Culture > Arts >

Destins croisés en un jour

Yasser Moheb, Dimanche, 25 janvier 2015

Dans son nouveau film d’auteur Bitawqit Al-Qahira (heure du Caire), Amir Ramsis revisite le road movie. Avec quelques erreurs ...

Destins croisés en un jourDestins croisés en un jour
Nour Al-Chérif, un malade d’alzheimer, à la recherche de repères.

Quand la mise en scène et le montage sont originaux, et qu’ils servent le scénario, on obtient souvent un grand film, ce qui n’est pas tout à fait le cas du film Bitawqit Al-Qahira (heure du Caire).

Le scénariste-réalisteur Amir Ramsis uti­lise une fois de plus le principe des destins croisés et une brochette d’acteurs qui se tour­nent autour.

Il s’agit d’un père de famille, Yéhia — campé par Nour Al-Chérif — atteint de la maladie alzheimer et maltraité par son fils, un fanatique religieux. Sa fille Amira — jouée par Dorra — est donc son unique support familial. Un jour, il décide de quitter la maison pour se rendre au Caire, à la recherche d’une dame dont il n’a qu’une ancienne photo, ignorant sa véritable identité. Il a juste un sentiment flou qu’elle a constitué quelqu’un de très important pour lui, à un moment de sa vie. Sur la route désertique entre Le Caire et Alexandrie, il rencontre Hazem, le jeune dealer — interprété par Chérif Ramzi — lequel accepte de le déposer à la capitale.

On suit plusieurs intrigues en parallèle, tantôt on apprend la petite histoire de la dame sur la photo, une ancienne comédienne de cinéma, actuellement femme voilée, tantôt on suit les aventures du dealer ou celles du malade d’alzheimer.

Laïla Al-Samahi, campée par Mervat Amin, cherche à se marier avec un homme conser­vateur qui réclame qu’elle divorce officielle­ment de tous les maris qu’elle a eus à l’écran ... Cette dernière se rend alors chez un vieux collègue (Samir Sabri), afin de demander le divorce. Pourtant, ils n’ont jamais été mari et femme ... c’était juste des rôles qu’ils avaient interprétés dans 2 ou 3 films, autrefois.

Nous suivons également un autre bout d’histoire, celle de la fille de l’actrice — jouée par Aïten Amer — déchirée entre amour, désir et religiosité ... Elle ne sait plus s’il faut se donner corps et âme à son fiancé ou attendre leur mariage qui n’est pas forcément pour demain.

Dès les premières scènes du film, on se rend compte qu’on est face à un mood film (film d’humeur), réalisé dans un style tantôt classique, tantôt moderne, mais surtout nos­talgique.

Fatwas qui font rire
Séquence après séquence et scène après scène, on découvre plusieurs notions lancées par le scénariste-réalisateur à la va-vite. Il tourne par exemple en dérision les fatwas (avis religieux) qui font surface de temps à autre, n’obéissant à aucune logique contem­poraine …

On a parfois le sentiment de suivre un match de vétérans : Nour Al-Chérif, Mervat Amin et Samir Sabri, les trois stars qui enri­chissent l’affiche du film, n’ont pas réussi à donner du poids à la fiction.

Malgré un bon décor signé Ahmad Chaker et un visuel bien travaillé par le directeur de la photo, Mohamad Abdel-Raouf, le montage de Wissam Al-Leissi s’avère parfois disloqué ou assez rêche. Khaled Hammad, de retour à la composition des bandes musicales au ciné­ma après 3 ans d’absence, offre de beaux thèmes musicaux, où accordéon et piano sont bien appropriés au style narratif du film.

Bref, dans Bitawqit Al-Qahira (heure du Caire), tout est nostalgique mais peu rythmé. On essaie tout au long du film de fuir le sentiment de décousu, de surfait, oscillant entre des situations dramatiques et leur propre dérision.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique