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Du bois, du métal et du plastique, pour mieux vivre

Névine Lameï, Mercredi, 03 août 2022

La première édition du Festival d’Al-Alamein sur les arts plastiques, organisée par la société Art d’Egypte, accueille neuf immenses installations, réalisées par sept artistes égyptiens.

Du bois, du métal et du plastique, pour mieux vivre
Visage, de Tamer Ragab.

Dans le cadre des préparatifs de la COP27 qui se tiendra en novembre prochain à la station balnéaire de Charm Al-Cheikh, la ville d’Al-Alamein, sur la Côte-Nord égyptienne, a organisé un premier symposium artistique. Il s’agit de transformer les déchets des usines et les objets usagés en pièces d’art, de faire ressortir le merveilleux de ces choses qui peuvent habituellement passer inaperçues. A travers ce festival, organisé par la société privée Art dEgypte, en collaboration avec le groupe industriel Industrial Development Group (IDG), neuf immenses installations de sept plasticiens égyptiens sont actuellement exposées au E2 Industrial Park Alamein (un complexe industriel de la Côte-Nord, engagé en matière de durabilité sociale et environnementale).


Garçon à vélo de Ammar Shiha.

Ces neuf installations sont le fruit d’un mois de préparation à la zone industrielle de la ville d’Al-Alamein : visites d’usines, collecte des matériaux nécessaires : plastiques, métaux et végétaux … ceux-ci sont transformés par découpe, pliage ou polissage en oeuvres d’art. « Rien nest gaspillé, tout sert à créer de lart. Nous considérons les déchets comme une ressource. Nous pensons que tout ce que nous jetons peut être transformé en quelque chose de beau », affirme Ammar Shiha, qui participe au symposium avec deux installations. La première montre un garçon sur son vélo dans un parc, un jour d’été. Elle est réalisée à partir de débris de métaux collectés par Shiha. Des pièces détachées de moto forment le corps du garçon, des poteaux électriques forment ses pieds, des lampes frontales formant sa tête, des tuyaux d’échappement forment ses mains. L’autre installation de Shiha s’inspire surtout des nouveaux gratte-ciel et de la zone de divertissement dans la ville d’Al-Alamein. Il a recours à des boîtes en plastique, des étuis de batteries de voiture ressemblant à des ruches d’abeilles et percées de trous. Ces grilles intégrées permettent plus d’aération. Shiha tente ainsi de mieux intégrer son installation dans l’environnement qui l’entoure.


Adam et Eve de Omar Tousson.

Eternity Djed est le titre de l’installation de Mohamed Ziada, ayant la forme d’un Lotus. Sa tige est bien dressée, longue et mince, et ses feuilles molles. L’installation est munie de poteaux électriques, d’un socle en métal, de boîtes en plastique et en acrylique, colorées en blanc et en violet. « Le Djed est représenté comme une sorte de pilier à quatre chapiteaux, on peut y reconnaître la colonne vertébrale du dieu Osiris, symbole de la continuité, de la stabilité et de l’éternité. Le Djed servait de modèles à de nombreux talismans et amulettes, il est censé protéger les vivants contre les vicissitudes de la vie », explique Mohamed Ziada. Pour lui, l’idée de la continuité que représente le Djed porte en elle le sens du recyclage, un des leviers de la protection de l’environnement.


Arbre de la vie de Vivian Al Batanoni​.

Le visage, miroir de l’âme

Dans son installation Visage, Tamer Ragab use de palettes en plastique empilées les unes sur les autres. Il cherche à confirmer que le visage est à lui seul capable de refléter l’état d’âme d’une personne. Il s’agit d’un visage qui revêt la forme d’un « Terminator », une « machine capable danéantir le reste de lhumanité », selon l’expression de Ragab. L’idée de l’installation repose sur la dualité homme/machine. « Lhomme a créé les déchets et les a mélangés pour en faire des pièces ou des objets complexes quil faut désormais recycler. En effet, les trois étapes dun recyclage sont la collecte des déchets, leur transformation, puis le stockage et la commercialisation. Le Festival artistique dAl- Alamein est le premier du genre en Egypte. Il nous permet de faire un travail de recyclage avec du plastique », affirme Ragab.


Confort Zone de Hossam Zaki​.

Hossam Zaki participe au symposium avec Confort Zone. Une immense installation composée de neuf colonnes de dimensions variées, montées à l’aide de poteaux électriques et ayant à leurs sommets des rouleaux en forme spirale de fils en plastique, des boîtes de conserve et des disquettes métalliques ayant la forme d’une cymbale. Ces disquettes émettent des sons cristallins, une fois remuées par le vent. « Ma Zone de confort est en couleurs pastel antistress, douces et apaisantes. Elle nous invite à allier le meilleur de la nature et du recyclage. Pour moi, construire avec les matériaux les plus impérissables est la voie de lavenir », déclare Zaki.


Djed de Mohamed Ziada.

A l’aide de palettes en plastique qui se succèdent en progression géométrique, Omar Toussoun crée Adam-Eve. L’Adam de Toussoun est fait de lignes droites, franches et puissantes, alors que sa conjointe Eve est créée à partir de lignes courbes, délicates et fragiles. Toussoun joue sur le contraste des genres mâle-femelle. Il en est de même pour son autre installation intitulée Feuille darbre, en forme de livre ouvert, en métal recyclé. La page de droite est de couleur rouge, alors que celle de gauche est en violet. C’est la complémentarité de la nature, l’évolution du monde.


Feuille d'arbre de Omar Tousson.

Une touche féminine qui s’affirme

Marwa Magdy s’est inspirée de la méduse pour créer son installation Jellyfish (méduse). Multi-teintes et joyeusement colorée, elle constitue une sorte d’ode à la féminité. Le sommet est composé de débris de plaques en fer et de boîtes de conserve en métal ; il a la forme d’une ombrelle ou d’une cloche. Quant aux tentacules de la méduse, ils sont confectionnés à partir de poteaux électriques recyclés, après travail de soudure et de coupure. « Jai pensé sculpter une méduse, car cest un animal gélatineux très fruste, mais, en réalité, il possède une structure complexe et sensorielle très élaborée. Ma méduse écologique, cette gigantesque créature marine dignement dressée, va de pair avec lenvironnement côtier où elle est installée. Et comme les déchets industriels ont un impact néfaste sur lenvironnement, il en est de même pour une méduse qui peut paralyser sa proie. Jencourage linitiative lancée par Art dEgypte, visant à gérer les déchets des usines. On est là pour imaginer une vie plus belle, plus écologique et plus humaine », déclare Magdy.


Gratte-Ciel de Ammar Shiha.

L’installation de Vivian El-Batanoni est essentiellement en bois. « Le bois, cest le matériel écologique du mieux vivre ensemble. Cest la nature dans toute sa beauté, la clé dune construction durable. Le recyclage des déchets, devenu progressivement un enjeu dans la sauvegarde de lenvironnement, nest pas né hier. Nombreux sont les artistes qui ont utilisé le concept de Ready-made, ou le Junk Art, celui demployer des objets manufacturés pour construire leurs oeuvres. Lutilisation des déchets dans lart est le reflet dune longue évolution artistique et sociétale », indique Vivian El-Batanoni, sculpteuse de granit depuis 22 ans. C’est la première fois qu’elle travaille le bois. Pour ses deux énormes installations, elle s’est servie de planches de bois d’arbres à l’état brut, collectés des terres qui entourent la zone industrielle d’Al-Alamein. Elles ont la forme d’un arbre de vie. Ces planches sont agencées en lignes horizontales et verticales, claires et foncées, rectilignes et courbées, creuses et arrondies, créant un aller-retour incessant. C’est la vie telle que la conçoit El-Batanoni. « Dans la vie, nous avons toujours deux choix à faire », lance l’artiste dont les oeuvres fascinent de par leur effet d’illusion d’optique.


Jellyfish de Marwa Magdy.

Au E2 Industrial Park Alamein, nouvelle ville d’Al-Alamein.

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