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Intissar Abdel-Fattah: « Mon rôle est de préserver la mémoire culturelle de l’Egypte »

May Sélim, Mardi, 23 octobre 2012

Créateur, metteur en scène et directeur artistique du Qobbet Al-Ghouri, Intissar Abdel-Fattah vient d’être nommé directeur du Centre national du théâtre, de la musique et des arts folkloriques. Ses projets s’annoncent ambitieux.

« Mon rôle est de préserver la mémoire culturelle de l’Egypte »

Al-Ahram Hebdo : Quelles sont vos priorités pour le Centre national du théâtre, de la musique et des arts folkloriques ?

Intissar Abdel-Fattah : Je veux transformer le Centre en une institution dotée d’appareils et de logiciels high-tech et adopter les programmes les plus modernes pour ce qui est de la documentation et des archives. Le Centre doit aussi ouvrir ses portes à tout public. Et la dimension internationale doit être mieux développée. La traduction et la diffusion de notre culture à l’étranger sont importants pour le Centre. Mon mot d’ordre est : préserver la mémoire culturelle du pays. Une tâche très importante, vu les circonstances actuelles.

— Que possède le Centre comme documentation ?

— Le Centre offre de la documentation sur toutes les activités théâtrales, musicales et folkloriques. Mais le processus de travail n’est pas bien organisé. On filme tous les spectacles et on en garde les copies. Or, désormais, il faut sélectionner les activités et les spectacles à archiver selon des critères précis. Il faut aussi sortir du Caire pour s’étendre aux provinces, observer et enregistrer les diverses formes artistiques populaires propres à chaque région.

Le Centre regroupe des chercheurs compétents qui ont de l’expérience et qui veulent vraiment travailler. Il faut juste les guider. Mais il y a un sureffectif et une très mauvaise distribution des compétences. On a par exemple de brillants musiciens et des chanteurs d’opéra qui ne travaillent pas. Nous allons donc former un petit groupe à même de ressusciter les genres musicaux d’autrefois. C’est juste une solution temporaire pour profiter de leur présence, en attendant de tout restructurer.

— Vous cherchez aussi à créer un musée sur l’héritage culturel ?

— A mon arrivée au Centre, j’ai découvert un trésor immense : des objets appartenant aux pionniers du théâtre : une veste de Youssef Wahbi, le luth de Sayed Darwich et d’autres accessoires et objets importants. Faute d’espace, ces choses sont stockées dans des dépôts de manière aléatoire. Je vais recenser ces objets et les mettre en valeur, avec l’aide de commissions spécialisées.

Grâce à ces trouvailles, je voudrais créer un musée. Mais peut-être va-t-on exposer ces objets à l’Institut de musique arabe qui abrite déjà le musée du musicien-compositeur Mohamad Abdel-Wahab. Le théâtre de l’Institut peut également accueillir les formes d’autrefois : comme les sketchs et les opérettes.

— Le Centre avait lancé des compétitions et souhaitait organiser un festival. Est-ce aussi votre idée ?

— Le Centre n’est pas une boîte de production. Mais il faut avoir une activité artistique soutenue et subventionnée par les différents organismes du ministère de la Culture : le secteur de la production culturelle, la maison technique du théâtre et le secteur des arts folkloriques. Le rôle du Centre sera donc de fournir à ces organismes les matériaux nécessaires pour leur permettre de produire un spectacle ou de lancer une activité particulière.

En coopération avec la Maison technique du théâtre et l’Organisme des arts folkloriques, on cherche à présenter chaque année une opérette et à mettre en avant son auteur. Pour les 5 années, on a programmé 5 opérettes pour constituer un répertoire et ressusciter cet art en voie de disparition.

— Quel est l’avenir du centre de Qobbet Al-Ghouri et des troupes que vous avez fondées : Samaa pour le chant spirituel, Message de paix et Les Percussions nubiennes ?

— Le centre de Qobbet Al-Ghouri est un projet de vie pour moi. Il est aussi en rapport avec le patrimoine humain. Il doit y avoir une coopération entre le Centre national du théâtre, de la musique et des arts folkloriques et celui de Qobbet Al-Ghouri. Les deux centres sont complémentaires. D’ailleurs, je viens de lancer un projet regroupant les troupes de chant et de musique d’Al-Ghouri. Ce projet s’étend sur 6 mois et vise à collecter des chansons populaires et le patrimoine oral célébrant la guerre du 6 Octobre 1973, au Caire comme dans les provinces, en collaboration avec le centre de la documentation

— Quel est l’avenir des publications du Centre et comment le public peut-il y avoir accès ?

— Les livres publiés par le Centre sont consacrés à la mémoire culturelle de l’Egypte. Ils seront désormais en vente dans les librairies du ministère à très bon marché. En outre, on travaillera en coopération avec le centre de la traduction, dépendant toujours du ministère. L’idée est de traduire les publications et les ouvrages du Centre national du théâtre, de la musique et des arts folkloriques vers d’autres langues, afin de les diffuser dans le monde entier.



Les organismes artistiques du ministère de la Culture :

Le Centre national du théâtre, de la musique et des arts folkloriques :Vise à créer des archives pour les diverses activités artistiques dans les 3 domaines de sa compétence.

La Maison technique du théâtre :Gère la production théâtrale des troupes de l’Etat.

Le secteur de la production culturelle : S’occupe de la production, y compris celle relevant du Centre national du théâtre, du Centre du cinéma, de la Maison technique du théâtre, de la maison technique des arts folkloriques, du centre Hanaguer et de la Bibliothèque du Caire.

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