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Les chanteuses de l’intifada

Névine Lameï, Mercredi, 16 juillet 2014

Les chanteuses Dalal Abou-Amneh et Lara Elayyan sont cette semaine sur les planches du parc d'Al-Azhar. Folklore et engagement politique se mêlent à des touches contemporaines qui ont fait leur renommée. A ne pas rater !

Les chanteuses
La Palestine dans le coeur de ses interprètes : Lara Elayyan et Dalal Abou-Amneh.

Elles ont le souci de sauvegarder le patrimoine musical classique et le folklore du Moyen-Orient. Ne pas tomber dans les oubliettes : c’est l’adage des deux jeunes chanteuses : la Palestinienne Dalal Abou-Amneh, et la Jordanienne d’origine palesti­nienne, Lara Elayyan.

Chacune à sa manière puise dans la tradition musicale de son pays menacé. Pour Elayyan, il s’agit de s’attacher au chant arabe et à la mémoire collective du peuple pales­tinien. Pour Abou-Amneh, il faut moderniser le patrimoine en y ajou­tant un zeste contemporain. D’où des compositions qui s’affranchis­sent des frontières, pour nouer un dialogue entre le maqam arabe (musique modale) et le jazz, tout en faisant une place à l’improvisation. Et par la force des choses, les deux interprètes ont leur côté engagé, privilégiant des oeuvres qui expri­ment les malheurs des leurs.

Née en 1983 d’une famille d’ori­gine palestinienne très sensible à la cause du pays et au droit au retour, la chanteuse jordanienne Lara Elayyan est influencée par son tra­vail en tant que coordinatrice de projets à l’Union des femmes jorda­niennes. Une mission qui la rend plus proche du terrain.

Dès sa tendre enfance, elle a chan­té dans sa maison comme dans son école d’Amman, évoquant l’intifada ou reprenant les oeuvres patrio­tiques des vedettes libanaises Fayrouz et Julia Boutros.

En 2002, elle obtient son diplôme auprès de l’Académie jordanienne de la musique, où elle a étudié le luth oriental. Elayyan s’est produite pendant plusieurs années avec son maître Omar Abbad et l’ensemble Al-Nagham al-assil (musique authentique), multipliant les concerts en Jordanie comme à l’étranger.

En 2006, elle fonde sa propre troupe, Charq (Orient). Deux ans plus tard, l’interprète obtient une bourse d’études pour se pencher davantage sur le chant et le luth à l’Institut supérieur de la musique à Amman. Ce n’est qu’en 2011 qu’elle crée une deuxième formation musi­cale, Naha, composée exclusive­ment de femmes artistes engagées.

Ce groupe, dont le répertoire s’inspire essentiellement des moua­chahat et des chansons patrimo­niales, traite souvent des histoires des territoires palestiniens occupés. Il reprend des oeuvres comme Al-Ard bétetkalem arabi (la terre parle arabe), Ammi yaboul fanous (le monsieur à la lanterne), Maqaber al-chohadaa (les tombes des mar­tyrs), Jaffa, etc.

Elayyan a choisi d’ailleurs de pré­senter ces chansons durant la soirée prévue au théâtre Guéneina, le 17 juillet, au parc d’Al-Azhar. Actuellement, elle est en train de travailler sur les vers de grands poètes : le Jordanien Ibrahim Nasrallah, le Palestinien Salah Abou-Lawi et l’Egyptien Ahmad Fouad Negm.

La fille de Nazareth

Les chanteuses
La Palestine dans le coeur de ses interprètes : Lara Elayyan et Dalal Abou-Amneh.

Le 18 juillet, sur les mêmes planches d’Al-Azhar, c’est Dalal Abou-Amneh qui sera au rendez-vous. Née à Nazareth en 1983, elle est considérée comme l’étoile mon­tante de la scène arabe contempo­raine. Son engagement humain l’a rendue célèbre dès l’âge de 16 ans. En peu de temps, Abou-Amneh est devenue « messagère d’un monde arabe affligé », sillonné par les conflits politiques, sociaux et reli­gieux. Le folklore de Nazareth ainsi que les chansons des divas Oum Kolsoum et Fayrouz se mêlent à la puissance de sa voix.

Ana qalbi wa rohi fadaq (mon coeur et mon âme pour toi), Karim ya Ramadan (saint Ramadan), Al-Azraa (la Vierge), Mon Nazareth, Baladi (mon pays), Raghm elli sar (raconte-leur ce qui s’est passé), Bokra guédid (demain un nouveau jour), etc. les paroles évoquent sou­vent la Palestine, la patrie, les réfu­giés, les déportés, Jérusalem, la nakba. C’est grâce à ces chansons qu’Abou-Amneh connaît une consé­cration au festival Euromed 2006 et au festival Layali à Jérusalem, accompagnée de l’orchestre Multi-Ethnic Star Orchestra (Mesto) en 2009.

La chanteuse parvient intelligem­ment à stimuler son audience : elle sait apprivoiser les âmes, une fois sur scène. Cette experte de l’âme humaine a fait des études en psycho­logie et a décroché une bourse de l’Université hébraïque de Jérusalem en 2003.

Puis, elle a obtenu un doctorat en 2011 sur la maladie neurologique de la sclérose en plaques. Sur les planches, elle s’adonne à d’autres genres de soins, mais pas de moindre importance.

Les 17 et 18 juillet à 21h, au théâtre Guéneina, dans le parc d’Al-Azhar, rue Salah Salem.

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