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Vivre dans les illuminations

Rasha Hanafy , Mercredi, 29 juin 2022

Le nouveau roman de Mansoura Ezzedine, Atlas Al-Khafä (atlas de l’invisibilité), est un voyage dans l’esprit d’un héros solitaire, retraité, qui rejette la réalité.

Vivre dans les illuminations

C’est l’histoire d’un vieil homme qui rejette son présent et s’accroche à son beau passé. Le texte mélange réalité et rêve, suscitant des questions sur la solitude, l’isolement, l’individualité, le sens de l’existence et la mémoire. Il s’agit du nouveau roman de l’écrivaine égyptienne Mansoura Ezzedine, intitulé Atlas Al-Khafä ou Atlas de l’invisibilité, publié aux éditions Al-Shorouk. En 127 pages, le roman évolue autour de Mourad, un homme divorcé qui n’a pas d’enfants, qui vit seul après avoir été retraité. Il s’est soudainement retrouvé sans travail et sans rien pour l’occuper. Le silence règne dans son appartement.

Dans ce roman, tout se passe à l’intérieur de Mourad, dans son esprit et sa mémoire. Ezzedine y parle de la solitude et l’isolement et de leur impact négatif sur les gens et leur vie, surtout avec l’âge. Elle fait focus sur l’isolement de certains et de leur éloignement du monde, de l’environnement miné et de l’hypocrisie sociale vue en toute chose. Ces gens rejettent la réalité et vivent dans leurs illuminations et leurs souvenirs. Mourad en est l’exemple.

« Le roman a été écrit en 2018 et son idée a commencé par imaginer une personne avec une vie presque sans événement. J’ai écrit la scène d’ouverture et je l’ai réécrite plus d’une fois, et à chaque nouvelle écriture, le personnage de Mourad se cristallisait davantage dans mon imaginaire et je me rapprochais des traits et des détails de son univers. J’ai terminé le roman à Shanghai. Je l’ai laissé pour un certain temps, puis je suis revenue dessus pour l’éditer et le finaliser lors de mon séjour littéraire à Paris de janvier à avril 2021 », explique Ezzedine à la presse, lors de la soirée de dédicace de son roman.

Ezzedine a divisé son livre en deux parties : la première se déroule dans la vie actuelle de Mourad, où il n’y a rien d’important à mentionner, sauf qu’il mange de délicieux sandwichs au pain fino avec des falafels et lit des magazines. La deuxième partie consiste à raconter des fantasmes et des souvenirs de Mourad et de sa vie passée.

Résister à la faiblesse de mémoire

L’isolement de Mourad n’est pas dû aux moyens de communication virtuelle. Il a conçu son isolement, posé lui-même ses fondations et créé les distances entre lui et les autres. Le désir d’isolement de Mourad devient une vraie crise au moment où il reçoit la réponse définitive de l’administration de son travail et il devient inévitable pour lui de céder à la retraite. Là, il fait face au fantôme de l’oisiveté. Et pour affronter le temps, il décide d’écrire ses illuminations dans un document. Pour lui, il s’agit d’une tentative de résister à la faiblesse de mémoire et de restaurer la présence de certaines personnes, pour qu’elles ne se perdent pas dans l’oubli, comme sa grand-mère, cheikha Khadija. Elle était chargée d’apprendre par coeur le Coran aux enfants du village, y compris Mourad. Elle a perdu le titre de cheikha, et son identité par la suite, depuis qu’elle avait perdu la mémoire. Les illuminations de Mourad sont une succession d’histoires, inspirées de son passé, de sa grand-mère, de sa mère et de sa soeur, Laila. Celle-ci a disparu de la vie de famille, car elle a décidé d’épouser celui qu’elle aime. Et de Warda, la fille dont Mourad est tombé amoureux dans sa jeunesse, mais il n’avait pas la force de sa soeur pour qu’il quitte la famille et se marie avec elle. Il s’est contenté de la colère et s’est enfui de la maison familiale pendant une année entière. Il ne trouve Warda, depuis, que dans ses illuminations.

L’ouvrage souligne l’importance de la mémoire d’une personne qui tente de résister à l’idée d’effacement. Il évoque un héros qui est en difficulté depuis le début et ne trouve une solution qu’à travers le rêve et les illuminations qui le suivent. Selon le roman, parce que Mourad vit du souvenir, la faiblesse de la mémoire qu’il a ressentie une fois est pour lui un drame, tout comme son sentiment constant d’être poursuivi par les autres. A tel point que s’asseoir dans un lieu public devient un dilemme, car il craint toujours « qu’il y ait, parmi les gens qui se promènent dans les jardins, quelqu’un qui le suit … Il déteste trop ces gens avec leurs regards curieux », écrit Ezzedine dans son récit.

La solitude dans Atlas de l’invisibilité réside à l’extérieur, parmi les autres, tandis que l’intérieur est riche en histoires qui viennent soit de l’imagination, soit de la mémoire.

Atlas Al-Khafä (atlas de l’invisibilité), Mansoura Ezzedine, Al-Shorouk, 2021, 127 pages.

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