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Combattre le terrorisme par le développement

Racha Darwich , Mercredi, 17 août 2022

Rareté d’eau, insécurité alimentaire, changement climatique, croissance démographique, la lutte contre le terrorisme est étroitement liée au développement socioéconomique en Afrique.

Combattre le terrorisme par le développement

En afrique, le terrorisme demeure un grand défi face au développement, notamment en Afrique subsaharienne. Celle-ci a subi 48 % des décès dus au terrorisme dans le monde en 2021. Quatre des dix pays ayant connu la plus forte augmentation du nombre de décès dus au terrorisme, le Niger, le Mali, la RDC et le Burkina Faso, se trouvent en Afrique subsaharienne, en particulier au Sahel qui abrite les groupes terroristes à la croissance la plus rapide et les plus meurtriers au monde. «  Le Sahel est devenu le nouvel épicentre du terrorisme, aggravé par la forte croissance démographique, le manque d’eau et de nourriture, le changement climatique et la faiblesse des gouvernements », révèle le rapport de l’Indice mondial du terrorisme 2021 (GTI), qui ajoute que Jamaat Nusrat Al-Islam wal Muslimeen, qui opère au Sahel, est l’organisation terroriste qui connaît la croissance la plus rapide au monde et a été responsable de 351 décès en 2021, soit une augmentation de 69%. Quant au groupe terroriste le plus meurtrier au monde, il était l’Etat islamique d’Afrique de l’Ouest où, au Niger, chaque attaque a fait en moyenne 15 morts.

Rareté de l’eau et changements climatiques

En Afrique, le terrorisme est lié à la rareté de l’eau. Le rapport de l’Indice mondial du terrorisme 2021 indique qu’au Sahel, tous les groupes terroristes ont fait de la pénurie d’eau une raison pour recourir à la violence utilisant souvent l’eau comme un outil de coercition et de recrutement. « Les changements climatiques ont entraîné davantage de sécheresses et d’inondations, sapé la production alimentaire dans la région, détruit divers établissements humains et provoqué des déplacements à grande échelle », écrit le rapport. En 2020, plus de 43 millions de personnes dans les pays du Sahel étaient confrontées à l’insécurité alimentaire et près de 18 millions de personnes étaient exposées à une situation de crise ou d’urgence.

« Les changements climatiques sont devenus une raison évidente de l’adhésion aux groupes terroristes. L’assèchement de 90 % du lac du Tchad a poussé les paysans et les pêcheurs à rejoindre Boko Haram face à l’impuissance des gouvernements d’assurer un gagne-pain à ces personnes. Cette réalité est devenue très claire en Afrique », explique Amira Abdel-Halim, chercheuse au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Un rapport analysant la situation de l’eau dans le lac du Tchad a révélé qu’environ 30 millions de personnes au Nigéria, au Tchad, au Niger et au Cameroun sont en concurrence pour l’approvisionnement en eau, Boko Haram profitant de cette situation pour imposer des impôts et exiger des familles de lui fournir des conscrits.

L’insécurité alimentaire a entraîné l’émergence de mouvements rebelles dans la région, au sein desquels des groupes, tels que Daech et Boko Haram, ont utilisé la nourriture pour consolider leur influence. « La majorité des personnes qui rejoignent les groupes terroristes cherchent maintenant leur gagne-pain. L’adhésion aux groupes terroristes n’est plus due à des principes idéologiques comme dans le passé, elle est désormais liée à des raisons relatives à l’économie et au développement, car les gouvernements sont incapables de subvenir aux besoins des citoyens souffrant de graves problèmes économiques », ajoute Amira Abdel-Halim, qui explique que cette situation a entraîné un autre problème, car pour remédier au terrorisme, il n’est plus question de recourir aux solutions sécuritaires ou de négocier avec les groupes terroristes. La lutte contre le terrorisme est désormais liée au développement et à l’assurance des besoins du citoyen, que ce soit par la coopération interafricaine ou par l’obtention de dons internationaux. Cependant, il existe un problème en ce qui concerne les dons étrangers qui, dans la plupart des cas, ne sont pas orientés vers le développement.

Relation terrorisme-développement

La relation entre le terrorisme et le développement est un rapport critique. Les régions de conflit où sévit le terrorisme connaissent de grandes perturbations rendant quasiment impossible la mise en place de programmes de développement. Pourtant, le développement se présente comme une nécessité pour empêcher les citoyens de rejoindre les groupes terroristes sous prétexte de manque de développement. « Les investisseurs s’abstiennent d’investir dans les régions où il y a du terrorisme pour les développer, et même l’Onu n’entre pas dans certaines régions à cause des conflits et du terrorisme. Les dons internationaux aussi ne sont pas orientés en Afrique vers le développement, mais plutôt la protection des frontières ou à la lutte contre l’immigration clandestine … et non pas à l’assurance des besoins fondamentaux des citoyens. Par conséquent, les gouvernements tentent d’exécuter des opérations militaires d’une part, et effectuer un développement progressif d’autre part, car il est impossible d’effectuer un développement global dans les régions dominées par les groupes terroristes », explique Amira Abdel-Halim.

Par exemple en Somalie, le gouvernement a réussi à expulser les terroristes de certaines villes. Il a alors commencé à les développer, à créer des emplois, à améliorer les services, à bâtir une infrastructure en se servant des dons obtenus grâce à une coopération avec la communauté internationale. « La solution que tentent d’exécuter les décideurs est de mettre en place de petits projets dans certaines régions en essayant de les protéger puis de les transmettre aux autres régions au fur et à mesure qu’elles sont libérées du terrorisme. Les forces de sécurité doivent être présentes en permanence pour lutter contre le terrorisme, puis pour protéger les projets, car les groupes terroristes tentent constamment de prouver que l’Etat est incapable d’accomplir son rôle et qu’ils représentent une alternative », conclut Amira Abdel-Halim.

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