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Chanter l’enfance, chanter la vie !

Lamiaa Alsadaty , Mardi, 08 février 2022

L’album pour enfants Affratta a été récemment lancé sur toutes les plateformes numériques. Il est le fruit d’une collaboration innovante entre des artistes et des auteurs arabes, qui ont osé s’aventurer dans un domaine longtemps abandonné.

Hadil Ghoneim, auteure de livres pour enfants et traductrice.
Hadil Ghoneim, auteure de livres pour enfants et traductrice.

Ecrire non seulement pour l’enfance mais aussi sur l’enfance n’est pas évident. Il faut savoir adopter un ton qui soit destiné aux enfants sans être naïf, et choisir des mélodies simples sans être démodées. C’est le grand défi que l’association Mophradat a décidé de relever.


La jaquette de l’album.

Celle-ci, dont le nom signifie lexique en français, fait allusion à l’individualité des différents éléments au sein d’un même groupe. Elle cherche à créer des opportunités pour les artistes du monde arabe, croyant fort en le rôle important que joue la musique pour apprendre aux enfants à exprimer leurs émotions, comprendre et raconter des histoires. L’association a donc essayé de livrer une musique joyeuse, à même de motiver les enfants à penser et à aimer la nature, de développer leur imagination, ainsi que des traits de caractère, tels la gentillesse, la curiosité et le goût de l’aventure. Et comme elle reconnaît la production limitée de musique pour enfants dans le monde arabe, elle a voulu à travers ce projet recourir à des créateurs novateurs.

D’où le choix de parolières, telles les Egyptiennes Hadil Ghoneim et Yosra Sultan, la Palestinienne Ahlam Bisharat, qui collaborent avec des compositeurs, tels les Egyptiens Maurice Louca, Allam Wassef, Aya Metwalli, l’Egypto-palestinienne Huda Asfour, l’Egypto-canadien Sam Shallabi et la Tunisienne Rehab Hazgui. Résultat: l’album Affratta (diablotins), regroupant 6 chansons, en égyptien et en levantin, destinées aux enfants entre 4 et 6 ans. L’âge dans lequel l’acquisition et la compréhension de la langue se développent.

«  Non seulement, dès leur plus jeune âge, les enfants trouvent du plaisir dans la chanson, mais celle-ci joue aussi un rôle essentiel dans leur développement », souligne Hadil Ghoneim, mettant l’accent sur ce qu’elle apporte aussi bien sur le plan de la motricité du langage que sur le plan culturel et relationnel.

Auteure de plusieurs oeuvres pour enfants et jeunes, journaliste et traductrice, Hadil est vraiment dans l’énergie de l’enfance. « J’adore les contes populaires, et je suis convaincue que si un écrit est doté d’une certaine magie, il attirera certainement les petits aussi bien que les grands ». Mis à part certains thèmes, elle croit que les deux mondes se croisent. « Ne nous relisons pas encore Mickey et Winnie the Pooh ? », s’exclame-t-elle. Et d’ajouter: « J’ai envie de conserver cette part d’enfance avec ses valeurs: l’imaginaire, la spontanéité et l’enthousiasme. C’est un moteur, un espace de création génial ». Et elle a réussi à le faire à travers les trois chansons qu’elle avait écrites.

La chanson du chien errant

Kalbi Baladi (mon chien de rue) et Guirani (mes voisins) tentent de faire passer un message sans moraliser. Ce qui est très délicat. Dans Kalbi Baladi, elle parle d’un chien de rue adopté et comment sa vie a changé et par la suite, comment sa présence a changé la vie de l’enfant qui l’a adopté. Dans Guirani, elle a abordé la question de la différence et la façon d’inculquer aux enfants le fait qu’il faut accepter l’autre, même s’il est très différent. Dans Affratta, c’est plutôt l’amour de la danse et du mouvement qui sont mis en valeur. « Il faut savoir aussi les divertir. L’humour peut exprimer les thèmes de l’empathie et de la gentillesse », indique Hadil.

Les chansons pour enfants sont importantes dans l’acquisition du langage et le développement de la parole. Elles aident les petits à développer des aptitudes auditives telles que la distinction des sons ou le développement de l’oreille à travers la musique des mots. Ce qui fait une bonne comptine, c’est la rime. Et cette construction narrative aide beaucoup les enfants à articuler les mots, en modulant la voix et en les répétant en chanson. Toutefois, les mélodies sont loin d’être élaborées selon la perspective du genre. « On a décidé de se pencher sur des mélodies simples et accrocheuses plutôt que sur des mélodies enfantines traditionnelles », précise Huda Asfour, chanteuse et compositrice qui s’est spécialisée dans la musique arabe contemporaine et progressive, et qui s’est concentrée dernièrement sur la recherche et le développement de méthodes d’improvisation.

Un vrai travail d’équipe

Elle était résolue à faire parler la voix de ses années de jeunesse et de se rappeler la musique qu’elle aimait écouter quand elle était toute petite. « Faïrouz et sa soeur Hoda, Rim Bandali… autant de chanteurs et de chanteuses qui ne sont pas nécessairement ceux/celles des enfants… la décision était ainsi prise: ne pas mettre des restrictions musicales, mais plutôt élaborer des mélodies comme celles destinées aux adultes », explique Huda, qui a chanté Guirani. Quant à Aya Metwalli, chanteuse et compositrice égyptienne installée à Beyrouth qui a chanté Kalbi Baladi, elle affirme que l’expérience, quoiqu’intéressante, était difficile: « D’abord, toute l’équipe ne fait pas partie du mainstream, et puis, il fallait trouver un moyen pour attirer l’attention des enfants ».

En outre, c’est dans la coordination entre les membres du projet que réside en grande partie l’innovation. Rencontres en ligne, échanges d’idées et brainstorming ont contribué à l’agencement des idées. « L’un d’entre nous commence une mélodie, et les autres le suivent … C’est vrai que chacun(e) avait son espace de création, mais à la fin le projet est issu d’un travail collectif », insiste Huda Asfour. C’est pourquoi, il est difficile de savoir précisément qui a élaboré/chanté quoi, le but étant surtout de faire sortir des chansons destinées aux petits et que les grands adorent.

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