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Violon et luth donnent la parole aux femmes

Yasser Moheb, Lundi, 21 juillet 2014

Au-delà d’un simple accompagnement des images, les bandes-sons ont désormais une popularité accrue. Plusieurs génériques de séries télévisées ont le vent en poupe et atteignent des chiffres d’écoute records sur Internet.

Violon
Segn al-nessa (la prison des femmes).

C’est le tandem des grands records. Un an après le succès du feuilleton Zat, Kamla Abou-Zikri et Tamer Karawan tra­vaillent à nouveau ensemble dans Segn al-nessa (la prison des femmes). Le ciment de cette union ? Une grande sensibilité et connais­sance de la musique, et surtout une même conception de ce qu’elle doit apporter à l’image. Toujours sur un scénario signé Mariam Naoum, ce duo artistique plonge dans le monde des femmes détenues et pénètre leur intimité. Qu’elles soient prison­nières ou emprisonnées, ces femmes changent de caractères vu les tour­ments de la vie. Le duo réussit de nouveau à franchir les frontières du visuel pour aller plus loin dans l’imaginaire.

« Une bande sonore réussie est certes un travail colossal nécessi­tant sensibilité et analyse. En par­faite relation avec l’univers de l’oeuvre artistique, ses forces, ses faiblesses et la moindre interpréta­tion artistique, le compositeur tra­vaille main dans la main avec le réalisateur », explique Tamer Karawan.

Mais comment était son second rendez-vous avec la réalisatrice ? « Avec Kamla, tout est une question de sentiments et d’expressions. Ses oeuvres sont très émotionnelles, très expressives. En apparence, ça part dans tous les sens humains, mais rien n’est jamais dit à la légère. Elle choisit toutes les expressions avec soin, tant pour leur intuition que pour le rythme qu’elles apportent. En fait, les rythmes musicaux sont souvent là, et à moi de les capter », ajoute-t-il.

Les mélodies où les violons et le luth sont les principaux vecteurs expriment parfois même l’inexpri­mable. Assumant des rôles parfois réciproques mais souvent complé­mentaires, ces deux instruments réputés pour leur finesse offrent aux images des airs célestes, assez romantiques. Ils servent efficace­ment la dimension psychologique et émotionnelle de l’oeuvre.

Dès le début, Tamer Karawan annonce le goût et la couleur de l’espace, avec un rythme de tam­bours, caractéristique des cérémo­nies populaires, désignant l’am­biance générale qui régit les événe­ments. Les notes échangées entre les violons désignent l’état d’âme satu­ré, parfois même sanglant des prota­gonistes. On se laisse bercer par la fluidité du thème musical qui est joué plusieurs fois, mais avec tou­jours à l’esprit cette tension créée par les notes aiguës des violons. Un magnifique crescendo et une modifi­cation radicale de caractère nous replongent alors dans la tension du début, dans un petit interlude avant que ne revienne le thème de Ghalia, la gardienne de prison devenue du jour au lendemain prisonnière.

Insistant sur son désir d’échapper au goût populaire de l’espace fictif pour présenter le goût éloquent et noble des émotions, Karawan a en fait gagné son pari: étaler les senti­ments les plus modestes dans l’em­ballage musical le plus touchant et le plus élégant.

Bref, l’importance de la composi­tion de Tamer Karawan va au-delà du simple fond musical pour affir­mer l’idenwtité du feuilleton. La musique est utilisée de façon com­plètement athématique afin de ne pas habituer les sens à des sons par­ticuliers et de surprendre l’auditeur. Chaque morceau a donc sa propre fonction, et participe à l’intention de l’ensemble: jouer de la frontière délicate entre le réel et la fiction.

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