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Pour une gestion responsable des forêts

Nada Al-Hagrassy , Mercredi, 12 octobre 2022

Mettre fin à la déforestation et utiliser les forêts de manière durable. Tels étaient les thèmes abordés lors de la 8e Semaine mondiale des forêts, tenue du 29 septembre au 7 octobre au siège de la FAO à Rome. L’Afrique est particulièrement concernée.

Pour une gestion responsable des forêts

« Il faut mettre fin à la déforestation, planter des arbres afin de verdir la planète et utiliser les forêts et les arbres de manière durable », a déclaré M. Qu Dongyu, directeur général de l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), lors de son discours d’inauguration de la 26e session du comité des forêts, tenue du 3 au 7 octobre au siège de la FAO à Rome, en marge de la 8e Semaine mondiale des forêts. Et d’ajouter : « Comme indiqué dans la Déclaration de Séoul, les forêts et les arbres doivent être considérés comme un élément-clé de la solution ».

En fait, les dangers qui menacent la préservation des forêts sont multiples, compliqués et ont trait aux multiples activités humaines. Le poumon vert de la planète occupe 30 % de sa superficie, stocke un volume de carbone estimé à 296 gigatonnes et abrite la majorité de la biodiversité terrestre mondiale. Les forêts sont une source de fibres, de combustible, de nourriture et fournissent des moyens d’existence à des millions de personnes. Les forêts contribuent à l’atténuation des effets du changement climatique, ainsi qu’à l’amélioration de la qualité des sols, de l’air et de l’eau. Lorsqu’elles sont gérées de façon durable, elles sont également une source de matières premières renouvelables. Malgré la mobilisation mondiale depuis quelques décennies, le phénomène de la déforestation galope. Toujours selon la FAO, environ 13 millions d’hectares de forêts disparaissent tous les ans.

La deuxième plus grande forêt tropicale du monde

Pendant longtemps, les forêts en Afrique n’étaient pas au centre des intérêts mondiaux à cause des troubles politiques vécus par le continent noir tout au long du XXe siècle. Mais les choses ont radicalement changé avec l’émergence du défi du réchauffement climatique qui a poussé la communauté internationale à considérer la préservation des forêts, notamment celles de l’Afrique, comme une arme indispensable pour la survie de l’humanité. Epargnée partiellement des activités humaines et moins exposée aux incendies qui avaient ravagé les forêts des Etats-Unis, du Canada et de l’Australie, l’Afrique abrite dans sa partie centrale la deuxième plus grande forêt tropicale du monde après l’Amazonie avec plus de 240 millions d’hectares, ce qui en fait plus du tiers de la superficie d’Afrique. Selon l’Onu, « chaque année, ce continent perd près de 4 millions dhectares de forêts. Cela représente une perte considérable qui est de loin supérieure à ce que perd la forêt amazonienne annuellement ». Selon Dr Ali Mahrous, professeur des ressources animales à la faculté d’études africaines supérieures de l’Université du Caire, la déforestation contribue fortement au réchauffement climatique. « Cest pour cela que les pays africains ont créé le système des réserves naturelles », dit-il.

Au Kenya, de vastes morceaux de terrains sont considérés comme des réserves naturelles où plantes, faunes et biodiversité sont protégées contre les abus de l’homme. D’ailleurs, contrairement à la croyance générale que les forêts absorbent plus de CO2, donc aident à réduire la pollution de l’air, une récente étude a montré que la forêt du bassin du Congo pourrait bientôt dégager plus de CO2 qu’elle n’en capte, ce qui est provoqué par la sécheresse et l’action de l’homme. Mais aussi parce que « ces arbres ont poussé dans des régions marécageuses. Leau des marécages amoindrit la capacité des arbres des forêts tropicales à absorber le CO2 », estime Ali Mahrous.

La préservation du système forestier est indispensable pour la croissance verte de l’Afrique. Pour le Dr Mahrous, l’économie verte alias développement durable signifie la préservation des richesses naturelles contre tout abus excessif de consommation.

« Et au sein de ce système figure la préservation du système forestier avec tout ce quil comporte danimaux et de végétation », soulignet- il. D’ailleurs, quelle que soit la volonté d’appliquer le système d’économie verte, il existe aussi d’autres facteurs contraignants qui accélèrent le phénomène de la déforestation. Il s’agit de l’expansion des activités humaines, notamment l’agriculture. Certains pays africains ont choisi d’étendre leur superficie cultivée au sein des forêts pour préserver les forêts tout en satisfaisant les besoins de leurs populations en nourriture.

Pourtant, la déforestation entraîne d’autres graves problèmes d’ordre géopolitique. Il s’agit de la délocalisation des populations autochtones des forêts comme les Pygmées au Gabon, les populations Batwa en RDC qui résident dans le Sud-Kivu et la zone forestière qui s’y trouve. Ces populations risquent de perdre leur seul milieu de vie et d’être morcelées en entier. Cette diaspora engendrera sans doute des tensions politiques et géographiques.

Quelles solutions ?

Les solutions ne semblent pas si faciles parce que c’est tout un système économique, politique et social qui doit être sensibilisé pour faire face à cette situation. Il faut réconcilier la préservation des forêts avec la croissance des activités humaines. Pourtant, les Africains ont décidé de mener leur propre lutte contre la déforestation sur leur territoire. En 2010, le Gabon a entamé des négociations avec l’Union européenne pour arrêter l’exportation des bois produits illégalement. Et en mai 2022, le président gabonais, Omar Bongo Ondimba, a annoncé, lors du Sommet de la terre, qu’il allait transformer 11 % de son territoire national en parcs.

Dans le même contexte, « il faut assurer une gestion responsable des forêts », souligne le géographe Ali Mahrous. Ce concept repose sur le fait de cultiver une superficie équivalente à au moins la moitié de la superficie déforestée. « De cette façon, on aura préservé un certain équilibre environnemental de la forêt et de la biodiversité qui en dépend », conclut Ali Mahrous.

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