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Les diamants d’Afrique entre espoirs et défis

Amira Samir , Mercredi, 31 août 2022

Alors que le marché du diamant en Afrique poursuit sa forte progression, la production de ce métal précieux alimente des conflits sur le continent.

Les diamants d’Afrique entre espoirs et défis

La Découverte, le mois dernier, du plus gros diamant rose trouvé au cours des 300 dernières années a porté à nouveau l’attention sur les diamants africains. Cet énorme diamant rose, surnommé Lulo Rose, pourrait devenir la pierre précieuse la plus chère jamais vendue au monde. C’est en Angola, l’un des principaux producteurs africains de diamants, que des mineurs ont découvert ce gros joyau qui pèse 170 carats. Sa taille s’approche de celui du Daria-i-Noor de 182 carats, « Mer de lumière », le plus gros diamant rose du monde qui date de 1739 et fait aujourd’hui partie des joyaux nationaux iraniens.

Les diamants roses sont relativement rares. La plus chère pierre rose jamais vendue a été découverte en 1999 en Afrique du Sud. Pesant 132 carats, nommée The Pink Star, elle a été coupée et broyée en un bijou de 59 carats, et s’est vendue, en 2013, pour environ 83 millions de dollars aux enchères. « Ce type de diamant a la forme la plus pure de tous les diamants que nous pouvons produire. Il se situe à un niveau supérieur de ce qui est normalement extrait. Ce sont donc les pierres les plus recherchées. Ce sont les plus belles pierres, celles qui possèdent le plus grand potentiel en termes d’excellence, de taille, de polissage ou de finition », a expliqué à la presse M’Zée Fula Ngenge, président du Conseil africain du diamant.

40 % de la production mondiale

L’Afrique ou la terre de diamant est le chef de file mondial dans la production de ces pierres précieuses. Premier producteur de diamants bruts, le continent fournit, aujourd’hui, plus de 40 % du marché mondial. En 2017, les exportations de diamants des pays africains étaient évaluées à 9,65 milliards de dollars sur le marché mondial. Depuis le XIXe siècle, la majorité des diamants de haute qualité ont été découverts sur le continent africain. Chaque jour, des pierres précieuses y sont extraites. L’industrie minière du diamant y est en plein essor. Elle constitue l’un des poumons de l’économie de ses différents pays et emploie des millions d’Africains. Le continent abrite plusieurs projets et opportunités diamantifères.

L’Afrique abrite certains des principaux pays producteurs de diamants de plusieurs types de diamants de différentes formes et couleurs. Sept du top 10 des pays producteurs de diamants au monde sont africains. Le Botswana occupe la première place au monde pour les plus grosses pierres précieuses, comptant pour 6 dans la liste des 10 premières. L’Angola, l’Afrique du Sud, le Botswana, la Namibie, la Sierra Leone, la République démocratique du Congo, la Tanzanie et le Zimbabwe sont considérés comme les régions les plus prometteuses pour l’exploration de diamants (voir encadré). « La montée des investissements étrangers dans le domaine de l’exploration du diamant en Afrique est une bonne opportunité pour la région, en particulier pour les pays qui ont des infrastructures faibles, comme c’est le cas en République démocratique du Congo. Cependant, la réalité semble plus compliquée, car il est rare que la population locale qui exploite des diamants obtienne la pleine valeur de ces trésors auprès des nombreux diamantaires. En plus, il est relativement facile de faire passer le diamant en contrebande, en dehors des circuits officiels. La production de diamant reste essentiellement informelle. Cela prive les gouvernements de recettes fiscales dont ils ont tant besoin », explique Abbas Sheraky, professeur de géologie et ressources en eau. Et d’ajouter que « l’industrie minière du diamant contribue au développement et à la stabilité des pays où il est extrait de manière responsable, comme au Botswana, en Afrique du Sud et en Namibie. Par contre, le diamant devient un agent du meurtre, du démembrement et d’effondrement économique où se trouvent des gouvernements corrompus, des rebelles impitoyables et des frontières poreuses ».

« Diamants de sang »

Cette grande richesse de l’Afrique a longtemps alimenté les guerres et autres conflits. « Le nom du diamant africain est associé au sang. Beaucoup d’Africains sont victimes des atrocités perpétrées au nom de ces diamants de sang, des diamants devenus monnaie d’échange dans le trafic d’armes. Les diamants de sang, appelés aussi diamants de la guerre ou diamants de conflits, sont les pierres précieuses dont l’extraction se fait dans des zones de conflits. Les compagnies étrangères qui monopolisent la production de diamants africains sont les premiers gagnants de l’insécurité au continent », estime Sheraky. La lutte pour le contrôle des diamants et la redistribution sociale des bénéfices de l’extraction minière sont l’une des causes de ces conflits, comme c’était le cas en Sierra Leone, au Liberia, en Angola et en RD Congo.

Néanmoins, l’extraction de diamants est l’une des très anciennes activités des Africains. En Afrique du Sud, avant la levée du soleil, des centaines se précipitent, avec des pelles, des haches ou des bâtons pour creuser à la recherche de diamants dans les petits villages pauvres du pays où le plus gros diamant de l’histoire, le Cullinan, a été découvert. En Sierra Leone, l’extraction de diamants prive souvent les enfants d’éducation. Les enfants vont sur les sites diamantifères seuls ou avec leurs mères. Ils recherchent les diamants et quand ils en découvrent, ils les vendent, gagnent beaucoup d’argent et oublient l’école. Ils creusent toute la journée et certaines heures de la nuit sans se fatiguer. La sueur brille sur leurs visages sous le soleil brûlant, ils s’accroupissent dans les fosses, parfois à mains nues, dans l’espoir de trouver le diamant, leur refuge pour échapper à la pauvreté. Les pierres trouvées ne sont pas souvent des diamants, mais ils réessayent jusqu’à ce que la police demande aux prospecteurs de quitter les lieux. Les jeunes qui souffrent d’un chômage endémique, accentué par la pandémie de Covid-19, gagneront 2 dollars par jour, en travaillant pour des groupes de mineurs de diamants artisanaux.

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