Culture > Arts >

Fanfare made in France

Houda El-Hassan, Lundi, 09 juin 2014

Pour le groupe Fanfaraï, surexciter des centaines de mélomanes s’apparente à un jeu d’enfant. Connus à travers leurs chansons populaires maroco-algériennes, les onze membres de Fanfaraï ne jurent que par leur amour pour la musique. Leur récente tournée européenne en témoigne.

Fanfare made in France
Le raï différemment ...

Un deuxième album sorti en fin 2013 et une tournée euro-maghrébine entamée en 2014: quoi de plus boostant pour un groupe dont le nom revient comme une ritournelle ces derniers temps? Samir et ses compères tutoient la célébrité depuis 2005, soit depuis que la scène underground française a commencé à émerger grâce aux nouveaux festivals euro-maghrébins, devenus légion à l’Hexagone.

Souvent comparés à Gnawa Diffusion, même s’ils ne représentent pas le même registre musical, ces groupes de Maghrébins de France sont presque identiques grâce à leur union débordante et la joie contagieuse qui les unissent sur scène, et ce, depuis bien des lustres.

De fil en aiguille, d’année en année et de concert en concert, ces férus de la scène ont su fidéliser un nombre assez considérable d’admirateurs. Où qu’ils aillent, ils font connaître leur art à la fois pluriel et singulier. Même s’ils ne chantent que des thèmes déjà consommés par l’industrie du disque, ils le font brillamment et intelligemment. Ils réussissent, autrement dit, à ajouter leur propre touche à tout ce qu’on dirait ordinaire.

« Le raï, qu’on l’aime ou qu’on l’aime pas, est un art engagé qui milite pour une vie plus digne pour nos compatriotes maghrébins et français. Notre public, majoritairement composé de jeunes, dit se reconnaître dans nos chansons qu’il qualifie de visionnaires. A titre d’exemple, les aléas de l’immigration clandestine sont inhérents à notre répertoire comme ils le sont pour la musique raï en général. De quoi donner naissance à des chansons réalistes. Le jeune public, qui daigne bien nous écouter et assister à nos concerts, doit savoir que l’Eldorado n’existe plus, ou n’existe guère en Europe », témoigne Samir, fondateur du groupe.

A entendre le chanteur et percussionniste, on pourrait croire que les chansons du groupe sont un tantinet rabat-joie. Mais il n’en est rien. Le style, les rythmes et l’harmonie des voix sont là pour en prouver l’opposé. Ces rythmes marocains, algériens, tsiganes, cubains, latins d’influences afro-gitanes ont concilié le raï avec les exigences de la fusion musicale tant revendiquée par la nouvelle génération. De quoi donner naissance à un style jusqu’alors ignoré par les adeptes du raï.

Le groupe composé de Français de Bretagne, d’Algériens et Marocains de France est très proche de la communauté maghrébine de l’Hexagone. Car elle arrive en tête du peloton des admirateurs de la formation. Ceci n’est pas étonnant, étant venu de la part de la communauté qui se reconnaît le mieux dans le répertoire de la fanfare la plus spéciale en son genre.

Que de bons souvenirs

« Au début de notre carrière, nous nous contentions de quelques reprises de grands chanteurs du raï. Nous chantions dans des festivals euro-maghrébins dédiés aux styles musicaux de la région. Chemin faisant, nous avons commencé à composer et à chanter nos propres chansons. Le plus touchant c’est que nous en sommes à un niveau où nos jeunes fans chantent nos chansons en se promenant dans la rue, rechantent nos morceaux en choeur lorsquenous sommes en live... Nos CD envahissent visiblement les hypermarchés et les bancs d’écoles. De quoi avoir envie d’aller de l’avant », continue Samir.

Continuer de l’avant, l’expression est lâchée. Pour ces jeunes musiciens hors du commun, le succès ne se compte pas par le nombre des albums commercialisés d’un artiste, mais plutôt par ses années de scène, par la place qu’il occupe dans le coeur de ses fans. D’ailleurs, le groupe compte deux albums à son actif et préfère largement les tournées et les participations aux festivals.

« Nous avons encore la tête dans les nuages et le cerveau plein de bons souvenirs. La raison est que ces deux dernières années, nous avons enchaîné, avec bonheur, festival après festival et concert après concert. Mais quoi que l’on dise sur nous-mêmes, nous voulons aussi dire tellement de belles choses sur le public qui nous soutient depuis le début de notre carrière et qui nous suit lors de nos déplacements. C’est lui qui croit en nous plus que nous en nous-mêmes », conclut Samir dans un hommage à son public.

Lien court: