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Musique à trois

May Sélim, Mercredi, 13 avril 2022

Teryola est une nouvelle formation musicale égyptienne qui a vu le jour en Allemagne, le mois dernier, à l’occasion des Journées de la musique arabe. Le trio se produit cette semaine pour la première fois devant le public alexandrin.

Teryola au prestigieux théâtre Pierre Boulez Saal, à Berlin.
Teryola au prestigieux théâtre Pierre Boulez Saal, à Berlin.

Le trio égyptien Teryola s’est produit pour la première fois au Festival Arabic Music Days (journées de la musique arabe), organisé par le musicien iraqien Nassir Chamma, en Allemagne. Ce fut le lancement de la formation musicale, le 3 mars dernier, au théâtre Pierre Boulez Saal à Berlin, et le trio a ensorcelé le public.

Teryola regroupe Hany El-Badry (flûte orientale ou nay), Mohamed Arafa (percussions) et Mohamed Essam (piano). Ils puisent leur musique dans le patrimoine arabe, tout en misant sur l’harmonie classique. « Tout musicien rêve d’avoir son propre projet et de former un groupe pour jouer ses compositions et être représentatif de sa technique de jeu. Cela lui donne plus de liberté », lance Hany El-Badry, fondateur du trio Teryola. Et d’ajouter: « Le Festival Arabic Music Days exigeait la participation de trios, donc j’ai pensé à fonder Teryola. Au départ, je voulais avoir un quatuor ou un quintette. Mais en fin de compte, j’ai travaillé avec mes amis, le pianiste Mohamed Essam et le percussionniste Mohamed Arafa, car nous avons une grande complicité sur scène. Pour nous préparer au concert du 3 mars, en Allemagne, nous avons répété ensemble pendant un mois ».


Hany El-Badry au nay.

Le nom du groupe, Teryola est inspiré de la transcription arabe du mot français triolet qui signifie « groupe de trois notes de valeur égale qui se jouent dans le temps de deux ». Le terme, peu utilisé aujourd’hui, renvoie à une nostalgie musicale qui réunit les trois membres du groupe.

Et dans cet esprit nostalgique, le trio arrange différemment des oeuvres classiques de la musique arabe, telles Enta Omri, chantée par Oum Kalsoum et composée par Mohamad Abdel-Wahab, et Men Kol Bostan, associant trois chansons de Mohamad Abdel-Wahab, Leïla Mourad et Nazem Al-Ghazali. « En concert, il faut avoir un choix assez varié. Les vieux morceaux caressent la mémoire collective et les plus récents portent la signature de compositeurs contemporains ou il s’agit de mes propres créations », souligne El-Badry.

L’improvisation est souvent de mise, donnant la chance aux musiciens de prendre leurs aises. « Elle nécessite néanmoins une très bonne connaissance des modes de la musique arabe et des règles de la musique occidentale. D’habitude, la présence du piano n’est pas très fréquente dans les trios musicaux. De plus, c’est rare de trouver que le nay tient le rôle de leader », estime El-Badry.

Les compositions de ce dernier aiguisent l’imagination du public. Souvent le nay introduit une note de mélancolie, puis progressivement on passe à une mélodie plus cadencée, comme c’est le cas dans Noun. Ce morceau nous fait voyager parmi les modes de musique arabe, passant du Hijaz au Kurd. De quoi permettre de traduire la relation complexe entre les trois instruments.

D’ailleurs, El-Badry ne manque pas de donner une brève explication, sur scène, afin de souligner la spécificité de chaque mode musical. Cela s’applique surtout sur Samaï Oqqd, une oeuvre qui évoque plusieurs états d’âme et émotions, en fonction du mode utilisé.

Rythmes latinos

El-Badry puise aussi dans la musique latine, il s’inspire du rythme de la conga, en l’associant au mode arabe du rast. D’où un mélange gai, dansant. Parfois, le trio improvise un morceau, en direct, sur scène. Ce fut le cas de Waqti. « Cette forme nous permet de converser entre nous. Cela dépasse l’improvisation coutumière. Nous présentons un morceau de A à Z, composé sur le vif. Après notre concert en Allemagne, j’ai appelé cette composition, le 3 mars, en mémoire de notre première rencontre avec le public. Et à chaque fois, Waqti sera différente, en fonction de l’esprit ambiant sur scène; il sera toujours réinventé sur les planches et aura un titre différent d’un concert à l’autre », évoque El-Badry.

Le jeudi 14 avril, Teryola se produira à la Bibliothèque d’Alexandrie, avec 11 morceaux musicaux alliant airs nostalgiques et contemporains. D’autres concerts sont également programmés au Caire, à partir du mois prochain, pour mieux introduire Teryola sur la scène musicale locale.

Trio Teryola, le 14 avril, à 21h, à la Bibliothèque d’Alexandrie, Chatbi.

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