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A quoi ressemblera l’Egypte en 2050 ?

May Kabil, Lundi, 03 juillet 2017

Dans un monde en pleine mutation et qui fait face à d’importants défis politiques et économiques, pronostiquer l’avenir est une tâche ardue. C’est pourtant l'exercice auquel s'est livré l’économiste Galal Amin dans son livre Le Monde en 2050.

A quoi ressemblera l’Egypte en 2050 ?

Galal amin a voulu scruter l’Histoire pour soulever des questions sur l’avenir de l’Egypte et du monde arabe et y apporter des réponses. « Pour tirer le ballon, il faut prendre du recul ; plus loin, vous reculez, et plus loin sera l’élan du ballon ». C’est ainsi qu’Amin explique l’importance d’étudier et d’analyser l’Histoire pour pouvoir se projeter dans l’avenir. « J’ai un penchant naturel pour la prédiction de l’avenir, pour savoir où l’on va. Ma conviction est que la technologie influence tout. Quand la technologie évolue, les structures sociales, économiques et politiques évoluent à leur tour. Or, la technologie évolue tout le temps, ce qui fait que le questionnement sur l’avenir est permanent », affirme l’économiste.

Dans son analyse, Amin accorde beaucoup d’importance à l’équilibre des forces à l’échelle internationale, et ce, à la fois pour expliquer la marche de l’Histoire et entrevoir l’avenir. Il pense qu’entre la deuxième moitié des années 1950 et la première moitié des années 1960, cet équilibre, notamment la guerre froide, a permis aux pays du tiers-monde une vraie indépendance. Durant la période suivante et surtout dans les années 1970 avec l’avènement des multinationales, cette indépendance n’était plus possible. Dans Le Monde en 2050, dont la première édition est sortie en 2004, Galal Amin estime que pour les pays modernes et industrialisés, anticiper l’avenir est une nécessité dictée par le progrès technologique. Mais cet exercice n’est pas pris très au sérieux dans les pays arabes. « Parce qu’un pays économiquement faible et politiquement dépendant ne peut pas se projeter dans un avenir dont les clés appartiennent aux autres. Ce serait comme un camionneur qui planifie son voyage et trace son itinéraire alors que sa voiture n’est qu’une remorque tirée par un autre camion ».

Amin explique que sous le président Nasser, l’Egypte pouvait encore déployer les voiles et profiter des « vents internationaux » pour faire avancer le bateau. « Mais depuis le début des années 1970, nous sommes devenus comme un voilier sans voile. Le bateau égyptien est devenu immobile, et quand il bouge, c’est dans le sens contraire aux aspirations des Egyptiens et de la nation arabe », regrette-t-il.

Reconnaître les limites de sa réalité

A quoi ressemblera l’Egypte en 2050 ?

Selon Amin, pour que l’Egypte puisse faire face à sa situation critique, elle doit d’abord reconnaître les limites de sa réalité présente et les défis auxquels elle est confrontée, comme les pressions internationales, la rareté de ses ressources, etc. Et ce, pour réunir les forces et En bref

se concentrer sur les domaines où il existe encore une marge de liberté de mouvement. Mais il faut d’abord s’accorder sur le rejet de la dépendance.

D’ici 2050, le recul relatif de l’hégémonie américaine permettra à des pays plus petits d’être plus libres dans leurs choix politiques et la détermination de leur mode de développement. A l’échelle du monde arabe, Amin pense que les relations avec les Etats-Unis pourraient alors devenir plus équilibrées. Mais pour parvenir à cette situation, les Arabes sont appelés à adapter leurs politiques dès maintenant.

« Mais hélas ! C’est tout le contraire qu’on fait », regrette Amin. Dans son livre, il compare la situation actuelle à un chauffeur qui ne souhaite pas reconnaître que la route qu’il a empruntée ne mène nulle part, alors qu’il s’affaire à éviter les obstacles sur son chemin. Or, éviter ces obstacles n’a aucune importance, puisque la route débouche sur une impasse. Amin donne pour exemple l’application de la recette du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale pour surmonter les obstacles qui entravent le redressement économique, « alors que cette même recette aggrave la dépendance de l’Egypte vis-à-vis des Etats-Unis ». Autre exemple de diversion : l’importance accordée aux changements ministériels, ou le recours à des solutions à court terme pour résoudre de profonds problèmes. « Fonder beaucoup d’espoir sur de tels changements ne fait que multiplier les déceptions, parce que ce qu’il faut faire c’est changer carrément de route ».

Par ailleurs, l’écrivain pense que d’ici l’année 2050, les grandes questions économiques qui préoccupent le monde, dont celle de la distribution des revenus, donneront lieu à d’autres questions moins matérielles qui touchent à la vie des gens, notamment les moyens d’en découdre avec la société de consommation.

L’auteur s’attend aussi à ce que le revenu moyen des Egyptiens soit triplé, se basant sur les statistiques selon lesquelles le revenu moyen en Egypte avait triplé entre 1950 et 2000, malgré une importante augmentation de la population. Ce qui revient à dire que la question du rétrécissement du fossé entre les riches et les pauvres ne sera plus d’actualité « non pas parce que le fossé disparaîtra, d’ailleurs, il ne cesse d’augmenter en Europe, mais parce que les revenus augmenteront ».

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