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Tunis raconté en détail

Névine Lameï, Mardi, 06 novembre 2012

Néfissa Al-Bakly effectue le travail d’une vraie conteuse, narrant le quotidien des habitants du village de Tunis au Fayoum. Son côté naïf charme, avec notamment des peintures-collages qui évoquent la vie de tous les jours.

Tunis
Une sobriété exquise se mèle au quotidien

La galerie art Touch (lamassat, en arabe), nouvellement inaugurée dans le quartier d’Al-Haram, à Guiza, a choisi pour son ouverture un large éventail de peintures rangées sous l’étiquette Art naïf. Il s’agit de l’œuvre de l’autodidacte Néfissa Al-Bakly, allant de pair avec la politique d’Art Touch dont le patron, Hamdi Mahmoud, a fait des études à l’Académie des arts à Rome.

Dotée d’une réception et de deux petites salles, la galerie séduit par sa simplicité qui s’allie à la spontanéité d’Al-Bakly. « Il faut savoir sensibiliser les gens à la découverte de l’art. Le choix d’ouvrir une galerie qui donne sur l’avenue Al-Haram, pas loin des Pyramides de Guiza, vient du fait que j’ai constaté que ce quartier touristique est dépourvu de galeries. Par contre, dans un quartier huppé comme Zamalek, il y en a plein », déclare Hamdi Mahmoud qui pense aussi faire de sa galerie un centre de formation artistique, pour les enfants et les jeunes.

27 peintures-collages, signées Néfissa Al-Bakly, s’accommodent merveilleusement avec le goût d’Art Touch, de par leur parfum d’innocence et la fraîcheur de leur expression. « L’artiste d’art naïf n’est ni un ignorant, ni un inculte. Car nous présentons un art riche en matières.Lors d’un vernissage antérieur, j’ai reçu un commentaire comparant mes œuvres aux dessins d’enfants. Cependant, la présence de plusieurs artistes confirmés, venus nombreux au vernissage, a atténué ma gêne. Je me suis dit qu’imiter les dessins d’enfants donne forcément lieu à des œuvres artificielles, ce qui constitue un défaut visuel. Or, mes œuvres ne le sont pas. Elles sont spontanées », raconte Al-Bakly. D’ailleurs, ses œuvres « naïves » suscitent, depuis des années, l’admiration de la fameuse artiste Zeinab Al-Séguini. « Je me souviens que lors de ma toute première exposition d’art naïf, Zeinab Al-Séguini m’a conseillé de ne pas prêter l’oreille aux critiques académiques qui trouvent dans mes œuvres un manque de respect pour les règles de la perspective et des dimensions. Pourtant, il y a des artistes qui passent des années afin de se trouver un style qui leur est propre », rappelle Al-Bakly qui a réussi son pari.

Qui dit art naïf « non académique », dit art sans définition, qui se caractérise par une représentation figurative de sujets populaires comme les paysages campagnards, les costumes folkloriques, les fêtes populaires, les scènes grouillantes de personnages … Un certain retour au passé, pour la joie de vivre, d’exprimer l’immédiateté et la spontanéité. C’est dans ce style pictural que s’inscrivent les œuvres d’Al-Bakly. D’où cet effet de perspective géométriquement « erroné » qui donne un caractère « ingénu » aux œuvres. Il y a aussi cet emploi de couleurs vives, souvent en aplats, sur tous les plans de la composition. Autant de codifications auxquelles nous invite Al-Bakly. Ceci, à travers son monde qui, d’une simplicité authentique, est inspiré du « village de Tunis », situé au cœur de l’oasis du Fayoum, en Egypte. Un monde rural qui puise dans sa culture identitaire, avec ses détails les plus minimes. « L’anarchie que nous vivons actuellement me donne le sentiment d’être dans un tunnel obscur. En attendant de voir la lumière, j’ai pensé à me réfugier dans ma maison construite dans le style de l’architecte Hassan Fathi, au village de Tunis », déclare Al-Bakly, ravie de peindre l’intérieur des maisons de Tunis, qui font partie du quotidien de ses habitants. Voici des scènes de pigeonniers, d’enfants qui jouent avec un cerf-volant, de cérémonies de mariage traditionnel, de poupées en papier, une petite paysanne avec un collier en jasmin, un vendeur d’objets en terre cuite, une porte sur laquelle est collé un escargot en céramique ou un crocodile porte-bonheur, un cheval en sucre pour le mouled (anniversaire du prophète), des tatouages .... ou encore des chats. Al-Bakly semble suivre la même lignée que le peintre naïf français Douanier Rousseau, avec sa stylisation, sa simplification et son « humour », qui n’est « ni grinçant ni grimaçant ». Son travail développe des narrations, prend les atours du conte.

Jusqu’au 15 novembre, de 11h à 22h, 51 rue Al-Sahab, de la rue Al-Haram, Guiza.

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