pénal, et que « les soins de santé nécessaires leur sont fournis ». 

Le chef de la diplomatie a ajouté : « Il se peut qu’il y ait un malentendu autour de la situation réelle de Alaa Abdel-Fattah (….) Tout ce que je peux dire, c’est qu’il s’agit d’une question de jurisprudence, et que la personne concernée est traitée équitablement, qu’elle a bénéficié d’une représentation juridique et qu’elle a été condamnée par un tribunal impartial ». Il a insisté sur l’importance de respecter le système judiciaire. Enfin, en réponse à la question de savoir si Alaa Abdel-Fattah était un citoyen britannique, il a répondu: « Il n’a pas demandé à être reconnu par le gouvernement égyptien comme citoyen britannique. Il a obtenu la nationalité britannique alors qu’il purgeait sa peine. Dans nos lois, il existe des procédures à remplir par celui qui acquiert la double nationalité, afin que le gouvernement la reconnaisse. Sinon, cela deviendrait une échappatoire pour quiconque commet un crime et prétend ensuite avoir la double nationalité ».

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