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Un théâtre gai bien que tragique

May Sélim, Lundi, 07 février 2022

Le metteur en scène Nasser Abdel-Moneim vient de signer Le Bossu de Notre-Dame, un spectacle musical associant humour et amertume, inspiré du roman de Victor Hugo Notre-Dame de Paris.

Danses gitanes.
Danses gitanes. (Photo : Bassam Al-Zoghby)

Notre-dame de paris inspire encore. Le roman de Victor Hugo, publié en 1831, ne cesse de représenter un défi pour les metteurs en scène et les réalisateurs. Ainsi, sur les planches du théâtre Al-Talia, le metteur en scène Nasser Abdel-Moneim signe une nouvelle version de ce chef-d’oeuvre universel, sous le titre d’Ahdab Notre-Dame (le bossu de Notre-Dame), maintenant la traduction arabe du dramaturge égyptien Ossama Noureddine.

A l’origine, Notre-Dame de Paris est un roman historique dont les événements se déroulent en 1482, et dont le titre fait référence à la Cathédrale de Notre-Dame. Le roman suit le poète clochard Gringoire, témoin de différents incidents. A Paris, la foule célèbre le festival des fous et élit Quasimodo, le bossu sonneur des cloches de la Cathédrale comme roi. Elevé par l’archidiacre Frollo, le bossu est son serviteur.

 Le Bossu de Notre-Dame, un roi des fous .(Photo  : Bassam Al-Zoghby)

 

Les deux sont épris par la beauté et la danse de la gitane Esméralda. Celle-ci aime aveuglément Phoebus, le capitaine de la garde. Repoussant la passion de l’archidiacre, Esméralda est condamnée en tant que femme de joie un peu sorcière. «  J’ai choisi de travailler sur ce roman pour deux raisons: d’abord rappeler l’histoire originale que les jeunes d’aujourd’hui ne connaissent pas forcément. Ensuite, les différentes adaptations de l’oeuvre reprennent souvent la version cinématographique très connue pour en faire des spectacles théâtraux. Donc ils présentent parfois des adaptations peu mûres par rapport à l’oeuvre originale », affirme Nasser Abdel-Moneim. « Le spectacle devrait normalement se donner sur les planches du Théâtre National, avec des comédiens-stars. Pourtant, faute de programmation et de budget, la production du spectacle a été transmise au théâtre Al-Talia (l’avant-garde). Cela étant, j’ai recouru à de jeunes talents pour tenir les rôles principaux. J’ai également eu recours à Ragwa Hamed, ballerine et professeure à l’Institut supérieur du ballet, afin d’interpréter le rôle d’Esméralda et à Mohamad Abdel-Wahab et Mohamad Diab dans les rôles de l’archidiacre et Clopin. Mais la plupart des comédiens sont de jeunes talents, issus de l’atelier intitulé Commence ton rêve, lequel est organisé par le théâtre des jeunes sous la supervision de Adel Hassan, actuellement directeur d’Al-Talia. J’aime collaborer avec les jeunes parce qu’ils se donnent corps et âme à leur travail », ajoute Nasser Abdel-Moneim, qui reste fidèle à l’intrigue principale, écartant uniquement les détails évoquant l’histoire de la Cathédrale.

 

Il se concentre plutôt sur les relations entre les personnages, il en a même modifié quelques traits pour correspondre au contexte égyptien. Par exemple, Esméralda, d’origine égyptienne dans l’oeuvre principale, se transforme dans la pièce actuelle en une gitane d’origine inconnue.

Quasimodo, l’illettré, est dans cette nouvelle version un homme qui écrit son journal, où il raconte les événements en cours. Ce journal tombe dans les mains du poète Gringoire qui décide de dénoncer l’histoire du bossu et d’Esméralda. « Au théâtre, il faut miser sur la concentration des faits. Dans le roman, l’écrivain a le droit et le temps d’évoquer les détails, mais au théâtre on ne peut pas garder les mêmes critères. J’ai opté pour la forme narrative: c’est à Gringoire de raconter l’histoire et de résumer les événements », indique le metteur en scène.

Le politique et le spectaculaire

Le rapport entre l’archidiacre, le capitaine et Quasimodo est assez représentatif du trio politique valable de tout temps: le pouvoir des hommes de religion, celui des forces de l’ordre et celui du peuple.

Le metteur en scène a profité de la nature des personnages et du poète clochard pour incruster des scènes de danse, colorées et pleines de gaieté, qui allègent le ton tragique de l’oeuvre.

Les danses collectives chorégraphiées par Karima Bédeir, sur une musique de Karim Arafa, sont empruntées à l’influence tsigane. « Les gitans d’autrefois ne sont-ils pas les migrants clandestins d’aujourd’hui ? », s’interroge Nasser Abdel-Moneim, qui a donné libre cours à certains comédiens afin de lancer leurs effets humoristiques et de tourner quelques scènes en dérision. « Les gitanes représentent à mes yeux des artistes rebelles, faisant face au pouvoir. Esméralda est la seule à s’opposer à l’archidiacre, au soldat qu’elle a pris pour un gentilhomme. Elle maintient une relation très humaine avec le bossu, le défend constamment », souligne le metteur en scène.

Le décor de Mohamad Attiya accentue l’aspect visuel et spectaculaire de l’oeuvre. Il a décidé de présenter les événements en six lieux précis: le parvis de la Cathédrale donnant sur la rue, l’intérieur de la Cathédrale, le logis des gitanes, la maison de joie fréquentée par Phoebus, la prison et le tribunal. Des images iconiques de saints chrétiens défilent sur les vitres en arrière-plan, en allusion à la Cathédrale.

Une fois condamnée à mort, personne n’a pu sauver Esméralda. Quasimodo meurt sous ses pieds. La chanson finale du spectacle fait référence aux derniers mots prononcés par le bossu. Les gens dans la rue dansent et chantent, afin de commémorer les défunts.

 

Le Bossu de Notre-Dame, tous les soirs, à 20h (relâche le mardi) au théâtre Al-Talia, place Ataba. 

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