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Mahmoud Lotfy : Qu’il s’agisse de fiction ou de non-fiction, les lecteurs cherchent à trouver refuge dans les livres, pour fuir la réalité vécue

Rasha Hanafy, Dimanche, 26 juillet 2020

3 questions à Mahmoud Lotfy, directeur de la maison d’édition et de la librairie Tanmiya, membre de l’Union des éditeurs égyptiens.

Al-Ahram Hebdo : Est-ce que la période du confinement à cause du Covid-19 a modifié le goût des lecteurs en Egypte, car la majorité des ouvrages sollicités par le public sont des livres de réflexion ?

Mahmoud Lotfy : Le goût des lecteurs change continuellement en fonction de la situation que l’on vit. Le confinement a certainement eu un impact sur les lecteurs et leurs choix de livres à lire. On ne peut pas nommer des titres prisés au niveau de toutes les librairies, mais chaque maison d’édition, chaque librairie, a ses listes de meilleures ventes. La fiction figure toujours en tête des listes. Par exemple, la traduction vers l’arabe de La Peste d’Albert Camus (1913-1960), ou encore celle du roman L’Aveuglement du Portugais José Saramago (1922-2010) sont parmi les livres les plus vendus chez Tanmiya. La traduction du livre Soufi, mon amour de la romancière turque Elif Shafak constitue un best-seller, depuis sa sortie il y a quelques années, et elle continue à être demandée en période de confinement et jusqu’à présent. Qu’il s’agisse de fiction ou de non-fiction, les lecteurs cherchent à trouver refuge dans les livres, pour fuir la réalité vécue.

— Comment la pandémie a-t-elle influencé les maisons d’édition et les librairies ?

— Les éditeurs et les libraires, sans exception, ont subi de grosses pertes les quatre derniers mois. Le confinement et l’annulation ou le report des salons du livre partout dans le monde ont eu de très mauvaises répercussions sur les gens du livre. J’estime que les ventes ont baissé de 70 %, alors que nos obligations financières restent les mêmes.

La vente en ligne est de plus en plus fréquente, mais elle n’est pas en mesure de compenser les pertes, et elle ne le sera pas. Les pertes d’emplois dues au Covid-19 font que les gens ont d’autres priorités pour assurer leurs besoins en nourriture et en médicaments à titre d’exemple. On doit admettre que la vente des livres, en général, a connu une véritable chute durant l’année 2020.

— Pensez-vous que l’initiative du ministère de la Culture, qui consiste à consacrer un budget pour acheter des livres aux éditeurs et à les mettre en vente dans les Palais de la culture des divers gouvernorats, soit à même de compenser une partie des pertes ?

— C’est un pas en avant, mais l’initiative est loin de compenser une baisse de 70 % des ventes. A mon avis, l’Etat ne peut pas subventionner les éditeurs en leur attribuant de l’argent, comme aux Emirats arabes unis ou en Angleterre. Il nous faut une coopération au niveau des unions des éditeurs arabes et égyptiens. Celles-ci peuvent organiser des salons du livre virtuels dans les pays membres et verser des subventions à un niveau interarabe. Cette idée est valable pour l’après-déconfinement. J’espère que cette période sombre s’achèvera très bientôt, parce que les éditeurs essaient à tout prix de rester la tête hors de l’eau.

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