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Rock the Casbah titille les bourgeois

Houda Belabd, Lundi, 07 octobre 2013

Que Laïla Marrakchi plaise par son côté trublion ou pas, ses films sont très regardés, histoire de voir à quoi ils ressemblent … Sorti le 18 septembre, Rock the Casbah a lui aussi réussi son entrée au box-office marocain.

Laïla Marrakchi
Histoires de femmes de la jet-set.

Il existe des trailers qui en disent long sur le film dont ils font l’annonce. Parmi eux se trouve celui de Rock the Casbah : un film réalisé par Laïla Marrakchi, qui met en scène les tabous d’une famille ostensiblement fortunée qui se réunit pendant trois jours dans la maison familiale suite au décès du père (Omar Al-Chérif).

C’est l’occasion de zoomer sur les contradictions des familles marocaines, à la fois musulmanes et occidentalisées. Parler de religion tout en ingurgitant des bières alcoolisées, discuter de l’égalité hommes-femmes en homme occidentalisé tout en réclamant plus d’héritage que sa soeur … être tolérants à l’égard de la progéniture « ouverte » des autres, mais jamais à l’égard de la sienne … Voici, en gros, les différentes facettes de ce film sorti au Maroc le 18 septembre.

Fidèle à son étiquette d’« agitatrice des moeurs », Laïla Marrakchi porte à l’écran des scènes haut en couleur : discussions sur la jouissance sexuelle au supermarché du coin, quelques « seins baladeurs » en passant par ce cadavre du père en pleine érection ! De quoi prouver que les 7 ans d’absence de la réalisatrice n’ont pas changé son aplomb.

Mais l’histoire reste humaine. Suite aux funérailles du défunt, la famille se réunit dans une maison qui, jadis, symbolisait la joie, mais qui a, d’un trait, pris des airs de chagrin. L’arrivée de Sofia, la petite dernière partie poursuivre ses études aux Etats-Unis, sème la zizanie dans la famille. Evanouie dans la nature pendant plusieurs années, elle revient pour mettre les points sur les i avec ses soeurs, et surtout pour bénéficier de sa part du gâteau …

La mère, perdue entre les caprices de ses filles et les obligations des funérailles, est incarnée par la vedette palestinienne Hiam Abbass. Mais à en croire les conversations du film, on irait jusqu’à penser que les funérailles du patriarche ne sont qu’un alibi pour remettre en question l’inégalité des parts de l’homme et de la femme en matière d’héritage … Un sujet brûlant au Maroc en ce moment.

Mais, à tour de bras, les discussions intimes s’imposent. Elles constituent le deuxième thème principal du film, après l’héritage. Celles-ci renvoient à des privations dont les Marocaines ne parlent pas toujours, comme les frustrations de la ménopause. Cette période où la nostalgie devient la seule bouée de sauvetage dans un moment où la femme devient un souvenir, voire une pâle copie de ce qu’elle était dix ans plus tôt.

Aisni, Aïcha, Sofia, Kenza, Yacout, Miriam et Lalla Zaza (incarnée par Laïla Marrakchi) rivalisent de sainteté avec les madones dans l’unique but de dire tout haut ce qu’elles cachaient, autrefois, quand la parole de leur père était d’or, à l’image des règles d’une société où le conformisme est roi. Un pays où les anticonformistes sont châtiés …

Scénario autobiographique

Selon la réalisatrice, le scénario du film lui a été dicté par un événement qui a affligé sa famille : le décès de son vieil oncle. A quelques détails près, les scènes, les dialogues, les histoires et chassés-croisés du film sont identiques au vécu de la famille de Laïla.

Rock the Casbah est une oeuvre cinématographique qui braque ses projecteurs sur la bourgeoisie tangéroise. Les discussions sont en français, la langue de l’élite et de la classe active au Maroc. Les moins riches dans ce film se contentent de parler en arabe marocain, la langue du peuple.

Le long métrage de Laïla Marrakchi pourrait toutefois frôler la redondance. Son dernier film, Marock, zoomait lui aussi sur une bourgeoisie marocaine où l’argent n’a que peu d’importance en comparaison avec les vraies jouissances de la vie. Mais l’intrigue de Rock the Casbah est irréprochable. Les discussions sont réalistes, la dramaturgie du scénario est bien ficelée, et le contexte, malgré son air frivole, reste mature.

Dès la première semaine, le film fait exploser le box-office marocain … La dualité modernisme et traditions, inhérente à la vie marocaine, est merveilleusement bien tissée dans cette histoire. Mais espérons toutefois que le prochain film de Laïla Marrakchi ne cantonnera pas la classe pauvre du Maroc dans des concierges arabophones qui baragouinent le français … .

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